France : début d’année le plus chaud jamais mesuré, la sécheresse déjà là dans l’Est

Soleil, températures élevées et temps sec, est un trio délétère qui entraîne l’assèchement des sols superficiels. Dans l’Hexagone, l’Est du pays est déjà particulièrement touché, pour la plus grande inquiétude des agriculteurs, mais aussi du gouvernement qui craint des pénuries d’eau.
5 mai 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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En France, depuis le début de l’année 2020 la température a atteint en moyenne 9,6 °C, soit une anomalie de +2,3 °C par rapport à la normale 1981-2010. Ce triste record témoigne d’une réalité inquiétante : les sécheresses en France s’aggravent d’année en année. A tel point que le gouvernement français a identifié les territoires qui présentent les probabilités les plus fortes de subir des pénuries d’eau d’ici la fin de l’été. Parmi eux : les territoires ultra-marins et la moitié Est de l’Hexagone.

Une tendance récurrente qui va durer cet été

Le réchauffement climatique est déjà bien présent. Après des mois de janvier et février remarquablement chauds pour la saison (+2,2 °C et +3,6 °C) et un mois de mars plutôt doux, « avril 2020 pourrait figurer sur le podium des mois d’avril les plus chauds avec une température +3 °C au-dessus de la normale »avertit Météo France. Une augmentation qui dépasse l’objectif des accords de Paris pour le climat (limiter un réchauffement moyen à 1,5°C).

Cette température est la plus chaude jamais mesurée sur la même période depuis le début du 20ème siècle, devant les années 2007 et 2014 qui avaient également connu des débuts d’année très doux avec une température de 9,4 °C. Et elle semble partie pour durer puisque mai, juin et juillet 2020 sont déjà pressentis pour être plus chauds que la normale ! Ainsi, depuis le début d’année, « l’excédent d’ensoleillement atteint 20 % sur la moitié nord du pays et jusqu’à 30 % sur un large quart nord-est. ».

Malheureusement, comme tout déséquilibre, ce beau temps n’a rien de réjouissant, bien au contraire. Et pour cause : soleil, températures élevées et temps sec, est un trio délétère qui entraîne l’assèchement des sols superficiels. Dans l’Hexagone, l’Est du pays est déjà particulièrement touché, pour la plus grande inquiétude des agriculteurs, mais aussi du gouvernement qui craint des pénuries d’eau.

Un risque de pénurie d’eau, déjà vécue l’été dernier

En effet, si les précipitations de l’automne et de l’hiver 2019-2020 ont bien rechargé les nappes phréatiques presque partout, le sud de l’Alsace, les couloirs de la Saône et du Rhône et l’Est du Massif central n’ont pas eu cette chance. Résultat : des débits déjà faibles sur l’amont du bassin de la Loire et sur le bassin de l’Allier ont déjà été observés.

Premiers concernés par le manque d’eau à venir, les agriculteurs de la Confédération Paysanne s’inquiètent de la situation hydrologique catastrophique et plaident pour l’engagement d’un dialogue démocratique afin de prioriser les usages de l’eau.

« Anticiper la sécheresse, cela veut dire analyser les ressources disponibles, travailler différents scénarios météo, confronter et prioriser les usages (eau potable, milieux hydrologiques, activités économiques dont l’agriculture), prendre en compte les besoins et accompagner la transition des activités si l’eau n’est pas suffisante. Les enjeux de l’eau sont variés et beaucoup sont vitaux : garantir l’accès à l’eau potable, produire de l’alimentation mais aussi préserver la biodiversité. Il faut prendre en compte le milieu dans son ensemble. » explique le syndicat agricole dans un communiqué

Depuis la fin des années 1980, la quasi totalité des Français dispose de l’eau courante à domicile, ce luxe considéré comme un acquis nous fait oublier qu’il s’agit d’une ressource vitale à protéger.

De son côté, le ministère de la transition écologique et solidaire va réunir le 14 mai, à distance, le Comité national de l’eau pour y présenter les mesures qui seront mises en œuvre pour améliorer la gestion de la sécheresse en s’appuyant sur le retour d’expérience de celle de l’été dernier.

