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IA : dans la Drôme, la population résiste contre un gigantesque data center

Selon le collectif, « la phase initiale de 40 mégawatts consommerait autant d'électricité que tous les foyers de l'agglomération de Valence-Romans - environ 100 000 ».

Dans la Drôme, un projet de data center suscite une opposition grandissante. Le collectif « AssezDC Rovaltain » dénonce une infrastructure qui incarne l’accélération incontrôlée du numérique et ses coûts écologiques. Début juin, ils ont saisi la justice pour tenter de suspendre le projet.

Une consommation équivalente à 100 000 foyers

Porté par l’essor de l’intelligence artificielle, le développement des data centers s’accélère. Dans la Drôme, le projet de datacenter de Sesterce Group (une entreprise marseillaise) au parc d’activités Rovaltain illustre les tensions croissantes entre expansion numérique et contraintes écologiques.

Ce futur data center est contesté par le collectif « AssezDC Rovaltain », qui rassemble notamment les Soulèvements de la Terre, les Amis de la Terre Drôme, ATTAC Romans, Stop Linky 5G Drôme Ardèche, Arrêt du Nucléaire Drôme-Ardèche, l’Atelier Paysan ainsi que des habitant·es de l’agglomération Valence-Romans.

Pour Jean-Claude Lemaire, bénévole aux Amis de la Terre, l’ampleur du projet est sans précédent. Il déclare pour La Relève et la Peste que « le projet est démesuré, visant à devenir le plus grand data center d’Europe avec une capacité d’1 gigawatt, en contraste avec le petit data center existant, qui ne posait jusqu’ici aucun problème ».

A l’heure actuelle, le plus grand data center français est le Digital Park, à la Courneuve, avec « seulement » 80 mégawatts de capacité sur 40 000 mètres carrés. Depuis les annonces de Macron au sommet Choose France, les projets se multiplient sur tout le territoire. Dans les 10 prochaines années, la France, qui compte déjà environ 350 centres de données, pourrait en accueillir une soixantaine de plus.

Une décision précipitée pour un projet surdimensionné

Pour le collectif, le projet s’est construit dans l’opacité. Jean-Claude Lemaire dénonce : « Il n’y a eu aucun débat démocratique. Le permis de construire a été instruit très rapidement, en 7-8 semaines, et accordé sans publicité, découvert par hasard par les riverains ».

Au cœur des critiques figure la consommation énergétique du site. Selon le collectif, « la phase initiale de 40 mégawatts consommerait autant d’électricité que tous les foyers de l’agglomération de Valence-Romans – environ 100 000 ».

Dans un contexte de tension énergétique, cette perspective alimente les inquiétudes locales. La société Sesterce Group a promis un investissement d’1,8 milliard d’euros au total pour équiper ce data center de 40.000 processeurs graphiques (GPU) destinés à l’entraînement et au déploiement d’intelligences artificielles.

« Autre fausse promesse, l’emploi », accuse l’Atelier Paysan. « Alors que le projet doit créer localement jusqu’à 800 emplois directs et indirects selon Nicolas Daragon, Président de l’agglomération, le dossier associé au permis de construire n’évoque que 10 à 15 emplois créés. Détail pas si anecdotique que ça : même si ce n’est que la première phase du projet, le parking n’est lui-même dimensionné que pour 35 places. »

Le data center doit être construit sur un site désaffecté depuis de nombreuses années, d’une superficie de plus de 13 000 m² – Crédit : Sesterce Group

Le coût énergétique et sanitaire du numérique

Et la consommation électrique n’est qu’une partie du problème. Le fonctionnement même du data center aurait des conséquences physiques sur le territoire.

« L’installation de 40 mégawatts équivaut à 40 000 radiateurs de 1000 watts fonctionnant en continu », explique Jean-Claude.

Ces rejets thermiques viendraient s’ajouter à une situation déjà tendue dans la vallée. « Cette chaleur, combinée à la pollution existante, notamment due à l’autoroute, va accentuer la formation d’ozone, aggravant les problèmes de santé et d’allergies dans la Drôme ».

Le constructeur, lui, assure qu’un système de refroidissement par boucle d’eau fermée permettra d’optimiser et de valoriser la chaleur produite.

L’essor de l’IA dans le viseur

Pour le collectif, le débat dépasse largement le seul site de Rovaltain. Il interroge la trajectoire globale du numérique.

« Ce projet en est une illustration concrète, posant la question de la compatibilité entre cette expansion des infrastructures numériques et les objectifs de réduction des impacts environnementaux », estime Jean-Claude.

Il questionne plus largement l’utilité du stockage massif de données aujourd’hui : « Je remets en question l’usage réel de tant de stockage. Moins de 10% des données sont réellement utiles. Une grande partie des données stockées est inutile ou superflue : photos personnelles volées sans consentement, réseaux sociaux, fake news, pornographie, entraînement d’IA, etc. ».

La Commission européenne souhaite tripler la capacité des data centers de l’UE d’ici 2032. Mais Lex Coors, le président de l’European Data Centre Association, considère que le déploiement des énergies renouvelables, les plans d’expansion du réseau et les projets nucléaires de nouvelle génération n’avanceraient pas assez vite. Pour soutenir le déploiement des data centers, l’Union Européenne pourrait alors décider de relancer des centrales à charbon.

L’objectif du collectif : « Obtenir la suspension, puis l’arrêt total du projet de data center. Réclamer un moratoire national sur la construction de data centers et le développement de l’intelligence artificielle afin de permettre une réflexion approfondie sur les enjeux sociétaux ».

Début juin, le collectif a déposé un référé-suspension devant le tribunal administratif de Grenoble pour contester l’autorisation environnementale du projet. Une nouvelle étape dans une mobilisation engagée depuis plusieurs mois.

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Chloe Droulez

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