Le RN avait fanfaronné en annonçant qu’il présenterait 650 listes aux municipales 2026, il n’en a finalement que 405. Bien moins que les 682 listes citoyennes participatives recensées par Fréquence Commune. Un magnifique espoir de renouveau démocratique ancré dans les territoires.
La débâcle du RN
C’est la douche froide pour le RN. Loin des 650 listes annoncées fin 2025, le parti d’extrême droite ne présentera finalement que 405 listes aux élections municipales 2026 pour toute la France, selon le décompte de La Relève et La Peste effectué lundi 02 mars, basé sur les données du ministère de l’Intérieur.
En conséquence, le parti sera absent d’un quart des 100 villes les plus peuplées du pays, notamment en Ile-de-France ou dans les territoires d’outre-mer. Dans près de la moitié des départements, le parti d’extrême droite présente moins de deux listes aux élections municipales. Exception notable : 55 listes RN ont été déposées en Gironde, un record « historique ».
Pour le reste, le RN fait à peine mieux qu’en 2020, où il avait présenté 400 listes, contre 600 en 2014. Si le nombre de députés RN (89 en 2022, puis 139, avec l’alliance du parti d’Eric Ciotti, en 2024) reflète un soutien populaire important, son ancrage dans les institutions locales reste très faible, avec seulement 14 maires RN élus en 2020.
« Ce contraste important peut s’expliquer par une organisation du parti très centralisée et concentrée autour d’une petite direction, qui a peu favorisé l‘émergence de cadres dans les territoires. À cela s’ajoutent les crises internes du passé qui ont entraîné le départ de cadres et de militants qui participaient à l’animation locale du parti », décrypte la Fondation Jean Jaurès.
D’après Le Monde, moins d’une tête de liste sur cinq des municipales de 2020 a été reconduite par le parti. De plus, les candidats RN brisent souvent leur engagement politique local. Le taux de démission des conseillers municipaux RN durant le mandat 2020/2026 est plus élevé qu’ailleurs, avec 29 % de départs.
Ce ratio de démission s’élève à 31 % parmi les têtes de liste 2020, dont 20 parlementaires RN ayant « préféré cumuler leur confortable indemnité de conseiller régional avec celle de député (ou de sénateur, ou de député européen), plutôt qu’assurer la conduite de l’opposition municipale et faire bénéficier quelqu’un d’autre d’un premier revenu politique », dénonce Le Monde.
Dans les sept villes de plus de 100 000 habitants où le RN avait des conseillers municipaux d’opposition, aucun chef de file n’est resté en poste. A Nice, le conseiller municipal Philippe Vardon a simplement quitté le RN en faveur de Marion Maréchal.
La force de la démocratie participative
Au-delà du seul RN, l’extrême droite (nuances « extrême droite », « Rassemblement national », « Reconquête » ou « union de l’extrême droite » ) conduit 601 listes. C’est moins que l’extrême gauche – incluant LFI puisque le Conseil d’État l’a affilié à cette nuance la semaine dernière –, qui en conduit 620 (dont 243 par LFI). Surtout, c’est bien moins que les listes citoyennes : sur les quelque 890 000 candidats qui se présentent, 574 400 appartiennent à une liste sans étiquette politique – soit presque 65 %.
La coopérative Fréquence Commune a enregistré 682 listes citoyennes et participatives (LCP), regroupant près de 20 000 candidat•es ayant des valeurs humanistes garantes d’une démocratie saine, définies par une « boussole démocratique ».
« La démocratie directe est forcément incompatible avec un fonctionnement d’extrême droite, cette logique de hiérarchie paternaliste. Le principe le plus fort des LCP est l’égalité politique par les assemblées décisionnaires. Qui dit égalité politique dit que les femmes ont autant le droit à la parole que les hommes, et qu’il faut en finir avec toutes les oppressions systémiques qui caractérisent la société », explique Thomas Simon pour La Relève et La Peste.
Les LCP sont majoritairement constituées de citoyens grandement déçus des partis politiques traditionnels. Elles se revendiquent de la solidarité, de la justice sociale et de l’écologie populaire.
« En 2020, l’association Audenge Citoyenne avait sollicité les 2 listes candidates pour suivre les propositions d’Anticor en faveur d’une politique plus éthique. Aucune d’elles n’a accepté. Nous avons aussi déposé plusieurs plaintes, notamment pour des entraves à l’accès aux documents administratifs et non-respect de la loi Littoral. Face à ce constat, il nous a paru indispensable de rassembler des personnes au-delà de notre association pour construire une liste citoyenne et participative », explique Bruno Hubert, de la LCP Audenge 2026 pour La Relève et La Peste.
En 2020, les LCP avaient remporté 70 communes, permettant de tirer le bilan des choses à améliorer et des belles incarnations de démocratie participative avec le rapport « Prendre le pouvoir pour le partager ». Au plateau des Petites Roches, les 2000 habitants ont décidé ensemble de l’avenir de la station de ski, un sujet pourtant clivant. A La Crèche (Deux-Sèvres, 5 732 habitant·es), les citoyens ont décidé d’augmenter les impôts, choisissant à quoi ils seraient destinés.
« Une liste citoyenne et participative est une réponse concrète à la crise démocratique que nous traversons. Une politique sans éthique s’expose en effet au favoritisme, aux conflits d’intérêts, au clientélisme et au carriérisme. Redonner le pouvoir et la parole aux citoyennes et citoyens, c’est cela, la démocratie », confirme Bruno Hubert, de la LCP Audenge 2026 pour La Relève et La Peste.
Les LCP se caractérisent également par un attachement fort à leur territoire, là où le RN « parachute » des têtes de liste qui n’en sont pas forcément issus.
« Ce qui motive de nombreux citoyens candidats, c’est de résister à la montée du fascisme, et le rejet du fonctionnement républicain représentatif. Le maire a autant de pouvoir au niveau local qu’un président au niveau national. Il y a une volonté de faire autrement à l’échelle des communes », assure Thomas Simon pour La Relève et La Peste.
L’objectif du prochain mandat pour les LCP qui seront élues : s’ancrer au service de la gestion des communs (eau, logement, alimentation). Espérons que cet élan citoyen se traduise en votes dans les urnes car cette année, les enjeux sont immenses. Les élus municipaux formeront le corps électoral qui va choisir les prochains Sénateurs, dont la moitié des sièges doit être renouvelée en septembre 2026.
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