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En Argentine, une lagune devenue rose, polluée par des produits chimiques

L’image a fait le tour du monde. En Patagonie, dans le sud de l’Argentine, les eaux de la lagune de Corfo ont soudainement viré au rose fuchsia après avoir été contaminées par des produits chimiques.   Aussi surprenante que terrible, cette pollution a eu lieu à une trentaine de kilomètres de Trelew, dans la province […]
28 juillet 2021 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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L’image a fait le tour du monde. En Patagonie, dans le sud de l’Argentine, les eaux de la lagune de Corfo ont soudainement viré au rose fuchsia après avoir été contaminées par des produits chimiques.  

Aussi surprenante que terrible, cette pollution a eu lieu à une trentaine de kilomètres de Trelew, dans la province de Chubut. Selon les pouvoirs locaux, une société transportant des effluents d’entreprises de pêche aurait procédé, mi-juillet, à un déversement « autorisé » de liquides industriels.  

La couleur rose chatoyante, accompagnée entre autres d’odeurs nauséabondes et d’une prolifération d’insectes, résulterait d’une saturation en sulfite de sodium, un agent de conservation prisé par l’industrie alimentaire pour ses propriétés antibactériennes. 

Le produit chimique se serait répandu dans les eaux souterraines du río Chubut, le fleuve principal de la province, issu des Andes, avant de pénétrer dans cette lagune de 10 à 15 hectares au bord de l’océan Atlantique.  

Lire aussi : « Franche-Comté : la production agroindustrielle de Comté pollue dramatiquement les rivières chaque année »

Cet épisode de pollution n’est en réalité que le dernier d’une longue série : les entreprises industrielles de cette région comptant 600 000 habitants ont pris l’habitude, depuis des décennies, de déverser, sans aucun traitement, leurs produits chimiques dans le fleuve. 

Crédit photo : DANIEL FELDMAN / AFP

Afin de promouvoir l’économie locale minée par la crise, la réglementation régionale oblige les entreprises spécialisées dans l’exportation de produits de la mer — langoustine et merlu en tête — de conditionner et de transformer leurs denrées sur place. 

Mais à Rawson, capitale de la province située à vingt kilomètres de Trelew, les pollutions intempestives du fleuve ont provoqué la fronde des habitants de certains quartiers, notamment celui d’Area 12, où le passage de camions transportant ces déchets a été entravé.

« Ce qu’il se passe à Rawson est très grave, a expliqué M. Lada, membre d’une ONG antinucléaire de Chubut, à l’Agence France Presse. Ces liquides sont déversés (…) dans de grandes mares artificielles construites à la va-vite pour les entreprises de pêche. [Ils] s’infiltrent jusqu’aux nappes phréatiques. Il s’agit de dizaines de camions quotidiens. »

Forcés de se détourner de Rawson, les industriels locaux ont obtenu l’autorisation provisoire de déverser leurs produits chimiques dans la lagune de Corfo, au prétexte que celle-ci n’aurait jamais présenté d’intérêt touristique ni de loisirs. 

« Ces entreprises gagnent des millions, mais ne veulent pas payer le transport de leurs effluents vers une usine de traitement à Puerto Madryn, à 60 kilomètres de distance, ni construire une usine de traitement plus proche », déplore M. Lada. 

Lire aussi : « Union européenne : la pollution tue plus de 600 000 personnes chaque année »

Largement méconnue, la pollution des eaux, en particulier marines, a fait l’objet d’une publication alarmante, en avril 2021, de la part du Réseau international pour l’élimination des polluants (IPEN), qui rassemble quelque 600 ONG de 120 pays. 

Synthèse de plus de 200 études scientifiques, ce rapport montre comment l’épandage incontrôlé de milliers de composés chimiques — engrais, pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, médicaments, plastiques, etc. — « ont des effets néfastes sur les écosystèmes aquatiques » à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, « du plancton aux baleines », au point de compromettre l’avenir des océans et, avec eux, de l’humanité.  

Charriés par les rivières, les fleuves et même l’air jusqu’aux littoraux, quand ils ne sont pas directement déversés dans la mer, les polluants organiques persistants et les nutriments concentrés, « tueurs lents et invisibles », ont « de graves répercussions sur l’immunité, la fertilité, le développement et la capacité de survie des animaux aquatiques »

En perturbant le « réseau trophique » (l’ensemble des relations alimentaires entre espèces au sein d’un écosystème), les effluents chimiques d’origine humaine entraînent également « la prolifération de bactéries et d’algues toxiques », qui aggravent les conséquences de la pollution. Autrement dit, bactéries et algues ne déciment pas seulement le phytoplancton, le zooplancton, les crustacés, crevettes et calamars, ainsi que les poissons, mais finissent bel et bien par les remplacer.     

Lire aussi : « Les néonicotinoïdes continuent de tuer les pollinisateurs des années après leur interdiction »

Selon l’IPEN, il y aurait aujourd’hui entre 100 000 et 350 000 produits chimiques disponibles dans le commerce. Tous pourraient avoir un impact plus ou moins fort sur les écosystèmes marins. 

Les néonicotinoïdes, par exemple, une classe de pesticides très virulents employés dans l’agriculture intensive, ont « des effets toxiques et indirects (…) sur la faune vertébrée, notamment les poissons, les amphibiens et les reptiles », indique le rapport. 

En plus d’être des facteurs de létalité pour les proies invertébrées, dont sont dépendantes d’autres espèces, ils provoqueraient « une altération de la fonction immunitaire » et « une réduction de la croissance et du succès de la reproduction » sur « de nombreux oiseaux et la plupart des poissons ». En outre, leur toxicité pourrait être compliquée par leur mélange, bien qu’aucune étude ne soit venue documentée cette hypothèse. 

« Nous avons tendance à penser que les forêts sont les poumons de la terre, souligne l’IPEN, mais en fait, c’est le plancton qui constitue les “poumons océaniques”, qui produisent les deux tiers de l’oxygène mondial. » Comme tout micro-organisme, le plancton est extrêmement sensible à la pollution. Sa lente destruction affecterait donc les conditions mêmes de la vie sur terre.  

Lire aussi : « Une baleine dans l’océan vaut des milliers d’arbres sur terre »

Image à la une : DANIEL FELDMAN / AFP

28 juillet 2021 - Augustin Langlade
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