Selon une enquête menée par la coalition Stop Fast-Fashion, la moitié des vêtements donnés en ressourcerie et considérés non réemployables, car de trop mauvaise qualité, proviennent d’enseignes de fast-fashion, comme Zara, tandis qu’une faible part provient de l’ultra fast-fashion, comme Shein. Le collectif d’associations appelle ainsi à ce que la loi contre la fast-fashion n’épargne pas les acteurs traditionnels, estimant que « l’obsession actuelle pour cibler uniquement les acteurs de "l’ultra fast-fashion" est un écran de fumée ».
La proposition de loi contre la fast-fashion, déposée en février 2014 par le député Les Républicains Antoine Vermorel-Marques, promet de réduire l’impact environnemental de l’industrie textile et de lutter contre la surproduction.
« Alors que la Commission Mixte Paritaire (CMP) qui doit statuer sur cette loi se fait toujours attendre, le débat public reste focalisé sur une baisse de la qualité des vêtements, l’attribue quasi exclusivement à l’ultra fast-fashion (Shein, Temu, Boohoo, etc.) et dédouane les enseignes de la “première génération” (H&M, Primark, Mango, etc.) », constate la coalition Stop Fast-Fashion.
Une distinction superficielle entre ultra fast-fashion et fast-fashion
Selon une enquête de terrain menée par le Réseau national des ressourceries et recycleries pour la coalition Stop Fast-Fashion auprès de 33 structures de réemploi textile, le volume de textiles jugés non réemployables du fait d’une qualité insuffisante pour être remis en usage est considérable : sur 2,8 tonnes triées, 1,7 n’étaient pas réutilisables.
De plus, 49 % de ces textiles non réemployables proviennent d’enseignes de la fast-fashion de première génération tandis que 5 % seulement sont issus de de l’ultra fast-fashion, dont les ventes se font quasi exclusivement en ligne. « Le volume de la “première génération” représente donc douze fois celui de l’ultra fast-fashion », souligne la coalition.
Les 46 % restant correspondent aux textiles sans marque identifiable, mais aussi aux marques moyenne et haute gammes.
« Ces résultats montrent que l’ultra fast-fashion a une place minoritaire dans la quantité globale des vêtements qui ne peuvent pas avoir de seconde vie en France, alors que les enseignes de “première génération” sont responsables d’une majorité des déchets textiles produits aujourd’hui », résume la coalition Stop Fast-Fashion.
Pour la coalition, la distinction entre fast-fashion de « première génération » et de « seconde génération » est artificielle. « Ne cibler que les acteurs de l’ultra fast-fashion, c’est passer à côté du cœur du problème que représente l’industrie textile et la mode éphémère au sens large. »
Une crise de la surproduction antérieure à l’avènement de l’ultra fast-fashion
Mais si la part de l’ultra fast-fashion reste encore marginale dans les ressourceries, c’est aussi car ce modèle s’est développé récemment. « Les acteurs de l’ultra fast-fashion n’ont pris une place significative sur le marché français qu’entre 2022 et 2025, pour se hisser aujourd’hui dans le top 5 des marques les plus vendues », rapporte la coalition.
« Cette montée en puissance est donc trop récente pour que les articles concernés aient eu le temps d’atterrir dans les poubelles ou dans les sacs de tri destinés aux ressourceries. La crise de la surproduction est donc bien antérieure à l’avènement de l’ultra fast-fashion. »
Il existe de fait une continuité de pratiques environnementales et sociales nocives entre la fast-fashion et l’ultra fast-fashion, les deux s’inscrivant dans une logique de surproduction, avec un rythme encore plus effréné pour l’ultra fast-fashion.
La coalition Stop Fast-Fashion dénonce l’exploitation d’une main d’œuvre majoritairement féminine à l’autre bout du monde, des discriminations et violences de genre, des salaires bas, des environnements de travail dangereux, une absence de protection sociale et une pollution massive.
Transformer toute la filière textile
La coalition appelle ainsi à transformer l’industrie textile de manière globale, sans remettre en cause l’importance du don : « Tous les vêtements en bon état doivent continuer à être donnés, car ces dons sont essentiels pour permettre à ces structures de remplir leur mission sociale et environnementale. »
« En ciblant uniquement les nouveaux acteurs asiatiques en ligne, le gouvernement cherche à préserver les enseignes ayant pignon sur rue au nom de la « préservation de l’activité commerciale », tout en ignorant l’urgence écologique et le respect des droits humains », estime la coalition. « Quand ils terminent dans une décharge à ciel ouvert, la planète ne fait pas de différence entre un t-shirt H&M et un t-shirt Shein. »
L’association plaide pour une loi plus ambitieuse : la création d’un malus financier dissuasif et l’interdiction de publicité doivent concerner toutes les marques de la fast-fashion.
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