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À Lamballe-Armor, une route est fermée 3 mois pour sauver les grenouilles et les tritons

« Souvent on se dit qu’on va passer au-dessus du crapaud, et qu’on ne l’écrasera pas. Mais même s’il n’est pas touché par les roues, le crapaud est aspiré sous la voiture. On le voit se tenir debout, mais il a en fait le crâne écrasé. C’est généralement fatal au-delà de 30km/h ».
21 décembre 2020 - Marine Wolf
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Pour la deuxième année, de mi-décembre à mi-mars, la route de Lamballe-Armor est fermée aux automobilistes. La petite commune des Côtes-d’Armor a pris cette mesure afin de protéger les amphibiens qui traversent le secteur. Pour les automobilistes empruntant habituellement cette voie — 400 par jour en moyenne — cela représente un détour d’environ une minute. Pierre-Alexis Rault, chargé de mission pour l’association Vivarmor Nature, explique à La Relève & La Peste les enjeux liés à cette fermeture.

En 2016, une étudiante en apprentissage à l’intercommunalité Lamballe Terre & Mer constate la mortalité effrayante des amphibiens sur la route départementale. Des centaines de grenouilles, crapauds, tritons et salamandres sont tués chaque année en traversant la chaussée durant la période de reproduction.

En effet, « cette route longe un site hyper intéressant, classé Natura 2000 » révèle Pierre-Alexis Rault, de l’association Vivarmor Nature. Parmi les 15 espèces d’amphibiens que compte la Bretagne, 11 espèces y sont présentes.

Surtout, on y trouve les 5 espèces de tritons vivant en Bretagne, ainsi que le Triton de Blasius, croisé entre le Triton marbré et le Triton crêté. Cet hybride très rare — car il est nécessaire qu’au moins une des deux espèces parentes soient présentes pour qu’il se maintienne — contribue à rendre le site exceptionnel.

Le Triton de Blasius – Crédit : l’association Vivarmor Nature

Or chaque année, lorsque les conditions de température et d’humidité sont réunies, les amphibiens entament une migration vers leur zone de reproduction. Au cours de ce trajet, le passage par la route peut être fatal.

À Lamballe-Armor, de 2016 à 2019, un crapaudrome est installé. Il s’agit de déployer une barrière le long de la route pour bloquer les espèces qui migrent. Des seaux sont disposés de manière à ce que les amphibiens tombent dedans, puis des volontaires les récupèrent, les identifient, les comptent et les font traverser en sécurité.

« Au total sur 3 ans, 60 bénévoles se sont relayés. Ce qui représente 355 jours cumulés de suivi scientifique pour réaliser l’étude », souligne Jérémy Allain, conseiller biodiversité de Lamballe Terre & Mer.

Installation du crapaudrome – Crédit : l’association Vivarmor Nature

« Ça a été très utile pour étudier les espèces », complète M.Rault. « C’était une opération indispensable avant de mettre en place une solution plus pérenne pour protéger les amphibiens ».

Ailleurs en France, des crapauducs sont souvent aménagés sous les routes. Mais pour le placer au bon endroit, il s’avère nécessaire de repérer les tronçons où les amphibiens passent le plus.

« Dans notre cas, ils circulaient un peu partout sur les 800 mètres. D’où la décision de fermer le tronçon dans l’urgence en attendant de trouver une solution adaptée ».

Au cours de ces 3 ans, les volontaires observent également les périodes de déplacement. Le pic peut avoir lieu aussi bien en décembre qu’en février, ce qui explique le long temps de fermeture de la route actuellement. Cette action se pose cependant comme absolument nécessaire.

« Dans leur écosystème, les amphibiens ont un rôle important car ils sont à la fois des prédateurs et des proies », explique M. Rault.

Ceux-ci mangent des insectes et autres invertébrés, et ainsi régulent leur présence dans les écosystèmes. Eux-mêmes nourrissent des animaux comme les hérons, le putois ou encore la loutre vivant dans la région de Lamballe-Armor.

Une Grenouille agile – Crédit : association Vivarmor Nature

Par ailleurs, « les amphibiens sont un groupe particulier, un groupe sentinelle », continue M.Rault. « Ils se trouvent en première ligne face aux menaces pesant sur la biodiversité, du fait de leur double habitat ».

Contrairement à la pensée commune, la plupart des amphibiens passent en effet assez peu de temps dans l’eau. Ils vivent à la fois dans les milieux aquatiques, où ils se reproduisent et où se développent leur larve et les milieux terrestres – le terme « amphibien » signifie d’ailleurs « deux types de vie ».

Or la première cause de déclin de la biodiversité est la destruction de l’habitat naturel. Les amphibiens subissent donc de plein fouet la régression catastrophique des zones humides en France.

De plus, contrairement aux autres espèces vertébrées, ils n’ont ni poils ni plumes, ni écailles. Leur peau très fine et ultra-vascularisée — une part de la respiration des amphibiens se fait par la peau — est particulièrement sensible à la pollution. Ils se trouvent lourdement affectés par les pesticides et autres polluants chimiques.

Egalement, l’eutrophisation des milieux aquatiques, c’est-à-dire un enrichissement excessif en nutriments d’origine humaine dégradant la qualité du milieu, détruisent les conditions adéquates pour la reproduction et dérèglent de fait le cycle biologique des amphibiens.

« Pour fermer cette route gérée par le Conseil départemental, l’autorisation a été plutôt facile à obtenir. C’est l’acceptation des habitants qui a été plus délicate, sans doute lié à un manque de communication de notre part », note M.Rault. « Mais la plupart des gens comprennent la nécessité », complète-t-il.

Cette mesure n’est d’ailleurs pas vouée à être renouvelée. L’année dernière, la route avait déjà été fermée. Il était prévu de trouver une autre solution pour cette année, mais celle-ci n’a pu voir le jour à cause de la crise sanitaire.

« On a fermé la route car on n’a pas trouvé de meilleure solution et qu’il fallait protéger les amphibiens. Mais l’objectif est de trouver une solution plus pérenne ».

Actuellement, des études sont en cours avec les acteurs locaux. Parmi les solutions étudiées, la mise en place de crapauduc — bien que ceux-ci demandent un entretien régulier pour éviter qu’ils se bouchent — ou la fermeture de la route uniquement de nuit.

« La migration a majoritairement lieu la nuit », détaille M.Rault. « En hiver, comme les nuits sont plus longues, le risque d’écrasement est accru.»

L’enjeu est aussi d’impliquer les habitants.

« Souvent on se dit qu’on va passer au-dessus du crapaud, et qu’on ne l’écrasera pas. Mais même s’il n’est pas touché par les roues, le crapaud est aspiré sous la voiture. On le voit se tenir debout, mais il a en fait le crâne écrasé. C’est généralement fatal au-delà de 30km/h ».

Pour ce qui est de l’implication des élus, ceux-ci ont réellement pris en main le sujet. « Fermer une départementale 3 mois dans l’année est une décision qui n’est pas anodine. Il est important de le saluer », remarque M.Rault. Ailleurs en France, d’autres collectivités s’investissent sur ces questions, comme en Alsace ou en Auvergne Rhône-Alpes.

21 décembre 2020 - Marine Wolf
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