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Le Puy-de-Dôme veut autoriser l’abattage des renards toute l’année

« Il est incohérent d’encourager sa destruction alors qu’il est demandé aux éleveurs de favoriser sa présence, notamment dans le cadre de l’arrêté préfectoral de lutte obligatoire contre le campagnol terrestre qui s’applique dans le Puy-de-Dôme »

Triste jour pour la fouine, la martre, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde et le renard. Ce vendredi 5 décembre 2025, la sous-commission des ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts) de la Direction départementale des territoires du Puy-de-Dôme a décidé de les classer comme "nuisibles". Si la Préfecture valide cette décision, les 6 espèces pourront être abattues toute l’année, y compris hors période de chasse.

De fausses déclarations de dégâts ? 

En septembre 2025, le collectif Renard 63, aujourd’hui composé d’une cinquantaine d’associations, s’est exprimé dans la Relève et La Peste pour demander le retrait du renard de la liste des ESOD dans le Puy-de-Dôme.  

La pétition en collaboration avec La Relève et La Peste a recueilli plus de 18 000 signatures. Forts de ce soutien, les membres du collectif espéraient convaincre la commission et le préfet du Puy-de-Dôme. 

« Ça ne pouvait pas plus mal se passer », déclare pourtant le naturaliste Christian Bouchardy, à l’issue de la réunion, pour La Relève et La Peste. « Ils n’ont tenu aucun compte des près de 20 000 signatures, des centaines de courriers envoyés à la préfecture par des citoyens et des résultats des études scientifiques », déplore le représentant de la LPO – qui partageait l’unique siège dédié aux associations naturaliste avec Pierre Rigaud, membre de FNE au sein de la commission.  

Pour fonder leur décision, les membres de la commission devaient étudier les déclarations de dégâts. Des fiches déclaratives remplies suite aux prédations estimées par les renards. 

« Il faut savoir que ce classement ESOD est basé sur les déclarations de dégâts, fournies par la fédération départementale de chasse du Puy-de-Dôme, l’association des piégeurs agréés et de la chambre d’agriculture », explique Christian Bouchardy.

« Il faut dépasser les 10 000 euros de dégâts annuels pour pouvoir classer l’espèce comme ESOD. Mais ils ont refusé de nous donner les fiches. Bien qu’on ait eu qu’une seule fiche synthétique très succincte, on a relevé d’énormes incongruités. Il y avait au moins 150 doublons : des déclarations exactement identiques, avec les mêmes dégâts et les mêmes montants, entre 2022 et 2023, parfois en 2024 ». 

Résultat : « aucune vérification sérieuse des fiches de dégâts » et un montant total des dégâts déclaré supérieur à 10 000 euros, mais « largement surestimé », selon les associations France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme et la branche départementale de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO).  

« On n’avait donc pas les éléments essentiels à la prise de décision ! » s’offusque Christian Bouchardy pour La Relève et la Peste. 

Les bénéfices écologiques du renard ignorés

Le naturaliste dénonce également un rapport de force défavorable du fait du manque de représentation des défenseurs de la nature au sein de l’instance consultative :  

« La sous-commission est composée de 6 membres nommés par le préfet, parmi lesquels on ne compte qu’un seul représentant des associations des protections de la nature », déplorent France Nature Environnement (FNE) Puy-de-Dôme et la branche départementale de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) dans un communiqué de presse. 

En parallèle de leur critique de la méthodologie de prise en compte des fiches de dégâts, les deux associations pointent également le manque de considération pour les bénéfices économiques apportés par les renards. En tant que prédateurs de rongeurs, leur présence est essentielle aux écosystèmes, notamment agricoles.   

« Il est incohérent d’encourager sa destruction alors qu’il est demandé aux éleveurs de favoriser sa présence, notamment dans le cadre de l’arrêté préfectoral de lutte obligatoire contre le campagnol terrestre qui s’applique dans le Puy-de-Dôme », expliquait Marie-Laure Thierry, porte-parole du collectif Renard 63 à La Relève et La Peste. 

Les décisions de la commission doivent maintenant être validées par le préfet du Puy-de-Dôme au plus tard le 15 janvier, puis envoyées au ministère de l’Écologie qui rendra la liste définitive des espèces classées ESOD pour chaque département à la mi-juin 2026.  

« On va contester le classement », assure de son côté Christian Bouchardy. « Et on se réserve le droit de saisir la justice. » 

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Eloi Boye

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