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EDF bafoue les droits des peuples autochtones avec un méga-parc éolien au Mexique

On parle de 62 éoliennes de 84 mètres de haut qui pourraient se retrouver implantées extrêmement proches des habitations sans que la population locale ait pu décider de leur nombre, de leur hauteur et de leur emplacement ! Cette affaire est d’autant plus grave que, depuis 2017, l’ensemble de l’appareil d’Etat français est au courant du conflit et des violations aux droits de l'homme. »
29 novembre 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Au Sud du Mexique, l’isthme de Tehuantepec est l’une des régions les plus venteuses au monde. Depuis 2015, la communauté autochtone zapotèque d’Unión Hidalgo se bat contre l’implantation du méga-parc éolien Gunaa Sicarú. Avec 62 éoliennes de 84 mètres de haut, ce projet porté par EDF deviendrait le quatrième parc éolien de l’entreprise française dans la région. Au mois d’octobre, les associations de protection des droits humains ont engagé une action en justice contre EDF pour son manquement à la loi sur le devoir de vigilance française. En cause : l’accaparement de terres agricoles qui privent les locaux de ressources alimentaires et économiques, les menaces de morts qui pèsent sur les opposants au projet, les divisions que les pots-de-vin entraînent dans la communauté zapotèque et un simulacre de consultations publiques qui ne permettent pas aux populations d’avoir accès à une information permettant un consentement libre, informé et préalable.

L’invasion en terres autochtones pour la conquête du vent

Le plan du parc éolien est principalement situé dans les terres de la communauté Unión Hidalgo, ainsi que dans la communauté contiguë de La Ventosa, appartenant à Juchitán de Zaragoza. Ces deux communautés sont situées dans la région de l’isthme de Tehuantepec, à Oaxaca, au Mexique, connue pour ses vents forts favorables à la production d’électricité.

L’objectif du géant de l’énergie : bâtir son quatrième parc éolien dans l’isthme de Tehuantepec. Exploitant déjà 3 parcs qui totalisent 189 aérogénérateurs pour une puissance de 390 MW, EDF veut passer au niveau supérieur en construisant 62 éoliennes de 84 mètres de haut pour une puissance de 342 MW.

Fait notable : l’électricité produite par ces éoliennes est directement revendue à de grandes entreprises comme Coca Cola ou Grupo Bimbo (le numéro un de l’agroalimentaire au Mexique), sans jamais servir à alimenter les foyers des communautés locales.

Dès 2015, Eólica de Oaxaca, la filiale mexicaine d’EDF, a débuté les négociations avec des personnes soigneusement sélectionnées parmi les 14 000 membres de la communauté d’Unión Hidalgo (aussi appelé Ranchu Gubiña en langue Diidxazá du peuple Binnizá – zapothèque).

Ce projet de méga-parc éolien a été nommé Gunaa Sicarú, « une femme jolie », en référence à la devise d’Unión Hidalgo, « Tierra de las mujeres bonitas ». Au total, le parc éolien s’étendrait sur une superficie de 4708 hectares. Pour implanter son nouveau parc, EDF est accusé d’avoir enrôlé des propriétaires terriens dont certains auto-proclamés, qui se sont en fait accaparés des terres appartenant légalement à la communauté zapotèque.

Pour obtenir l’usufruit de ces terres frauduleuses, la filiale d’EDF et ses représentants ont soudoyé certains membres de la communauté zapotèque à grand renfort d’argent, de fêtes tout frais payés, de cadeaux et avantages, et de promesses d’emploi.

Et cela, sans informer la communauté de l’impact négatif qu’aura le projet « sur les terres ancestrales et les ressources naturelles d’Unión Hidalgo, qui sont vitales pour la subsistance économique et culturelle de la communauté » comme l’a montré une étude d’impact environnemental menée par Eólica de Oaxaca en juin 2018. Des effets qui se ressentent déjà aujourd’hui.