Et pour cause, les agriculteurs n’avaient pas été les seuls mis en danger par le manque d’eau. En Creuse, le maire de Guéret, Michel Vergnier, avait bien failli devoir couper l’alimentation en eau potable de la ville. En Haute-Saône et dans le Doubs, les habitants ont été ravitaillés en eau par camions citernes. En Dordogne, des maisons étaient devenues inhabitables.

A la fin de l’été 2019, le collectif bénévole « Sécheresses » avait ainsi créé un site pour cartographier les risques et recueillir les témoignages des habitants les plus touchés. Car, fait préoccupant, un territoire frappé par la sécheresse risque bien de voir ce phénomène se répéter d’année en année, comme c’est le cas pour le Doubs durement touché l’an dernier, qui est aujourd’hui classé en niveau de risque “possible”.

La faute aux sols trop secs qui deviennent moins capables d’absorber l’eau de pluie et ne peuvent plus recharger les nappes phréatiques, un cercle infernal.

On peut retrouver ce constat pour les nappes de l’extrême sud de la plaine d’Alsace, du couloir de la Saône et du Rhône et de l’est du Massif Central, en raison de déficits pluviométriques enregistrés depuis plusieurs années. A ce jour, certains départements sont ainsi classés en état « d’alerte » ce qui oblige à réduire les prélèvements à des fins agricoles (ou interdiction jusqu’à 3 jours par semaine), impose des mesures d’interdiction de manœuvre de vanne, d’activité nautique, d’arroser les jardins, espaces verts, golfs, de laver sa voiture… Dans les Antilles (Guadeloupe et Martinique), des pénuries d’eau affectent la distribution d’eau potable et conduisent à des restrictions importantes et des tours d’eau.

Militer pour que l’eau reste un bien commun plutôt qu’un or bleu

La raréfaction de l’eau et les restrictions imposées créent parfois de vives tensions sur le partage de la ressource. Parmi les conflits : une poignée d’agriculteurs a construit de façon illégale le barrage de Caussade, sur le petit cours d’eau du Tolzac, ce qui a provoqué un véritable tollé avec les habitants soucieux de la préservation de ce bien commun.

« Malgré plusieurs décisions de justice rappelant l’illégalité du barrage, rien n’y fait. L’État laisse les irrigants s’approprier les eaux de la rivière dont l’écoulement est désormais perturbé. Ces quelques agriculteurs avancent que ce stockage d’eau leur permettra de faire face aux sécheresses. Pourtant, les études sont catégoriques : plus l’eau est stockée, moins elle est rendue aux milieux naturels, plus les sécheresses sont graves. Le cercle vicieux, au profit d’intérêts privés, est enclenché et renforce les déséquilibres en eau déjà très présents dans le Sud-Ouest. » explique ainsi France Nature Environnement

A Vittel, c’est la multinationale Nestlé Waters qui a fait un rapt sur la nappe phréatique de la ville, entraînant un déficit d’1 million de m3 d’eau dans sa partie inférieure ! Alors que la multinationale a le droit de continuer à pomper à la source, les autorités locales prévoient d’aller chercher l’eau nécessaire aux habitants beaucoup plus loin, car la nappe n’est plus suffisante pour fournir en même temps l’activité industrielle et les besoins des habitants. Un comble !

Crédit : Nathan Dumlao

Malheureusement, ces combats sont loin d’être anecdotiques, mais révélateurs : notre consommation d’eau explose alors que les ressources se raréfient à l’échelle du monde. La FNE rappelle qu’en 2014, le Giec avait lancé une sentence terrible :

Pour chaque degré de plus, environ 7% de la population mondiale perdrait au moins 20% de ses ressources en eau renouvelable.

A l’échelle de la planète, les conséquences de la crise climatique sont déjà mortelles dans certaines régions du monde. D’ici 2070, un tiers de l’humanité pourrait voir son lieu de vie devenir aussi chaud que le Sahara selon une étude publiée lundi 4 mai dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences. Au total, 3,5 milliards de personnes sont directement menacées par ce phénomène.

L’eau est souvent désignée comme le « nouvel or bleu ». Pourtant, plus que jamais, il devient nécessaire de militer et œuvrer pour qu’elle reste un bien commun, accessible gratuitement à tous, partagé avec équité. Partout où il y a l’eau, il y a la vie. Alors répétons-le partout avec fermeté : le vivant n’a pas de prix.

Crédit photo couverture : Anton Ivanchenko

5 mai 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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