Inédit à l'Assemblée nationale, tous les groupes politiques ont voté en faveur d’une proposition de loi visant à créer un fonds pour les cancers pédiatriques, financé par une taxe sur le chiffre d'affaires des laboratoires pharmaceutiques. Seul le RN a voté contre.
Cela fait « 15 ans » qu’associations, parents et chercheurs réclament des moyens pour la recherche contre les cancers infantiles. En France, près de 2 500 enfants sont frappés chaque année par un cancer, dont 500 en meurent en moyenne. Cela en fait la première cause de mortalité par maladie chez les plus jeunes.
Beaucoup reçoivent encore des médicaments conçus pour les adultes. Conséquence : « deux enfants guéris sur trois souffriront de séquelles lourdes et parfois irréversibles liées aux traitements : atteintes cardiaques, infertilité, troubles neurologiques, second cancer, handicaps ou maladies chroniques », dénoncent les associations Eva pour la vie et Grandir Sans Cancer.
En cause : les enfants ne sont pas considérés comme assez rentables pour les grands groupes pharmaceutiques. Les cancers, maladies rares et orphelines de l’enfant touchent bien moins de patients que les pathologies de l’adulte, ce qui rend les investissements privés moins attractifs.
C’est pourquoi l’ensemble des familles politiques ont voté en faveur d’une mesure forte : taxer les géants du médicament pour aider les enfants gravement malades. Le mécanisme ? Une taxe de 0,1 % sur le chiffre d’affaires des laboratoires pharmaceutiques en France, ce qui pourrait rapporter 50 millions d’euros annuels pour un secteur en générant 73 milliards d’euros en 2023.
Seul le Rassemblement National a voté contre. La position du RN a provoqué la colère de l’ensemble des autres députés présents dans l’Hémicycle qui ont dénoncé un « vote de la honte ». Fort heureusement, n’ayant pas la majorité au Parlement, le vote du RN n’a pas empêché le texte d’être adopté.

Crédit : Grandir Sans Cancer
A l’origine du projet de loi, les associations Eva pour la vie et Grandir Sans Cancer parlent d’ « un mécanisme inédit en Europe ». Géré par Bpifrance, ce fonds d’investissement doit soutenir l’innovation thérapeutique pédiatrique en finançant start-up, biotechs et essais cliniques.
Face au tollé, le RN a justifié son refus en précisant qu’il préférait mettre en place un « crédit d’impôt » en faveur des grands groupes pharmaceutiques. Ce faisant, le RN courtise une fois de plus le grand patronat, au détriment des finances publiques, étant donné l’échec monumental des crédits d’impôts incitatifs ayant déjà coûté 211 milliards d’euros à la France.
« Lorsqu’il faut défendre les multinationales, les intérêts du capital face à la santé des Françaises et des Français, le RN répond toujours présent », a ainsi fustigé le député socialiste Romain Eskenazi.
Karine Lebon, du groupe communiste, a rappelé que « les laboratoires bénéficient d’un système solidaire financé par la Sécurité sociale, par l’argent public », et qu’« ils ont le devoir de participer à l’effort national ». Surtout quand il s’agit de guérir des enfants malades.
Le combat se poursuit désormais au Sénat, où le texte devra être examiné dans les prochains mois.
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