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Lyon : quatre militants ont passé 42h en garde-à-vue pour avoir dénoncé le génocide de Gaza sur des panneaux publicitaires

“On entend, y compris dans la bouche de ministre de l'Intérieur, des termes comme "écoterroriste" qui sont des termes graves de sens. Il y a une banalisation du fait de stigmatiser, voire de judiciariser, ce qui est le cas aujourd’hui, des activités militantes qui sont légitimes dans une démocratie."

Lundi 4 mai, quatre militant·es de Résistance à l’Agression Publicitaire Lyon (RAP) sont passés devant le tribunal correctionnel de Lyon. Ils sont accusés d’avoir volontairement détérioré ou dégradé en réunion 19 panneaux publicitaires des sociétés Cityz Media et JCDecaux. Un reportage de Madeleine Montoriol.

Les faits se sont déroulés le samedi 27 septembre 2025 à Lyon. Avant d’être interpellés et menottés, les quatre militant·es ont posé 24 affiches dont une douzaine indiquaient le message suivant : “La Cour pénale internationale recherche pour crimes de guerre et génocide le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.” Ainsi que d’autres messages anticoloniaux en soutien au peuple palestinien.

Cette action a eu lieu la veille de la marche des Résistances organisée à Lyon, le dimanche 28 septembre 2025. Suite à cette interpellation, les quatre militant·es ont effectué 42 heures de garde à vue. Une durée “spectaculaire” selon une membre de l’ONG Résistance à l’Agression Publicitaire présente en soutien à leur procès.

Crédit : Résistance à l’Agression Publicitaire

Une atteinte à la liberté d’expression

À 12h30 ce lundi 4 mai était organisé place Guichard, à une dizaine de minutes à pied du tribunal, un rassemblement de soutien. La Relève et La Peste a pu s’entretenir avec Mehdi Khamassi, chercheur en sciences cognitives au CNRS et David Cormand, député européen, les deux témoins de moralité du procès.

Mehdi Khamassi explique sa présence ici par « l’impact négatif de la publicité de masse sur la société et la surconsommation en termes de perte de liberté, parce qu’elle nous met plus dans des automatismes décisionnels ».

David Cormand (à gauche) et Mehdi Khamassi (à droite) – Crédit : Madeleine Montoriol

Face à de tels impacts, il rappelle l’importance de garder des espaces de liberté d’expression. « Le fait que des gens soient inculpés pour avoir cherché à trouver un espace d’expression de cette liberté me semble problématique ».

David Cormand fait lui aussi un lien entre cette arrestation des quatre militant·es et la liberté d’expression. « On a affaire à des militants et des militantes qui ont voulu limiter sur une durée donnée l’exposition du public à des publicités de manière symbolique. Pour moi, on est dans le cadre de la liberté d’expression, légitime dans une démocratie. »

Cet enjeu démocratique pousse les activistes de RAP à espérer une relaxe pour entrave à la liberté d’expression.

Rassemblement devant le Palais de Justice de Lyon – Crédit : Madeleine Montoriol

Un procès politique

Les soutiens ont continué jusqu’au tribunal judiciaire de Lyon où la salle était pleine. Dans son discours, l’avocat des quatre militant·es, dont trois étaient présents, a mis en avant le « caractère très politique des infractions » et affirmé attendre « avec beaucoup de sérénité les débats sur le fond ».

Sur la forme, déjà, la défense a demandé la nullité de la garde à vue et sa prolongation. Après un rejet de cette demande en nullité par la présidente du tribunal, les débats sur le fond ont commencé.

Dans un premier temps, les trois militant·es présents ont pu donner leur version des faits. Après avoir insisté sur “la convergence des luttes” qui les a poussé à agir ce soir-là, ils sont revenus sur leur mode opératoire. Ils n’ont pas forcé les panneaux publicitaires lorsqu’ils les ont ouverts pour recouvrir les affiches de leurs messages. Ils n’estiment donc pas avoir fait preuve de dégradation.

Côté plaignants, même la société JCDecaux, la seule à avoir porté plainte, a estimé le 29 septembre 2025 une absence de dégradation et un “préjudice commercial trop infime pour être évalué”. En effet, les panneaux publicitaires auraient été peints à l’aide de Posca, une encre qui part à l’eau. Aucun membre de chez JCDecaux ne s’est déplacé.

“La confiance en la police était rompue”

Les trois militant·es sont ensuite revenus sur la peur qu’ils ont ressenti face aux forces de l’ordre, notamment pour justifier la tentative de dissimulation d’identité de l’un d’entre eux. “Je me sentais apeuré par la situation”, a affirmé ce dernier. Un ressenti “légitime” aux yeux de la présidente du tribunal.

Les trois prévenus ont également témoigné d’humiliations au cours de la procédure d’arrestation devant un tramway en circulation, et durant la garde à vue. Une des militantes ayant dû enlever ses collants passant 42 heures pieds nus et n’ayant pas eu droit à du papier toilette, dénonce-t-elle.

Les deux témoins de moralité ont ensuite été entendus. Les prévenu·es risquent jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende pour “dégradation en réunion”. Le verdict sera rendu le 15 juin.

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