La Dr Toby Kiers a remporté le Tyler Prize for Environmental Achievement, pour avoir démontré comment les réseaux souterrains de champignons mycorhiziens sont essentiels au maintien de la vie sur Terre. Alliant science et conservation, elle a créé le premier « atlas souterrain » mondial pour protéger les réseaux fongiques les plus importants.
La passion pour les champignons du sol s’est déclarée très tôt chez Toby Kiers. A 19 ans seulement, elle a commencé à étudier les champignons dans les forêts tropicales du Panama. Trente ans plus tard, elle devient la plus jeune lauréate féminine de l’histoire du prix Tyler pour la protection de l’environnement, aussi connu sous le nom de « Nobel de l’environnement ».
Ce prix lui a été attribué en reconnaissance de ses recherches pionnières sur les réseaux fongiques souterrains et leur rôle essentiel dans le maintien de la vie sur Terre. Ses travaux novateurs ont profondément transformé notre compréhension de la santé des écosystèmes et du climat.
La professeure à la Vrije Universiteit Amsterdam a montré comment les réseaux fongiques souterrains soutiennent discrètement les forêts, les cultures et des écosystèmes entiers grâce aux relations symbiotiques entre les végétaux et les champignons.

Toby Kiers – Crédit : Tomas Munita
Son article majeur publié en 2011 dans Science, « Reciprocal rewards stabilize cooperation in the mycorrhizal symbiosis », a introduit le concept de marchés biologiques chez les microbes et décrit les modalités de ces échanges de nutriments.
En plus des nutriments et de l’eau, les champignons mycorhiziens transportent d’énormes quantités de carbone sous terre : plus de 13 milliards de tonnes de CO₂ dans les sols chaque année. Cela fait de ces réseaux des alliés essentiels de la régulation climatique.
« Les champignons mycorhiziens peuvent nous aider à relever certains des plus grands défis auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui », explique la biologiste de l’évolution dans un communiqué. « Nous pouvons commencer à travailler avec les champignons pour infléchir la trajectoire des crises climatiques et de biodiversité. »
Pour y parvenir, la scientifique a fondé en 2021 la Société pour la protection des réseaux souterrains (SPUN). Après avoir collecté 2,8 milliards de séquences d’ADN du monde entier, l’ONG a dévoilé en 2025 la toute première cartographie de la biodiversité mycorhizienne mondiale. Son but : découvrir « le métabolisme de la Terre » pour mieux la protéger.
« On peut se représenter les champignons mycorhiziens comme un système circulatoire terrestre qui transporte d’importantes quantités de carbone, de nutriments et d’eau », compare Toby Kiers dans LeMonde. « Mes recherches portent sur les modalités de ces échanges : quand, où et en quelle quantité ont-ils lieu ? »
Grâce à cette carte unique au monde, la scientifique et son équipe ont découvert que plus de 90 % des zones les plus riches en biodiversité fongique de la planète se situent en dehors des aires protégées officielles. L’atlas doit donc permettre aux décideurs politiques de corriger le tir.

L’atlas souterrain SPUN – Capture d’écran
« En-dessous de nos pieds repose l’un des plus grands mystères de la planète. La vie bourdonne littéralement sous nos pieds. Nos sols sont tellement vivants grâce aux réseaux mycorhiziens, la vie sur Terre telle que nous la connaissons serait totalement différente sans eux », plaide la scientifique.
Avec ce prix, Toby Kiers a reçu 250 000 dollars (215 000 euros) pour poursuivre ses travaux. Cette femme de terrain part toujours en expédition pour récolter des données. A peine revenue des gorges grecques de Vikos, parmi les plus profondes du monde, Toby Kiers se prépare déjà pour sa prochaine mission : le Bhoutan, en mars.
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