« L’entreprise paie un loyer et ces terres restent la propriété des propriétaires. Mais il leur est interdit de planter de grands arbres et ils ne peuvent plus entrer librement sur leurs terres car les entrées sont déjà gardées par des vigiles. Aussi, les paysans restent propriétaires mais ils ne peuvent plus planter la même quantité de fruits et légumes. L’installation d’une éolienne nécessite ¼ d’hectare. C’est pourquoi les paysans ne peuvent plus cultiver comme ils veulent sur leurs terres, une partie entière est réservée en prévision des futurs travaux. » explique Guadalupe Ramiréz, 69 ans, une opposante zapotèque au projet soutenue par l’ONG PBI, pour La Relève et La Peste

Face aux pots-de-vins et aux conflits d’intérêt, un tribunal fédéral mexicain avait ordonné en octobre 2018 à l’entreprise de lancer un processus de consultation de la population conformément aux normes établies par la Convention n°169 de l’Organisation internationale du travail et par la constitution mexicaine.

La création d’un conflit social violent

Hélas, ces consultations se sont avérées être un simulacre de démocratie. Certains propriétaires ont été payés pour y participer avec leurs proches, et défendre le projet de parc éolien coûte que coûte. Les réunions ont été organisées chaque semaine pendant les heures de travail de la communauté zapotèque au lieu du dimanche comme demandé, limitant ainsi aux zapotèques la possibilité d’y participer.

« Nous sommes 14 000 personnes dans la ville d’Union Hidalgo et seulement 400 sont venus à la consultation. Cela signifie que la plupart ne veulent pas de ce projet : mais il y a trop de risques de représailles pour aller aux consultations le dire haut et fort. J’ai entendu dire que certaines personnes étaient payées 150 pesos pour aller crier et menacer les opposants au projet lors des consultations. On ne peut donc pas dire que la majorité est pour ! » détaille Guadalupe Ramiréz, 69 ans, une opposante zapotèque au projet soutenue par l’ONG PBI, pour La Relève et La Peste

Les menaces de mort et intimidations envers les personnes critiques à l’égard du projet sont loin d’être anodines. Dans cette région du monde, les militants écologistes et défenseurs des droits des peuples autochtones sont régulièrement assassinés. Les menaces sont de telle ampleur que des ONG se sont spécialisées dans la protection de ces personnes, comme PBI France.

« Nous accompagnons Guadalupe et les autres défenseur.e.s d’Union Hidalgo en résistance au projet de parc éolien car ce sont des personnes criminalisées. En effet, elles sont insultées, moquées, harcelées voire menacées de mort pour dénoncer les irrégularités du projet. Pour cela, PBI a des équipes d’observateurs et observatrices internationaux, pour les accompagner physiquement, notamment lors des consultations.
PBI intervient auprès des défenseur.e.s en danger grâce à une présence dissuasive sur le terrain. L’idée est vraiment que la communauté internationale soit présente pour que les traités des droits humains et en l’occurrence la tenue d’une consultation autochtone soit respectée, sans violation de droits humains. Pour que les défenseur.ses du territoire, qui font face à des mégaprojets, puissent revendiquer leur droit à la consultation et militer pour plus de justice climatique, encore faut-il qu’iels puissent le faire dans des conditions de sécurité. Or leurs voix dissidentes sont souvent stigmatisées, étouffées voire diffamées pour qu’iels soient perçu.e.s comme « anti progrès », « anti développement » et renoncent à résister et défendre leurs terres. » détaille Marion Fichet, Chargée de projets chez PBI France, pour La Relève et La Peste

En effet, l’arrivée et les pratiques d’entreprises étrangères exacerbent les tensions entre les locaux, « notamment au sein des mafias du secteur de la construction qui se battent pour obtenir les autorisations de travaux » comme le précise ce reportage de lundi matin.

En conséquence, le 13 octobre 2020, l’organisation mexicaine de défense des droits de l’homme ProDESC et le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l’homme, ainsi que des représentants d’Unión Hidalgo, ont engagé une action en justice contre EDF en France en vertu de la loi sur le devoir de vigilance française.

