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Hérault : un collectif se bat pour la démolition de 7 éoliennes dangereuses pour la biodiversité

Dérangés par le bruit constant, la lumière, la désertion de leurs proies, certains oiseaux abandonnent leurs œufs et ne se reproduisent plus, alors que les montagnes sont souvent leur dernier refuge face au grignotement de la nature par l’être humain.
16 décembre 2020 - Augustin Langlade
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Un collectif d’associations lutte depuis une quinzaine d’années contre l’implantation de sept éoliennes à Lunas, dans le nord de l’Hérault. Une nouvelle étape judiciaire vient d’avoir lieu ce mardi 15 décembre au tribunal de grande instance de Montpellier, qui examinait une demande de démolition.

Un conflit vieux de 17 ans

Rouges de nuit, blanches de jour, dans le nord de l’Hérault, au lieu-dit Bernagues, commune de Lunas, les sept éoliennes font maintenant partie du paysage. Pourtant, elles sont l’objet d’un conflit juridique qui dure depuis dix-sept ans et a déjà conduit plaignants et opérateur plusieurs fois devant des tribunaux et des cours d’appel administratives, ainsi qu’à trois reprises devant le Conseil d’État. Autant dire que l’affaire s’éternise. Pendant ce temps, les pales continuent de tourner.

Érigées en 2016 sans autorisation par Énergie Renouvelable Languedoc (ERL, groupe Valeco) après des années de bataille de papier, ces pylônes géants de 93 mètres de haut, qui seraient aux moulins ce que les gratte-ciel sont aux maisons, s’inscrivent dans un paysage marqué par l’industrie du vent.

Le parc naturel régional du Haut-Languedoc, qui s’étend entre l’Hérault et le Tarn, compte 215 éoliennes en fonctionnement et 56 autres en projet, sachant que la limite est fixée à 300.

Depuis 2003, le Collectif pour la protection des paysages et de la biodiversité 34-12, qui rassemble 65 associations de toutes sortes, se bat sans relâche contre l’implantation de seulement sept turbines.

Marjolaine Villey-Migraine, sa porte-parole, nous explique que les promoteurs ont choisi le lieu-dit Bernagues car il se situe sur les crêtes du massif de l’Escandorgue, longue échine volcanique dont le plateau s’élève à 850 mètres d’altitude environ et crée un couloir de vent idéal pour l’éolien.

En 2003, l’une des associations du collectif dépose un recours en justice contre le permis accordé par le préfet de l’Hérault, pour « excès de pouvoir ». De tribunal administratif en cour d’appel, il faut attendre 2012 pour que les plaignants remportent une première victoire au Conseil d’État.

« Les promoteurs ont perdu à cause d’un vice de forme, se réjouit Marjolaine Villey-Migraine. Ils n’étaient pas habilités à demander un permis de construire. Pendant ces neuf années, au moins, rien n’a été bâti. »

Lire aussi : « En Haute-Vienne, 45 hectares de terres agricoles bio vont être artificialisés au nom de la croissance verte »

Mais en 2013, ERL se met en règle et dépose une seconde demande de permis auprès du nouveau préfet de l’Hérault, qui la lui accorde en toute hâte, sans commander d’étude d’impact. Rebelote, l’association engage une deuxième procédure, qui promet de s’étendre elle aussi sur plusieurs années.

En 2016, l’opérateur perd patience et décrète qu’il est temps de construire. Il peut compter sur la complaisance de la préfecture. Les sept éoliennes sortent de terre en quelques mois, les travaux ont parfois lieu à la nuit tombée.

« Ils nous ont mis devant le fait accompli ! déplore Marjolaine Villey-Migraine. Ils n’avaient pas d’autorisation définitive, mais avec l’appui des pouvoirs publics ils pouvaient se croire tout permis. Aujourd’hui, ici, c’est en quelque sorte une zone de non-droit. »

En novembre 2017, le Conseil d’État décide d’annuler définitivement le permis de construire de l’opérateur, au motif qu’il viole le plan local d’urbanisme et ne tient pas compte de la présence d’espèces protégées : un couple d’aigles royaux a élu domicile dans les environs de Bernagues. Le préfet était censé le savoir, mais n’a pas ordonné d’enquête publique.

« On a gagné pour des raisons ornithologiques ! nous souffle Marjolaine Villey-Migraine.

Depuis cette décision de la plus haute instance administrative, les éoliennes sont officiellement passées dans l’illégalité et leur démantèlement complet est devenu possible. Mais les pales continuent de tourner…

Les éoliennes contestées – Source

Les ravages des éoliennes sur la biodiversité

Qu’est-ce que la population locale peut bien reprocher aux éoliennes, souvent présentées comme l’une des meilleures énergies renouvelables ?

« Beaucoup, énormément de choses ! répond la porte-parole du collectif 34-12, qui a même édité un guide de résistance à destination des élus. D’abord leur prolifération, qui porte atteinte aux paysages, complètement saccagés par les parcs éoliens. »

C’est ce qu’on appelle la « saturation des paysages » : on ne voit plus que les éoliennes se succédant les unes après les autres, à perte de vue.

« Ensuite le bruit continu, qui nuit à l’existence des habitants. »

Mais l’essentiel n’est pas là.

