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A412 : les citoyens s’opposent aux abatteuses pour sauver l’une des dernières forêts naturelles du Bas-Chablais

« Ils sont en train de détruire le dernier endroit du Bas-Chablais qui nous permet encore d’avoir de l’air frais. »

Un nouveau front de la lutte pour la protection du vivant s’est ouvert dans les Alpes. Le 7 septembre, les travaux de construction de l’autoroute A412 ont débuté par l’abattage d’arbres dans l’un des derniers espaces naturels du Bas-Chablais, alors que la France vient de connaître son été le plus chaud jamais enregistré.

Des bois, des zones humides, mais aussi des terres agricoles, des prés de fauche et des pâturages seront détruits ou impactés par le chantier, qui s’étendra sur une emprise totale de près de 180 hectares. Ces milieux sont aussi l’habitat de nombreuses espèces protégées, dont des castors et des crapauds sonneurs à ventre jaune.

« Ils sont en train de détruire le dernier endroit du Bas-Chablais qui nous permet encore d’avoir de l’air frais », déplore Joanna Linares, membre du collectif Stop A412.

Un projet contesté 

Initié il y a une quarantaine d’années, le projet d’autoroute a été pensé pour désenclaver le territoire, une rhétorique toujours utilisée par l’État et les élus de Haute-Savoie favorables au projet.

« Une étape historique pour le désenclavement du Chablais ! » se félicitait Richard Baud, maire de Thonon-les-Bains et conseiller départemental, lors de la signature de l’autorisation environnementale de l’A412, le 28 août dernier. « Une nécessité pour nos habitants, nos entreprises, notre économie et l’avenir de notre territoire. »

«  On n’est pas dans un territoire enclavé », précise Joanna Linares. « On a un territoire frontalier qui attire énormément de monde, on a une démographie et une économie extrêmement dynamiques. Par contre, on a un réseau routier engorgé, parce qu’on a un taux d’urbanisation beaucoup trop élevé. »

Le concessionnaire autoroutier Amedea affirme de son côté vouloir « améliorer le cadre de vie » des habitants d’un territoire au « réseau routier saturé ».

« On ne désengorge pas les routes en ajoutant des voitures», rétorque Joanna Linares. « C’est une vision archaïque, restée bloquée dans les années 1980. En 2019, il y a eu la mise en service du Léman Express, qui a été plébiscité et qui est aujourd’hui saturé. Ça veut dire deux choses : que les gens sont prêts à ne plus prendre la voiture pour aller à Genève, et qu’il faut permettre à ces mobilités alternatives de se développer. »

Une opposante à l’A412 après des travaux de déforestation

Des irrégularités dans les procédures ? 

Les 180 hectares d’emprise recoupent plus de mille parcelles privées dont une centaine doivent encore être expropriées, nous apprend Reporterre, en vertu de la déclaration d’utilité publique de 2019 sur le projet. Or, sur celles où l’expropriation n’est pas achevée, les promoteurs ne devraient pas effectuer de déboisement.

En effet, les travaux de défrichement ont débuté avant le versement des indemnités d’expropriation aux anciens propriétaires, dont certains avaient engagé des procédures pour contester le montant des indemnités proposées.

« Si on arrache tous les arbres qui donnent de la valeur au terrain, avant que le juge ne soit venu, on prive complètement les propriétaires vendeurs de leurs droits ! » explique anonymement un avocat interrogé par Reporterre. 

Une mobilisation sous les yeux des forces de l’ordre

Face à la destruction de leur cadre de vie débutée le 7 septembre, des citoyens se sont révoltés. Certains sont montés sur les abatteuses pour tenter de stopper le chantier.  Depuis, plusieurs dizaines d’entre eux se relaient chaque jour pour documenter l’avancée des travaux et les irrégularités du chantier, sous l’œil attentif des gendarmes.

«  Aujourd’hui, les forces  de l’ordre assurent la sécurité privée du chantier », estime Joanna. « Ils entourent les abatteuses pour empêcher les gens d’approcher, mais ils ne contrôlent pas les infractions qu’on leur dénonce. Ils protègent, de fait, la commission d’infractions sur le chantier. »

Présent sur place pour soutenir la lutte, le militant écologiste Thomas Brail, fondateur du Groupe National de Surveillance des Arbres (GNSA), déjà connu pour sa lutte contre le chantier de l’A69, a lui aussi été arrêté et placé en garde à vue lundi 21 septembre.

« On continue à faire des autoroutes pour gagner 6 minutes », dénonçait-il , face caméra, dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux quelques heures avant son  arrestation. « Même procédé que pour l’A69 : on met des poteaux avec des barbelés parce que c’est la guerre contre le vivant. »

Avec Thomas Brail, 12 autres personnes ont pour l’heure été arrêtées lors de cette mobilisation. Plusieurs d’entre elles vont être poursuivies en justice. « Ces arrestations sont un moyen de faire pression », estime Joanna, qui constate également une accélération des travaux.

«  Comme on réussit à avoir l’attention des médias, qu’ils savent qu’ils font n’importe quoi et qu’on accumule des preuves contre eux, ils précipitent la destruction dans une stratégie de fait accompli, comme pour l’ A69. » 

Car sur le chantier, le temps presse : le promoteur a jusqu’au 31 octobre pour déboiser toutes les parcelles, date de fin de l’autorisation environnementale délivrée par Jérôme Bonet, le préfet de la Haute-Savoie.

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Eloi Boye

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