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En Creuse, un village lutte contre la coupe rase d’une forêt ancienne de 13 hectares

« Notre cadre de vie est dévasté par la transformation de belles forêts anciennes en taillis de châtaigniers ou en monocultures de résineux »

A Saint-Eloi, la quasi-totalité des habitants est vent debout contre une coupe rase prévue sur 13 hectares de feuillus diversifiés. Ils refusent que leur paradis verdoyant ne périsse sous les coups des tronçonneuses à répétition.

L’accélération des coupes rases

Ces dernières années, les habitants de Creuse constatent une intensification des coupes rases : « Pendant 6 ans, je vivais au paradis », témoigne David, qui vit à Saint-Éloi depuis une dizaine d’années. « Mais depuis 4 ans on entend les tronçonneuses tout le temps. » 

La commune de Saint-Éloi est l’une de celles les plus touchées par les coupes rases au sein de la communauté d’agglomération du Grand Guéret. Progressivement, coupe après coupe, les forêts de feuillus diversifiées et riches en biodiversité régressent, laissant place à des trouées ravagées, généralement suivies par des plantations de résineux en monocultures.

Les habitants dans la forêt menacée, lors du 25 avril – Crédit : Terre de Forêt

C’est pourquoi, samedi 25 avril, une centaine d’habitants de la Creuse se sont réunis pour une marche blanche en forêt dans la prochaine parcelle concernée par le carnage. Juste à côté, 10 hectares avaient été presque intégralement rasés en 2025 . « Sur toute la colline, ce sont plus de 20 hectares qui auront été rasés en deux ans », déplore David.

Selon France 3 Nouvelle-Aquitaine, l’entreprise d’exploitation forestière Mondy, responsable du chantier forestier sur une parcelle appartenant à un propriétaire privé, assure pourtant effectuer « des coupes d’amélioration ». Cet acte sylvicole vise à prélever certains arbres, pour favoriser la croissance d’autres. Mais cette version est contestée par David et les autres habitants, images prises au drone à l’appui : « C’est de la coupe rase », assure-t-il.

Vue aérienne de la coupe de 2025 – Crédit : Terre de Forêt

Un village en lutte 

À Saint-Éloi, la multiplication des coupes rases provoque une «  souffrance psychologique », chez certains habitants. « Notre cadre de vie est dévasté par la transformation de belles forêts anciennes en taillis de châtaigniers ou en monocultures de résineux », constatent-ils.

Loin de provoquer leur résignation, les coupes rases entraînent une réaction massive. Le village de 170 habitants est depuis quelques mois l’un des épicentres de la lutte contre ce mode de sylviculture en Creuse.

En octobre 2025, près de 80 % des habitants de la commune avaient signé une pétition contre les coupes rases. Dans la foulée, plus d’une centaine de personnes s’étaient réunis pour accueillir en grande pompe l’association Canopée, de passage à l’occasion d’une tournée en bus pour dénoncer le détricotage des lois européennes de protection des forêts.

Les habitants dans la forêt menacée, lors du 25 avril – Crédit : Terre de Forêt

Des divisions au sein du village

Si une large partie des habitants s’opposent ainsi aux coupes rases, ce rejet ne fait pas l’unanimité. Sujet de tensions, il a profondément dégradé l’ambiance du village : « Cela pourrit la vie de la commune », témoigne David. « On a reçu une lettre d’insultes à domicile. »

« Il y a deux clans qui s’opposent », poursuit-il. « Certains propriétaires revendiquent le droit de propriété complet sur la forêt, et nous revendiquons un droit d’usage ».

« La forêt ne peut être considérée comme un simple objet, être propriétaire ne signifie pas faire n’importe quoi sur sa propriété », estime le collectif d’habitants. « L’intérêt économique (pour le propriétaire et le marchand de bois uniquement) ne devrait pas prévaloir sur l’intérêt social et écologique de la forêt. »

Vue aérienne de la coupe de 2025 – Crédit : Terre de Forêt

Vers d’autres modèles de gestion ? 

Pour autant, les habitants assurent ne pas s’opposer à l’exploitation du bois. « Il y a aussi sur la commune des propriétaires forestiers qui n’ont pas l’intention de faire de coupes rases », rappelle David.

Présent à la marche blanche, Hans Kreusler, un gestionnaire forestier indépendant, prône depuis des décennies la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC) : un modèle de gestion plus respectueux des cycles biologiques de la forêt et de ses habitants. Si certains arbres sont prélevés, la majeure partie du couvert forestier est préservée : pour garantir un habitat à la biodiversité mais aussi de futures exploitations de bois.

À l’inverse, les coupes rases «  ne laissent aucun avenir pour nos forêts et l’artisanat local puisqu’aucun bois d’avenir n’est préservé », regrette le collectif d’habitants.

Pour sensibiliser les propriétaires forestiers du village à cet autre modèle de gestion, une trentaine d’habitants ont créé le collectif Terre de Forêts, qui vise aussi à faire de la veille d’information sur les futures coupes et des inventaires de biodiversité.

« On n’est pas dans la sensiblerie, ni dans la volonté de mise sous cloche des forêts », insiste David. « Mais il y a d’autres manières de gérer la forêt ».

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Eloi Boye

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