Au cœur d’un mois d’août caniculaire, le besoin d’ombre et d’oxygène à Marseille est vital. Abattre des arbres dans ce contexte semble absurde. Et pourtant, ce lundi, au cœur du parc de Bonneveine, le vrombissement des tronçonneuses a mis fin à l’existence de 37 pins d’Alep. Une opération menée en urgence, sous couvert de sécurité, qui laisse derrière elle un quartier en colère.
La méthode du fait accompli
Ce vendredi 14 août, la municipalité de Marseille annonce par communiqué le début imminent, dès le lundi suivant, d’un chantier d’abattage au parc de Bonneveine, situé dans le 8e arrondissement de Marseille. Un délai éclair qui empêche toute contestation et place les citoyens devant le fait accompli.
Au total, 37 arbres de grande taille ont été abattus, officiellement pour « sécuriser » le site. Pour les riverains, réunis au sein du collectif Les Amoureux du Parc de Bonneveine, cette décision est incompréhensible.
« C’est un calendrier politique qui n’était pas celui des arbres », dénonce-t-on au sein du collectif Comm’un Possible.
Malgré les promesses de replantation — 210 nouveaux sujets annoncés par la Ville — la pilule ne passe pas. « Les jeunes plants ne remplaceront jamais les îlots de fraîcheur que nous offraient ces géants », déplore Martine, une habitante du quartier.
Des expertises décriées
Jérôme Nardi, représentant du collectif des riverains du parc Bonneveine, et Alain Senentz du groupement France Nature Environnement ont confronté Marc Foveau, directeur général adjoint de la ville au quotidien.
Il assure que ces décisions s’appuient sur un rapport de l’Office national des forêts (ONF) pointant une fragilité structurelle et un risque de chute, mais les associations sont sceptiques. Elles dénoncent une gestion « précipitée » et un manque de transparence.
Documents techniques tardivement communiqués, expertises remises en question : les défenseurs des arbres affirment que certains sujets abattus ne présentaient aucun danger immédiat. Et exigent une réévaluation des risques que ces arbres représentaient réellement, pour qu’il n’y ait pas de prochaine fois.
Certains pointent du doigt les travaux de réaménagement, accusant les décaissements et tranchées réalisés au pied des arbres d’avoir endommagé leur système racinaire, les fragilisant artificiellement.
Sécurité contre biodiversité
La mairie de son côté assure avoir attendu la fin de la période de nidification des oiseaux pour agir et justifie l’urgence par la menace climatique. Les fortes chaleurs accentuant le stress hydrique des végétaux, tout risque de chute devait être écarté.
Alors que les épisodes de canicule se multiplient, la question de la végétalisation urbaine devient un enjeu politique majeur. Chaque arbre abattu est une respiration de moins, et les riverains n’ont pas le luxe de se priver de fraîcheur sous des prétextes discutables.
À Marseille, le sentiment des habitants est clair : la sécurité ne doit pas devenir le prétexte à une artificialisation de la ville.
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