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Sur le Rhône, un barrage hydroélectrique pourrait « détruire le seul tronçon encore sauvage du fleuve »

« Le Rhône est le fleuve le plus artificialisé du monde, avec 20 barrages uniquement en France dont 19 exploitées par la CNR, détaille Clément Pradier. Sur ces 19 barrages, certains ne sont pas de première jeunesse. En les rénovant, on pourrait avoir des gains de rendement tout en ayant un moindre impact environnemental. »

Porté par la Compagnie nationale du Rhône, le projet Rhônergia suscite de nombreuses craintes. Depuis plusieurs mois, associations et citoyens se mobilisent pour alerter sur ses impacts qu'ils estiment délétères, tant pour l'environnement que pour la santé publique.

Développer les énergies renouvelables et décarbonées, oui, mais à quel prix ? C’est la question que soulève depuis plusieurs mois un projet controversé de barrage hydroélectrique dont les ouvrages principaux se situeraient en amont de la confluence du Rhône et de l’Ain, entre la commune de Saint-Romain-de-Jalionas (Isère) et celle de Loyettes (Ain).

Baptisé Rhônergia, le projet est porté par la Compagnie nationale du Rhône (CNR) sous l’égide du ministère de la Transition énergétique. S’il venait à voir le jour, il viendrait s’ajouter aux 19 barrages que la Compagnie exploite déjà sur le fleuve. Surtout, il permettrait de répondre aux besoins énergétiques d’environ 60 000 habitants, hors chauffage, explique la CNR, pour une production d’énergie hydroélectrique estimée à 140 Gwh par an.

Un projet loin d’être anodin, dans un contexte où la France s’est engagée à atteindre 33 % d’énergies renouvelables en 2030 et la neutralité carbone en 2050, et où l’hydroélectricité, « deuxième source d’énergie renouvelable en France, participe à l’atteinte de cet objectif », précise la CNR.

« Détruire le seul tronçon encore sauvage du Rhône »

Pourtant, ce projet n’en finit plus d’inquiéter les habitants des communes alentour. Face à ce qui pourrait être le dernier barrage hydroélectrique de France, citoyens et militants se sont regroupés au sein du collectif Stop Barrage Rhônergia à l’hiver 2023.

Composé d’environ 400 adhérents de l’Ain et de l’Isère, mais aussi plus largement de la région lyonnaise, le collectif alerte depuis plusieurs mois sur les impacts qu’il estime délétères de ce projet, appelé à voir le jour sur un fleuve déjà artificialisé à plus de 85%.

« Avec Rhônergia, on risque de perdre les derniers 25 kilomètres non artificialisés du Rhône, entame Clément Pradier, coordinateur du collectif Stop Barrage Rhôneria, pour La Relève et La Peste. On va détruire le seul tronçon encore sauvage du fleuve. »

Natif de Saint-Romain-de-Jalionas, en bordure du Rhône, le coordinateur du collectif ne cache plus son inquiétude face aux conséquences que la construction du barrage pourrait avoir sur la biodiversité.

« Des espaces refuges pour la faune et la flore vont être détruits », poursuit-il. Une inquiétude partagée par de nombreuses associations de protection de l’environnement, à l’image de France nature environnement (FNE) Isère, qui souligne dans son cahier d’acteurs que « l’ouvrage en tant que tel, ainsi que les travaux d’artificialisation des berges, perturberaient la circulation des poissons mais aussi celles d’autres espèces animales et végétales. La retenue en amont du barrage noierait des milieux d’exception abritant une flore et une faune remarquables, tels que des îles à saule blanc et peuplier noir ».

Inquiétudes sur la qualité des eaux

Autre point capital, selon les associations et collectifs opposés au projet : la pollution que la mise en œuvre du barrage pourrait engendrer.

« Ce secteur du Rhône a été fortement pollué pendant des décennies à cause des rejets de PCB [les polychlorobiphényles sont des polluants organiques persistants, NDLR] », développe Clément Pradier. Avec la création du barrage, le risque serait que ces polluants, « actuellement piégés dans les sédiments » soient remis en suspension, développe FNE Ain.

« Il est inévitable que les polluants remis en mouvement atteindraient les espaces agricoles et naturels ainsi que les captages d’au potable situés en aval », poursuit l’association.

