L’université de La Rochelle et le CNRS lancent l'alerte. En seulement 20 ans, la longévité moyenne des dauphins femelles est passée de vingt-quatre à dix-sept ans dans le golfe de Gascogne, mettant en danger la pérennité de l'espèce.
De 1997 à 2019, la longévité des dauphins femelles du golfe de Gascogne a baissé de sept ans, principalement à cause « des activités humaines en mer », ce qui « menace la survie » de cette espèce protégée, alertent mardi 24 février l’université de La Rochelle et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), auxquels est rattaché l’observatoire Pelagis
Chaque hiver, des milliers de cétacés sont tués par des captures accidentelles, un phénomène encore plus meurtrier que la chasse dans la baie de Taiji, au Japon, ou lors du Grindadrap au Danemark. On estime que 9 000 dauphins communs y meurent par capture accidentelle, un nombre bien trop supérieur au seuil de 4 900 à partir duquel la population de cétacés est mise en péril, selon le CIEM, l’organisme scientifique international de référence.
Pour épargner les delphinidés, la pêche a été suspendue pendant quatre semaines en hiver dans le golfe de Gascogne en 2024, en 2025 et en 2026. Les résultats se sont tout de suite faits ressentir : 4 fois moins de dauphins ont été tués grâce à la fermeture temporaire de la pêche.
Hélas, des « prélèvements biologiques » effectués sur les dauphins échoués pour « déterminer l’âge des animaux au moment de leur mort » dévoilent une nouvelle problématique. A partir d’un échantillon de 759 animaux, l’étude a établi que « la longévité moyenne des dauphins femelles dans le golfe de Gascogne est passée de vingt-quatre ans à dix-sept ans en seulement deux décennies ».
Or, cette diminution de leur durée de vie est une « menace directe pour la survie à long terme de l’espèce ». En effet, les femelles, fertiles à partir de 7 ans, ne donnent naissance « qu’à un seul petit tous les deux à trois ans », précisent les chercheurs.
Cette nouvelle nous rappelle que les animaux les plus vieux ont un rôle inestimable dans la pérennité de leur espèce. Au-delà de leur expérience bénéfique pour leur groupe, chaque espèce a son propre rythme biologique et les individus les plus âgés sont parfois les plus fertiles, comme chez les poissons.
Surtout, le ministère de la mer n’a pas encore validé une nouvelle fermeture de la pêche l’an prochain, arguant que cette mesure est « efficace à court terme, mais coûteuse sur le plan économique et social ». Or, le changement climatique entraîne des perturbations de la chaîne alimentaire marine, ce qui pousse de plus en plus les dauphins communs au contact des engins de pêche.
Les eaux de surface du golfe de Gascogne se sont réchauffées de 0,8 °C en deux décennies. En parallèle, les débits de la Loire ont diminué de près de 30 %. Ce faisant, le fleuve a peu à peu charrié moins de nutriments dans l’océan. Ensemble, ces phénomènes ont diminué le nombre de microalgues, et leur qualité, qui sont à la base de la chaîne alimentaire marine. Moins de phytoplancton veut dire moins de petits poissons, comme l’anchois, dont se nourrit le dauphin.
Le rajeunissement délétère des dauphins femelles nous rappelle à quel point le réchauffement climatique, conjugué aux activités humaines, entraîne des effets en cascade qu’il nous deviendra impossible de rattraper.
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