En Serbie, le mouvement étudiant se bat depuis maintenant un an et demi contre le régime autoritaire d’Aleksandar Vučić. Le samedi 9 mai marquait l’anniversaire de la demande par les étudiants de la tenue d’élections législatives anticipées. Elles doivent avoir lieu avant la fin de l’année.
Le 1er novembre 2024, l’auvent de la gare de Novi Sad s’effondre, causant la mort de 16 personnes. Cet incident – alors que le bâtiment venait d’être rénové – soulève des interrogations sur les circonstances du drame et sur les personnes qui en portent la responsabilité. Face à la réticence des autorités de mener une enquête et de traduire les responsables en justice, un mouvement étudiant se crée afin de réclamer justice et de dénoncer la corruption systémique.
Plus d’un an et demi après cet évènement tragique, le mouvement étudiant s’est amplifié au point de devenir la principale force d’opposition au président nationaliste Aleksandar Vučić. Au-delà des revendications de justice pour les défunts de Novi Sad, le mouvement réclame davantage de démocratie, le respect de l’État de droit, de la liberté de la presse, et l’organisation d’élections anticipées. Il demande aussi un soutien à l’éducation publique par une augmentation de 20 % du budget dédié aux universités publiques afin de garantir un enseignement supérieur accessible et de qualité.
Le 9 mai, les communautés serbes du monde entier répondaient à l’appel de solidarité internationale initié par Palac Gore (Pouce levé en français), un collectif de la diaspora serbe fondé à Bruxelles en 2021. Plus de 50 villes ont vu essaimer des rassemblements de soutien, observant 16 minutes de silence, en hommage aux victimes, à 11h52 – l’heure exacte de l’incident de Novi Sad.
Un regain d’intensité à l’approche des élections
Un an auparavant, le mouvement étudiant serbe appelait à l’organisation d’élections législatives anticipées, en soulignant la nécessité de résoudre cette crise politique par des biais démocratiques. En novembre 2025, Aleksandar Vučić cédait finalement à cette revendication, en annonçant la tenue du scrutin avant la fin de 2026.
C’est dans un contexte de campagne électorale que s’est manifestée cette vague de soutien mondiale, réunie autour du slogan « la diaspora décide – les étudiants gagnent ! ». Partout, le message des étudiants a été relayé, avec des invitations à s’inscrire sur les listes électorales, préparer les démarches pour voter depuis l’étranger et mobiliser davantage la diaspora.
À Bruxelles, la députée européenne Kathleen Van Brempt a apporté son soutien au mouvement et a appelé à la mobilisation massive des électeurs, affirmant sa ferme opposition à un gouvernement « qui régresse en matière de droit international et d’État de droit ».
« Cela permet également de soutenir le mouvement en attirant l’attention de la communauté internationale. Espérons que cela permette de faire monter la pression et de montrer à quel point l’État Serbe est devenu dysfonctionnel », a relaté Miloje Savić, un membre de Palac Gore auprès du média EUobserver.

Le rassemblement de la diaspora serbe et de leurs soutiens à Bruxelles, le 9 mai 2026, à l’initiative du collectif Palac Gore © Palac Gore
Une hausse des tensions en Serbie
En Serbie, l’approche des élections s’inscrit dans un climat de fortes tensions. Des élections municipales partielles étaient organisées en mars (qui ne concernent que 3,8 % des électeurs du pays). Elles ont été marquées par de nombreux incidents, accusations de fraude et violences entre partisans du pouvoir et militants étudiants.
Le 10 mai, les étudiants serbes ont mené l’action « N’ayez pas peur, nous sommes toujours là », au cours de laquelle ils se sont rendus au rectorat de l’université de Belgrade. Le 31 mars, ce même rectorat avait été perquisitionné par la police criminelle dans le cadre d’une enquête sur la mort d’une étudiante survenue quelques jours plus tôt.
Cette intrusion a été vivement critiquée par le rectorat et les étudiants, qui dénonce une opération d’intimidation et d’humiliation. En effet, les ordinateurs et téléphones du personnel ont été saisis au cours d’une opération diffusée en direct par différentes chaînes télévisées pro-gouvernemental.

En réaction à la perquisition du rectorat de l’université de Belgrade, le 31 mars, plusieurs centaines de citoyens et d’étudiants se sont rassemblés sur la place des Étudiants, à l’appel de collectifs universitaires. © Vreme
« Ils ne sont pas venus pour enquêter. Ils sont venus pour humilier, pour dire à chaque professeur, à chaque étudiant, à chaque citoyen : voyez ce qui arrive quand vous ne vous taisez pas. […] C’est une attaque contre l’idée qu’il existe en Serbie quelque chose que le pouvoir ne peut pas contrôler. L’université est la dernière institution qui tient encore debout, c’est pour cela qu’ils sont venus », a déclaré Vladan Đokić, le recteur de l’Université de Belgrade.
Centre névralgique de l’organisation des manifestations et actions directes, les universités serbes jouent un rôle majeur dans la structuration du mouvement, y compris dans les débats émergents autour d’une éventuelle stratégie électorale.
À l’approche d’un grand rassemblement prévu le 23 mai à Belgrade, de nombreux soutiens au président ont commencé à affluer vers la capitale, dont certains groupes et individus réputés pour leur violence, ce qui alimente les craintes d’une répression particulièrement violente de la mobilisation étudiante.
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