De quoi alarmer jusqu’aux élus de la Métropole de Lyon, qui s’inquiètent des « potentielles incidences du projet sur la qualité des eaux de surface et souterraines en très grande proximité du champ captant de Crépieux-Charmy, qui fournit 97% de l’eau consommée sur le territoire », comme le détaillent nos confrères de Lyon capitale.

Des points d’inquiétudes majeurs, renforcés par la crainte que la construction du barrage vienne également détruire des vestiges archéologiques, et que la mise en œuvre de Rhônergia représente in fine un coût beaucoup trop élevé comparativement à l’énergie produite. Alors que le projet, qui nécessite de déplacer le lit du Rhône, est estimé à 330 millions d’euros, la production du barrage représenterait « 1% de ce que fait la centrale de Bugey », situé à quelques kilomètres de là, détaille Jérôme Grausi, interrogé par France3. Un coût « juste aberrant » pour la production produite, fustige le maire de Saint-Romain-de-Jalionas, fermement opposé au projet.

Des questions soulevées lors de la concertation préalable

Nombreux, ces points d’achoppement ont été soulevés à de multiples reprises par les opposants au projet dans le cadre de la concertation préalable qui s’est déroulée du 1er décembre 2023 au 29 février 2024 sous l’égide de la Commission nationale du débat public.

« On y a mis beaucoup d’énergie, assure Clément Pradier, mais on n’a pas vraiment eu d’éléments probants sur toutes les interrogations qu’on a soulevées, regrette-t-il. La CNR nous a assuré qu’ils allaient faire des études, mais on reste complètement dans le flou, avec beaucoup d’inquiétudes. »

De son côté, la CNR a notamment assuré que les effets du barrage sur l’environnement et la biodiversité avaient été pris en compte.

« La zone d’implantation étudiée a été définie en fonction des caractéristiques géologiques et du non empiétement sur la zone classée de la confluence de l’Ain, détaille-t-elle sur son site. Ce sont également des critères de moindre emprise sur les terres agricoles de la plaine de l’Ain et de compatibilité de fonctionnement avec la centrale nucléaire du Bugey qui sont pris en considération dans cette analyse de faisabilité. »

Aller vers plus de sobriété

Des arguments qui peinent à convaincre les opposants au projet. Alors que l’État doit se prononcer dans les prochains mois sur la poursuite ou non du projet, militants et associations continuent à se mobiliser contre Rhônergia. Après la mise en ligne d’une pétition, qui recueille aujourd’hui plus de 8000 signatures, et l’organisation d’une journée de mobilisation le 24 mars, le collectif Stop Barrage Rhônergia prépare une nouvelle mobilisation le 8 juin prochain.

« Le message qu’on veut continuer à faire passer, c’est qu’au vu de tous les problèmes soulevés, pour le moment, le compte n’y est pas, insiste Clément Pradier. Autant arrêter tout de suite les frais. »

D’autant que pour le militant associatif comme pour FNE, des alternatives au projet existent, parmi lesquelles rénover les barrages existant sur le Rhône.

« Le Rhône est le fleuve le plus artificialisé du monde, avec 20 barrages uniquement en France dont 19 exploitées par la CNR, détaille Clément Pradier. Sur ces 19 barrages, certains ne sont pas de première jeunesse. En les rénovant, on pourrait avoir des gains de rendement tout en ayant un moindre impact environnemental. »

Le militant appelle également de ses vœux un plus grand investissement sur le photovoltaïque. Surtout, Clément Pradier, à l’image de FNE, aspire à plus de sobriété.

« C’est bien de parler de transition énergétique, mais la meilleure énergie reste celle qu’on ne consomme pas, insiste-t-il. La sobriété est parfois perçue comme un gros mot, alors que ça ne devrait pas. » 

Contactée, la Compagnie nationale du Rhône n’a finalement pas donné suite à notre demande d’interview.

Sources : « Rhônergia : pourquoi ce projet de barrage questionne ? », RCF Radio, 02/02/2024 / « Rhônergia, le projet de barrage sur le Rhône qui inquiète jusqu’à Lyon », Lyon Capitale, 20/02/2024

Cecile Massin

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