Les résultats des élections sénatoriales ont un air d’avertissement. Dimanche 27 septembre, le Rassemblement national (RN) et son alliée l’Union des droites pour la République (UDR), présidée par Eric Ciotti, ont obtenu 15 élus (3 siégeaient déjà). Pour la première fois, le RN a assez d’élus pour former un groupe sénatorial au Palais du Luxembourg.
Dimanche 27 septembre, la moitié des sièges du Sénat — 178 sur 348 — a été renouvelée, par le vote des « grands électeurs » (formés à près de 95 % par des élus municipaux ou des délégués désignés par les conseils municipaux). Lors des élections municipales de mars, le RN avait fait élire plus de 70 maires et 3 000 conseillers municipaux sur 36 000 communes. Les résultats ont confirmé sa dynamique dans certaines zones rurales : il a remporté 9 sièges, qui viennent s’ajouter à ses trois sénateurs élus en 2023.
Dans le détail, le parti d’extrême droite remporte 2 sièges dans les Bouches-du-Rhône (mais l’ex-RN Stéphane Ravier n’est pas réélu), 2 dans les Alpes-Maritimes, avec l’allié UDR, 2 dans le Var, 1 dans le Vaucluse, 1 dans l’Hérault, 1 dans le Gard, 1 en Gironde, avec la députée Edwige Diaz qui pourrait présider le groupe, et 1 en Seine-Maritime, une surprise.
En Gironde, les différentes listes issues de la gauche et de l’écologie ont pourtant rassemblé près de 43 % des suffrages exprimés. Désunies, elles n’ont obtenu que 2 des 6 sièges de sénateurs de Gironde.
« Nous ne pouvons plus faire comme si notre incapacité à nous rassembler était sans conséquence. (…) Il arrive dans l’Histoire des moments où ce qui nous sépare doit être regardé à la lumière de ce que nous risquons. Nous sommes dans l’un de ces moments », a réagi le député de Gironde, du groupe Écologiste et Social, Nicolas Thierry.
C’est un changement de taille dans les institutions de la Ve République, estime Le Soir : « Bastion historique de la droite, le Sénat faisait figure de dernier verrou institutionnel où l’extrême droite demeurait à la marge », rappelle le quotidien belge, qui y voit « une percée historique, loin d’être anodine dans une chambre de 348 élus qui vote la loi et contrôle le gouvernement ».
Grâce à ce nouveau groupe, le RN jouira de plus de temps de parole, de plus de moyens financiers, de bureaux au palais du Luxembourg ou encore de la possibilité de créer une commission d’enquête par an, un outil puissant.
Le risque : que le groupe LR, majoritaire au Sénat (il est passé de 131 à 125 sièges), continue de sombrer dans les thématiques d’extrême droite et donne du poids aux propositions xénophobes et liberticides du RN – comme le montre la campagne présidentielle de Bruno Retailleau, réélu sénateur de Vendée dimanche. Triste exemple, Sylvie Goy Chavent, membre du groupe LR et réélu dans l’Ain, a rejoint le groupe RN-UDR.
Le résultat est d’autant plus préoccupant que le Sénat a été utilisé récemment pour contourner le débat parlementaire et imposer des projets de loi écocidaires. Face au péril, la sénatrice écologiste Mélanie Vogel exhorte ses collègues sénateurs à maintenir un « cordon sanitaire ».
« Je lance un appel (…) à la droite et au centre au Sénat à tenir ce front républicain et à être, au fond, le dernier rempart au Parlement contre la normalisation de l’extrême droite en France », a-t-elle déclaré solennellement sur le plateau de la chaîne Public Sénat.
De son côté, la gauche est en léger recul (110 contre 115 auparavant). Seule surprise : La France insoumise (LFI) arrive au Sénat, avec l’élection de Gabriel Amard, dans le Rhône. Il devra désormais choisir quel groupe parlementaire il souhaite rejoindre, ou s’il souhaite être non-inscrit. Les sénateurs ont jusqu’au lundi 5 octobre, 16 heures, pour décider de leur groupe.
“En cas de victoire de Marine Le Pen, le Sénat pourrait devenir un outil crucial. La droite française serait alors plongée dans un dilemme : rester dans l’opposition ou bien décider de composer avec le nouveau pouvoir”, avertit le Soir.
Le Sénat tout juste renouvelé va siéger durant les premières années du mandat du prochain chef de l’État. Les prochaines élections sont en 2029, avec quasiment le même corps électoral.
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