« Quand on implante des éoliennes, on occupe l’habitat des oiseaux, on leur soustrait leur territoire de chasse. Toute l’avifaune en est bouleversée. »

Dérangés par le bruit constant, la lumière, la désertion de leurs proies, certains oiseaux abandonnent leurs œufs et ne se reproduisent plus, alors que les montagnes sont souvent leur dernier refuge face au grignotement de la nature par l’être humain.

« Et voilà qu’on leur met encore des éoliennes… »

Il y a également tous ces oiseaux qui meurent par collision contre les pales, dont la pointe tourne jusqu’à 300 km/h en vitesse nominale. En janvier dernier, par exemple, les ailes d’un vautour moine, une espèce en voie d’extinction bénéficiant d’un plan national de restauration, ont été retrouvées au pied d’une des sept éoliennes. À cause de cet épisode mortel, la préfecture a fini par retirer le droit d’exploitation diurne de l’opérateur (arrêté du 12 mars 2020).

Fait plus inattendu mais tout aussi grave, les éoliennes fauchent les populations de chauves-souris, sans qu’on en connaisse la raison exacte. En 2017, un bureau d’études a estimé qu’un pylône tuait en moyenne plusieurs dizaines de chauves-souris par an.

Peut-être attirés par les insectes collés aux mas (ou par la lumière), les chiroptères subissent collisions et barotraumatismes : la pression des pales sur l’air ambiant fait exploser leurs poumons ou leurs vaisseaux sanguins.

Ce constat a conduit le préfet de l’Hérault à limiter, dans un autre arrêté, le fonctionnement nocturne des sept éoliennes. Résultat : les pales ne peuvent plus tourner que de novembre à mars, quand la température est inférieure à 10 °C.

Pour qui douterait encore des conséquences de l’éolien sur la biodiversité, Marjolaine Villey-Migraine rappelle que le parc de Bernagues se trouve au beau milieu d’un couloir de migration.

« Les oiseaux circulent du massif central jusqu’aux Pyrénées, en passant par l’Escandorgue, où les courants sont les plus porteurs. Certains grands voiliers descendent pour se nourrir et se rapprochent dangereusement des éoliennes, qui n’ont pas été mises ici par hasard. »

Cet exemple en témoigne, la prolifération des éoliennes dans le cadre de la transition énergétique est loin de protéger la biodiversité et ne peut garantir une certaine qualité de vie aux populations qui habitent à proximité des parcs.

Qui plus est, la fabrication des éoliennes reste vorace en matériaux rares, et de ce fait extrêmement polluante, tout comme les batteries des voitures électriques. Mais à l’inverse de certains gaz à effet de serre, cette pollution est délocalisée dans les pays producteurs de matières premières comme le lithium, le cobalt ou le néodyme.

Alors que l’Europe prévoit de multiplier l’éolien en mer par 25 d’ici 2050, le photovoltaïque faisant l’objet d’un plan similaire, pas un gouvernement, pas une instance ne semble se poser la question de la sobriété énergétique, seule à même de nous sortir de l’impasse. 

En France, le sujet est porté par le Haut Conseil pour le Climat dans ses recommandations à l’Etat. Au mois de novembre, il a ainsi publié un rapport dans lequel il soutient la mesure de la Convention citoyenne pour le climat qui souhaite instaurer la rénovation énergétique obligatoire des logements d’ici 2040.

Pour cause, le chauffage électrique représente 10% de la consommation nationale d’électricité et 36% de la consommation des ménages. Il équipe 30% de logements en France. Sur les 7 millions de logements chauffés à l’électricité, près de 60% de ces logements datent d’avant 1982 et ne disposent pas d’une isolation thermique efficace.

Hélas, le gouvernement ne s’est toujours pas prononcé sur cette mesure lors de l’échange avec les membres de la Convention Citoyenne lundi soir. Et le chauffage électrique n’est pas la seule consommation à remettre en question pour arriver à une sobriété énergétique cohérente et efficace à l’échelle du pays.

Lire aussi : « Canicule, eau et électricité : seule la sobriété pourra nous sauver »

L’affaire de Bernagues aura-t-elle jamais un épilogue ? À travers l’association Vigilance patrimoine paysager et naturel (son comité de soutien), le collectif 34-12 a déposé une demande de démolition pure et simple des sept éoliennes.

Le dossier a été examiné le mardi 15 décembre par le tribunal de grande instance de Montpellier et la décision doit être rendue dans les prochaines semaines.

En théorie, un ordre de démantèlement est possible, mais une modification du Code de l’urbanisme de 2017 est venue bien à propos limiter les modalités de démolition à une quinzaine de cas de figure. Marjolaine Villey-Migraine espère que le site de Bernagues entrera dans deux d’entre eux.

« Si le jugement est en notre faveur, le promoteur sera forcé de démonter ses éoliennes dans les trois mois, sinon une astreinte de 1 000 euros par jour et par pylône lui sera appliquée. »

Le procès a déjà été reporté deux fois, à cause de la grève des avocats de janvier 2020 et du premier confinement, en mars. Les membres du collectif 34-12 le savent, quel que soit son résultat, l’affaire sera portée devant la cour d’appel administrative et — qui sait ? — à nouveau au Conseil d’État. Pendant ce temps, les pales continueront de tourner. Par intermittence du moins. 

16 décembre 2020 - Augustin Langlade
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