Crédit : ProDESC

La bataille des défenseurs des droits

L’objectif de cette action en justice : exiger la prévention de nouvelles violations des droits fondamentaux de la communauté au consentement libre, informé et préalable (CLIP) ainsi que des risques graves pour leur intégrité physique en relation avec le projet de parc éolien d’EDF ; mais aussi rappeler à l’Etat français sa responsabilité puisqu’il est actionnaire majoritaire d’EDF à plus de 80% de son capital.

« On parle de 62 éoliennes de 84 mètres de haut qui pourraient se retrouver implantées extrêmement proches des habitations sans que la population locale ait pu décider de leur nombre, de leur hauteur et de leur emplacement ! Cette affaire est d’autant plus grave que, depuis 2017, l’ensemble de l’appareil d’Etat français est au courant du conflit et des violations aux droits de l’homme car dès 2017, l’association mexicaine ProDesc et les défenseurs des droits sont rentrés en contact avec l’Ambassade de France au Mexique et exigeaient déjà un dialogue avec les dirigeants d’EDF Groupe à Paris. Comme cela n’a pas abouti, ProDESC a dû saisir le Point de Contact National de l’OCDE qui est un organisme de médiation pour résoudre des conflits entre entreprises françaises et communautés dans le monde, sans succès là aussi. » décrypte Swann Bommier, Chargé de plaidoyer pour la régulation des entreprises multinationales au CCFD Terre Solidaire, pour La Relève et La Peste

Après un an et demi de médiation sans aucun résultat concret et aucune action effective pour atténuer les risques et menaces auxquels font face les communautés locales, ProDESC a décidé de se retirer de la médiation en Juillet 2019 pour se concentrer sur la procédure judiciaire enclenchée.

La plainte ayant été déposée le 13 octobre, les associations sont désormais dans l’attente de la réponse du tribunal judiciaire de Paris pour obtenir un premier calendrier sur la suite des étapes. La construction du méga-parc éolien, elle, n’a pas encore commencé tant que le processus de consultation n’est pas légalement terminé.

« Le litige développé par ProDESC au Mexique et en France est de nature préventive, car il vise à prévenir des dommages irréparables et des violations graves des droits de l’homme de la communauté Unión Hidalgo. » précise Guillermo Torres, de l’association ProDESC, pour La Relève et La Peste

« Face au changement climatique, l’énergie éolienne est perçue dans le monde comme une mesure écologique et alternative. En d’autres termes, ce qui était sensé être une transition écologique, a, de fait, ouvert la brèche à tout un marché de crédits-carbone. La crise environnementale, quasi incontrôlable, que nous connaissons annonce non seulement la catastrophe vers laquelle nous allons, mais elle reste aussi accrochée au colonialisme structurel qui domine dans les pays du « premier monde » à l’égard des pays du troisième monde, ou des pays dits « émergents ». C’est le cas des investissements de l’entreprise EDF, dont l’état français est actionnaire majoritaire, qui ont entraîné une violence génocidaire contre le peuple Binnizá (Zapotèque). Concrètement, je fais référence à la forme sous laquelle se déploie le capital français dans l’isthme de Tehuantepec, intensifiant ainsi une économie du crime qui trouve son reflet dans les assassinats produits des conflits entre caciques locaux. Vu sous cet angle, ce que l’on suppose être une alternative à la catastrophe écologique apparaît non seulement comme une tartuferie du capitalisme vert, mais elle se trouve aussi profondément imbriquée dans une économie de guerre. » analysent Josefa Contreras y Andrea Manzo

Pour la communauté zapotèque, la lutte ne fait que continuer face aux appétits énergétiques des industriels. EDF n’est pas la seule entreprise à s’implanter de force dans le territoire.

« Nous allons continuer à nous battre : nous venons d’apprendre qu’un autre multinationale souhaite s’implanter à Union Hidalgo. Comment notre ville va-t-elle grandir si nous sommes entourés d’éoliennes ? Elles produisent de l’énergie qui est revendue à de grands groupes mais ici, il n’y a pas un seul lampadaire de la commune qui fonctionne avec cette électricité. Ces éoliennes n’ont rien de bénéfique pour la communauté. » conclut Guadalupe

crédit photo couv : ProDESC

29 novembre 2020 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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