Golfe de Gascogne : 1500 scientifiques réclament l’arrêt temporaire de la pêche pour sauver les dauphins

Sur les côtes françaises, ce sont déjà 1089 cadavres de cétacés qui se sont échoués, en particulier sur les côtes du golf de Gascogne, dont 88% portaient des marques flagrantes de capture. Ces captures accidentelles sont les premières causes de décès.
4 juin 2020 - La Relève et La Peste
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Chaque année, des mammifères marins meurent des suites de leur capture accidentelle par des bateaux de pêche dans le Golfe de Gascogne. De décembre 2018 à mars 2019, le nombre de dauphins morts qui se sont échoués sur la côte atlantique de la France a augmenté de façon dramatique. Mandatés par le commissaire européen à la pêche, 1500 scientifiques viennent donc de rendre un avis historique : il est impératif de fermer temporairement ces zones de pêche, accompagnées de mesures à plus long terme.

La pêche accidentelle, bien plus meurtrière que les pêches « traditionnelles »

Quand on parle de massacres de dauphins, on pense au Japon, et à ce rituel perpétué chaque année dans la baie de Taiji, que l’association Sea Sepherd avait révélé au monde. En 2009, Richard oBarry, l’ancien dresseur de dauphins des films Flipper, est filmé par le réalisateur Louie Psihoyos pour le film « The Cove – la baie de la honte », documentaire filmé en partie clandestinement.

Mais les Japonais n’ont pas l’apanage du massacre ritualisé de dauphins. Il existe aussi le Grindadrap au Danemark, une pratique annuelle qui consiste à rabattre des familles de dauphins et à les tuer.

Cette pratique existe depuis le XVIe siècle. Autrefois, elle demandait une grande coordination des bateaux de pêcheurs, qui ensuite se partageaient la viande de dauphin ou de baleine. Cette pratique permettait de nourrir un village pendant des mois et, comme la chasse au lion chez les Massaï, était pour les jeunes hommes une preuve de bravoure.

Aujourd’hui, il représente l’un des plus grands massacres de mammifères marins d’Europe, avec 1500 cétacés qui périssent chaque année. Les bateaux utilisés sont rapides, les moyens de communication et radars permettent de capturer très facilement les animaux qui n’ont aucune chance.

Et il existe d’autres pratiques, complètement banalisées, sur lesquelles la Ligue de Protection des Oiseaux et l’association France Nature Environnement tirent la sonnette d’alarme chez nous, en France. Chaque année, le Golfe de Gascogne est le théâtre d’une sanglante hécatombe. La pêche au chalut cause la mort de milliers de dauphins qui se retrouvent pris dans les filets, mettant en danger la survie de l’espèce.

Depuis le début de l’année 2020, l’Observatoire Pelagis estime que plus de 10 000 dauphins ont péri asphyxiés

Sur les côtes françaises, ce sont déjà 1089 cadavres de cétacés qui se sont échoués, en particulier sur les côtes du golf de Gascogne, dont 88% portaient des marques flagrantes de capture. Ces captures accidentelles sont les premières causes de décès.

Un avis scientifique historique

26 ONG ont donc déposé plainte auprès de la Commission Européenne. Des demandes similaires ont été faites concernant le marsouin commun en mer Baltique. Mandaté par le commissaire européen à la Pêche Virginijus Sinkevicius, le Conseil international pour l’Exploration de la mer (Ciem), composé de plus de 1500 scientifiques européens qui observent les écosystèmes de l’Atlantique nord, vient d’émettre un avis.

Cet avis historique conseille de fermer les zones de pêche concernées par les massacres du 15 janvier au 15 mars.

Les mesures adoptées par la France comme celle d’équiper les chalutiers de répulsifs acoustiques semblent avoir été inefficaces. Les observateurs à bord des bateaux de pêche sont très peu nombreux et les pêcheurs ne déclarent pas la plupart de leurs captures.

« Au cours de cette période de fermetures à court terme, une planification à long terme est essentielle pour garantir la réduction des prises accidentelles dans le futur. Les mesures d’urgence proposées ici sont une première étape dans ce processus. La participation de l’industrie de la pêche est essentielle à la fois pour le suivi et l’atténuation des prises accidentelles d’espèces protégées. Ce n’est que par leur participation active à ce dispositif que nous garantirons à long terme le statut de conservation favorable des espèces européennes protégées. » détaillent ainsi les scientifiques dans l’avis qu’ils ont rendu

« Mais pendant le confinement, les dauphins sont revenus ! La nature s’est reposée ! Le trafic a été fortement réduit ! » Belle illusion de carte postale qui n’a duré qu’un temps. Ne nous laissons pas flouer.

« Nous saluons cet avis du CIEM, qui met en avant l’inaction des Etats membres. La France ne doit pas attendre un rappel à l’ordre de la Commission européenne et doit maintenant montrer l’exemple en mettant rapidement en œuvre les fermetures des pêches concernées, dès l’hiver prochain, de décembre à fin avril, tout en renforçant les contrôles dans les zones à risque. Le reste de l’année, l’observation, – soit par observateurs embarqués lorsque c’est possible, soit par l’équipement des bateaux en caméras -, est primordiale, afin de mieux comprendre ce phénomène et sauver la population de dauphins communs dans le golfe de Gascogne, une espèce protégée par la loi. » explique Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau Océans, mers et littoraux de France Nature Environnement.

On peut se dire que ces pêches sont accidentelles et que, si elles sont inacceptables, elles ne sont pas aussi condamnables que les massacres volontaires. Martin Luther King disait : « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants. C’est l’indifférence des bons ».

Les associations tentent de mobiliser pour protéger la biodiversité, mais constatent que bien souvent, le public s’émeut davantage pour les pandas et les baleines massacrées très loin, que pour la faune près de chez nous, où nous pourrions agir par le poids de nos décisions politiques et de nos exigences envers l’Union Européenne.

Toutes les causes sont bonnes à défendre, mais l’urgence où nous nous trouvons nous impose peut-être d’essayer d’être efficaces, et d’agir concrètement là où nous voyons que nous avons un espace d’action.

Prenons garde à ce que notre juste indignation pour certaines causes facilement médiatisées et mises en spectacle, ne devienne pas un confort pour nos consciences démangées, car n’oublions pas que ces pratiques que nous dénonçons, là-bas ritualisées et pratiquées au grand jour, sont pratiquées chez nous de façon éclatée et en dehors de tout rituel, et qu’elles tuent davantage.

Article écrit par Laurie Debove et Sarah Roubato.

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