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Pic pétrolier : il ne reste plus que 9 ans avant que le pétrole ne devienne un bien de luxe

Après 2030, même la découverte de nouveaux gisements ne pourra contrecarrer l’inévitable : les capacités mondiales de production de pétrole seront en baisse, et cela aura des conséquences économiques.
10 juin 2021 - Pierre Boccon-Gibod
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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C’est le think tank écologique The Shift Project qui a réuni, dans une étude publiée le 27 Mai 2021, les raisons qui concourent à admettre ce scénario. Se servant de la base de données du consultant international Rystad Energy (qui propose à ses clients des modélisations « en temps réel » de l’évolution des marchés de l’énergie, dont ceux du pétrole), les auteurs du rapport mêlent des variables marchandes, technico-industrielles, géopolitiques et physiques pour construire leur propos.

La prévision d’un pic pétrolier

Plus précisément, ils se servent de la base de données « uCube », qui comprend l’actualité de la production mondiale de pétrole (entreprises, lieux géographiques d’exploitations, pays…) et ses perspectives d’avenir (exploitations potentielles, stratégies géopolitiques, stratégies d’entreprises…).

En prenant en compte, grâce à cette technologie, les réserves de pétrole non encore exploitées, et même les zones supposées cacher des gisements à découvrir, les chercheurs du Shift Project ont mis en évidence ce scénario hautement probable : de 2020 à 2030, la production mondiale de pétrole pourra continuer à suivre une demande grandissante, à sous-estimer sa rareté et à stabiliser ses prix.

Après 2030, par contre, même la découverte de nouveaux gisements ne pourra contrecarrer l’inévitable : les capacités mondiales de production de pétrole seront en baisse, et cela aura des conséquences économiques.

La dynamique marchande de la rareté, selon laquelle ce qui est rare est cher, se mettra en place, suivie de la dynamique capitaliste du profit, selon laquelle il faut monopoliser la production de ce qui est rare pour en tirer le plus haut profit réalisable auprès des consommateurs.

Bref, toutes variables comprises, le pétrole amorcera sa transformation en bien de luxe (rare et cher) durant la décennie 2030.

Graphique tiré de la synthèse du rapport de The Shift Project

Enjeux géopolitiques

« Ce travail répond à une consultation du ministère des Armées. » précise le communiqué de presse à propos de l’étude. « Il vise à documenter davantage la menace que constitue l’approche de l’inéluctable ‘‘pic pétrolier’’, et ses risques spécifiques pour les pays de l’UE, qui figurent parmi les premiers importateurs mondiaux de brut. »

En effet, les conclusions de l’étude, en plus de leur exactitude mathématique, visent à avertir les dirigeants politiques de l’Union Européenne des conséquences qu’aura le déclin mondial de pétrole sur leurs affaires économiques et géopolitiques.

Puisque « dans le monde, 10 pays concentrent environ 80 % des réserves » et que « la plus grande part de l’approvisionnement en pétrole brut repose sur un nombre restreint de grands producteurs », la décennie 2030 promet d’agrandir la puissance géopolitique des pays producteurs sur les pays consommateurs.

De ce fait, les pays de l’Union Européenne, dont la production et la consommation repose encore largement sur des énergies pétrolières importées, ne seront plus en capacité de fixer les conditions des échanges avec les pays exportateurs, situation qui pourrait directement mener à des contraintes, asservissements ou conflits géopolitiques.

D’ici là, le rapport préconise donc aux pays produisant peu ou pas de pétrole (comme la France et les autres pays de l’Union Européenne) d’accélérer la transition hors des énergies carbones.

Sans un mode de production et de consommation libéré du besoin de ces énergies, ces pays entreront dès 2030 dans des relations d’extrême dépendance économique avec leurs fournisseurs.

Notons qu’à ce jour, les principaux fournisseurs d’Europe sont, « par ordre décroissant d’importance », la Russie, l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Norvège, le Kazakhstan, le Nigéria, la Libye, l’Azerbaïdjan, l’Iran et le Royaume-Uni.

Ce sont ces pays qui verront leur influence s’agrandir sur l’UE à mesure que le pétrole sera devenu rare et que la consommation des Européens sera restée constante.

Le champ pétrolifère de Buzzard est la plus grande découverte britannique en mer du Nord au cours des deux dernières décennies. L’installation Buzzard est située à environ 60 miles au nord-est d’Aberdeen. Crédit : Suncor Energy

Urgence écologique, économique et sociale.

L’économie basée sur l’énergie pétrolière nous a habitué à des mobilités quotidiennes comme la voiture ou la moto, a permis et soutenu la production de biens comme le chewing-gum ou la roue en uréthane, et a largement contribué au développement du plastique que nous trouvons aujourd’hui dans à peu près tous nos tiroirs, emballages, téléphones…

Pourtant, il est aujourd’hui essentiel de remettre en question ces habitudes, ou du moins leur ancrage dans le pétrole. Sans cela, les prix de ces habitudes prendront d’ici vingt ans des proportions jusque-là impensables.

Par exemple, la hausse du prix de l’essence de 2018 – qui a servi de premier motif aux mobilisations des gilets jaunes – ne pourra que sembler légère et risible par comparaison.

A La Relève et La Peste, nous avons largement documenté les effets néfastes des énergies pétrolières sur nos vies et sur nos environnements. A la liste de ces effets, il faudra donc bientôt ajouter celui de creuser les inégalités économiques et sociales entre nos corps vivants.

Contre le monde où les riches carburent en avion et où les pauvres voient leurs voitures condamnées à l’immobilité (faute de moyens d’acheter de l’essence), les réponses se trouveront dans les associations, entreprises et/ou politiques publiques qui abandonneront et combattront tout usage du pétrole.

Y en a-t-ils qui valorisent déjà aujourd’hui – par leurs mobilités, technologies et quotidiens – des énergies renouvelables, qui pourront demain devenir accessibles à tous à des prix raisonnables ? La question est ouverte ; le temps du pétrole bon marché que l’on trouve un peu partout est, quant à lui, bientôt terminé.

Pour aller plus loin, lire notre enquête sur le sujet :
Le pétrole : Le sang noir du monde moderne

10 juin 2021 - Pierre Boccon-Gibod
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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