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Face à son déclin alarmant, des associations veulent inscrire le putois comme espèce protégée

« La mortalité infligée volontairement par l’homme (chasse et piégeage) est manifestement une des principales causes de déclin du putois en Europe », indique le rapport de la SFEPM. Cet état de fait est d’autant moins compréhensible que l’espèce ne nuit pas aux activités humaines.
17 septembre 2021 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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En France, les populations de putois d’Europe connaissent un déclin préoccupant. Largement méconnu, ce mustélidé à lunettes souffre des activités humaines, mais aussi d’une mauvaise réputation — infondée. À l’origine de deux rapports documentaires et stratégiques, la Société française pour l’étude et la protection des mammifères demande à l’État d’inscrire le putois d’Europe sur la liste des espèces protégées. Au plus vite.  

Un mustélidé discret

Oreilles arrondies, queue moyenne, courtes pattes, le putois d’Europe (Mustela putorius) présente une forme allongée et un corps en cylindre. On le reconnaît à son pelage brun foncé virant au noir sur les pattes et le bas du vendre, jaunâtre aux flancs, mais aussi à ce bandeau blanc qui lui ceint les yeux et lui donne l’aspect d’un malfaiteur (ou d’une dame masquée). 

De la famille des mustélidés, tout comme la fouine et le blaireau, ce petit mammifère carnivore mesure entre 40 et 60 centimètres de long et pèse de 400 grammes à 1,5 kilos. Il est donc plus grand que la belette ou l’hermine, mais plus petit que ses cousines la martre et la loutre. 

Solitaire, il vit surtout la nuit. Agile et élastique, il fréquente les lisières forestières, les bocages, les paysages d’agriculture extensive. Bon nageur, il a une nette prédilection pour les zones humides et les milieux en mosaïque.   

Rongeurs, poissons, amphibiens, oiseaux, insectes, baies, le putois d’Europe mange de tout. Il s’invite souvent dans les terriers des petits mammifères, ou les débusque dans les souches creuses des bois clairs, sous les racines des arbres et les vieux tas de branchages.

On le range parmi les prédateurs généralistes et opportunistes. Mais il préfère de loin les rongeurs tels que les rats musqués (une espèce envahissante dont il est l’un des rares prédateurs) et les lapins de garenne, notamment atteints de myxomatose, épizootie impitoyable qu’il participerait à endiguer.

Enfin, son nom peu recommandant (« putorius », de « putor », puanteur en latin) vient de ce qu’il secrète, par les glandes anales, un aérosol nauséabond sous l’effet de la frayeur et de la douleur, ou afin de marquer son territoire. Voilà pour les présentations.

Crédit : Malene Thyssen

Un déclin aux multiples facteurs

Très commun dans certains pays d’Europe, le putois est présent sur l’ensemble du territoire métropolitain, à l’exception de quelques zones du Sud-Est et de la Corse.

Cette large répartition ne l’a pas empêché de passer, en 2017, dans la catégorie des espèces « quasi menacées » sur la liste rouge des mammifères de France métropolitaine établie par l’Union Internationale pour la conservation de la nature (UICN). Si aucune mesure de conservation n’est prise dans de brefs délais, il pourrait donc connaître un brusque déclin.

Chez le putois d’Europe, les facteurs d’extinction sont à la fois multiples et croissants. Ils s’additionnent.

Dans un rapport publié en 2017 (« Protéger le putois »), la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) les a identifiés et classés par ordre d’importance.

Sans surprise, la menace la plus forte pesant sur l’espèce réside dans « la perte, la dégradation et la fragmentation de ses habitats » due à l’agriculture intensive. L’UICN estime que 50 % des zones humides françaises ont été asséchées et mises en culture intensive entre 1940 et 1990.

« Le recalibrage des cours d’eau » et « la disparition des linéaires de haies » privent aussi le putois de corridors et de refuges en période de reproduction. 

