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France : le gouvernement veut tuer 1 loup sur 5

Pour obtenir un seuil de viabilité génétique, qui assure la pérennité de l’espèce sur le long terme, il faut un minimum de 2500 à 5000 loups sur le territoire français.
17 mars 2022 - Maïté Debove
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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Cette année, en France, un loup sur cinq risque d’être abattu, selon les quotas en vigueur, soit entre 117 et 130 individus sur un total de 620 loups, leur dernier nombre recensé en 2021 en France. L’association pour le droit des animaux One Voice rappelle que ces quotas de destruction mettent en danger la pérennité de l’espèce, pourtant essentielle à la régulation de la biodiversité, et milite pour interdire ce tir au loup systématique et souvent contreproductif.

Arrivé par l’Italie et ainsi naturellement de retour en France depuis 1992, le loup gris se réimplante progressivement. A la sortie de l’hiver 2020-2021, l’Office français de la biodiversité estime leur nombre aux alentours de 620 individus. C’est une espèce protégée au niveau européen depuis la Convention de Berne de 1979, qui est transcrite dans le droit français en 1989.

Pourtant, depuis 2004, des dérogations ont été mises en place par l’État français pour abattre des loups, si trois clauses sont respectées : s’il y a intérêt à agir, s’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante, et si les dérogations ne nuisent pas au maintien des populations dans un état de conservation faible.

Les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture fixent par ce biais, par arrêté, le nombre maximum de loups qui pourront être abattus chaque année. Depuis 2020, le plafond d’abattage est reconduit chaque année, un plafond de 19 %, voire 21 % de la population, si le taux est atteint avant la fin de l’année, soit entre 117 et 130 individus.

Ces taux sont mis en place d’après un rapport publié en mars 2017 du Muséum national d’histoire naturelle et de l’ONCFS qui établissait le seuil de viabilité démographique à 400-500 individus. Or, ce même rapport prévient que pour obtenir un seuil de viabilité génétique, qui assure la pérennité de l’espèce sur le long terme, il faut un minimum de 2500 à 5000 loups sur le territoire.

Avec les quotas actuels d’abattage, le loup pourrait ainsi avoir des difficultés à s’installer sur les différents territoires qui lui sont propices et de façon pérenne.

Lire aussi : Le gouvernement augmente l’autorisation de tirs sur les loups, menaçant la survie de l’espèce

L’association One Voice estime que les 2 % sont contraires à une volonté de conservation de l’espèce et a ainsi déposé un recours en octobre 2020 pour abus de pouvoir. L’Office Français de la biodiversité avait par ailleurs alerté en décembre de la même année sur la dégradation d’une dynamique de la population de loups entre 2019 et 2020.

« Nous avons déposé deux requêtes en annulation des arrêtés « cadre » et « plafond » du 23/10/2020 sur les loups devant le Conseil d’État. La date d’audience sera mercredi prochain, le 23 mars à 14h. D’autres associations ont, elles aussi saisi le Conseil d’État : Ferus et l’ASPAS. » précise OneVoice pour La Relève et La Peste

Selon la loi actuelle, il est parfois également possible pour une personne possédant un permis de chasseur d’utiliser un tir d’effarouchement (non mortel) ou de défense, si le loup est à proximité immédiate du troupeau, et sur autorisation préfectorale préalable.

Dans toute autre condition, abattre un animal d’une espèce protégée est sanctionné par une peine de 2 à 3 ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. Cette peine peut être élevée à 7 ans et 750 000 euros si l’infraction est commise en bande organisée. Les dispositifs visant à attirer un loup sont également interdits.

Malgré cela, des braconniers armés laissent derrière eux de nouveaux corps chaque année. En décembre 2021, le président d’un syndicat agricole, la Coordination Rurale de la Haute-Vienne, a appelé dans deux départements à tuer illégalement des loups :

« Pour nous la solution, c’est le poison et le plomb. On invite les agriculteurs à prendre leur fusil de chasse et à tuer le loup sans rien dire. Il faut faire ça discrètement pour faire disparaître les cadavres. La coordination rurale remboursera le plomb et le sac de chaux. »

Les services du ministère se sont immédiatement saisi du dossier et une enquête a été ouverte. L’association One Voice a également annoncé déposer une plainte pour incitation à la destruction d’une espèce protégée.

Surtout, ces tirs ont tendance à augmenter les attaques sur les troupeaux en raison du  phénomène de dispersion des meutes lorsqu’un mâle alpha est abattu. Les loups, qui se retrouvent seuls et affaiblis, privilégient alors les proies les plus vulnérables et faciles que sont les troupeaux domestiques. Un constat martelé par de nombreuses associations de protection de l’environnement qui exigent des études indépendantes sur le sujet.

« En analysant l’impact des tirs de loups et les conséquences sur la prédation des ongulés domestiques, une thèse d’Oksana Grente, soutenue en novembre 2021, nous apporte déjà quelques éclairages et conclue « que les effets des tirs en France ont été hautement variables selon le contexte. La majorité des effets n’impliquaient pas de changement, le restant des effets étant une réduction des déprédations puis une augmentation. » explique ainsi Ferus

La cohabitation avec un grand prédateur est effectivement compliquée, mais il arrive que des tirs, même légaux, soient effectués du fait de la peur plutôt que due à une attaque imminente. Le triptyque clôtures électriques de nuit, chiens de protection et la présence de bergers ont cependant démontré leur efficacité, et leur nécessité, face à un animal qui régule le nombre d’ongulés, en surpopulation dans les forêts françaises.

En Espagne, la chasse au loup, dont les individus s’élèvent entre 2000 et 2500 sur l’ensemble du territoire, est interdite depuis septembre 2021. L’association One Voice a pour sa part lancé une pétition afin d’interdire définitivement de nouveaux abattages.

Pour aller plus loin : « Une cohabitation apaisée avec les grands carnivores est possible, informez-vous ! »

Crédit photo couv : Federico Di Dio photography  

17 mars 2022 - Maïté Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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