Frappé de plein fouet par l’urbanisation et la densification des réseaux routiers, le mustélidé figure parmi les « mammifères les plus touchés par les collisions avec les véhicules de transport ». Ironie du sort, ces accidents constituent « la première source de données d’observation de l’espèce », autrement difficile à recenser.  

Lire aussi : À Lamballe-Armor, une route est fermée 3 mois pour sauver les grenouilles et les tritons

À cela s’ajoutent le déclin alarmant des populations de proie (lapins de garenne et amphibiens en tête), l’empoisonnement aux rodenticides, l’expansion d’espèces concurrentes introduites (vison, raton laveur) et « certaines pathologies ré-émergentes et très mortelles, comme la maladie de Carré ».

Bébé putois – Crédit : Keven Law

Un animal injustement méprisé

Dernière cause, non des moindres : le putois d’Europe ne bénéficie, en France, d’aucun programme de conservation, n’est pas pris en compte dans les procédures d’évaluation environnementale et les projets d’aménagement, peut être chassé et piégé dans presque tous les départements et figurait encore, il y a peu, sur la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (« Esod »). 

« La mortalité infligée volontairement par l’homme (chasse et piégeage) est manifestement une des principales causes de déclin du putois en Europe », indique le rapport de la SFEPM. Cet état de fait est d’autant moins compréhensible que l’espèce ne nuit pas aux activités humaines.

Alors qu’à l’échelle européenne, la Convention de Berne (1979) a classé le putois parmi les « espèces de faune protégées » et que la directive Habitats Faune Flore (1992) le considère comme une « espèce d’intérêt communautaire », la France refuse de lui octroyer un statut de protection. C’est dire le temps perdu.

Depuis juillet 2021, sous l’action conjuguée de la SFEPM et d’autres associations environnementales, le Conseil d’État a retiré le putois de la liste des « Esod » sur l’ensemble du territoire. Toutefois, il reste l’une des quatre-vingt-dix espèces de gibier, celles dont la chasse est autorisée. 

Jeune putois d’Europe – Crédit : Stéphan Oleszczinski

Vers un statut de protection

La SFEPM souhaite que l’État inscrive le putois sur la liste des mammifères protégés. Depuis 2017, elle a obtenu le soutien du Conseil national de la protection de la nature (instance consultative rattachée au ministère de l’Écologie), de l’OFB, de l’UICN et du Muséum national d’histoire naturelle. Elle ne manque pas de cautions. 

Joignant les actes aux paroles, l’association a adressé, en mai dernier, un « Plan national de conservation du putois d’Europe en France » au ministère de l’Écologie. Rédigé par Nathalie de Lacoste et Pierre Rigaux, il détaille « un ensemble de mesures cohérentes et opérationnelles permettant de restaurer durablement les populations » de l’espèce, « tout en [en] assurant [le] suivi ».

Rétablissement des habitats et des corridors, interdiction du tir et du piégeage, construction de passages à faune sous les routes, surveillance, sensibilisation du public et des chasseurs : les pistes proposées par le document de la SFEPM sauveraient chaque année, au bas mot, des milliers de putois, ainsi que d’autres espèces non ciblées.  

Une simple décision ministérielle permettrait de les mettre en œuvre. Quatre mois après la remise du rapport, le ministère de l’Écologie n’a toujours pas répondu.

Jaloux de ses privilèges, le puissant lobby de la chasse expliquerait-il cet immobilisme ? C’est l’avis que partagent, dans une tribune récente, des dizaines de scientifiques et de personnalités engagées, selon lesquels l’incompréhensible « blocage » français serait « strictement politique » et l’opposition des chasseurs un pur « symbole ».   

Plus d’infos : Le putois est mis à l’honneur dans le cadre de la campagne #ZoneSauvage du mouvement On Est Prêt. Toutes les infos pour aider à le protéger sont à ce lien.

crédit photo couv : ajwetton

17 septembre 2021 - Augustin Langlade
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