Economie Symbiotique, pour que l’humain ne soit plus le parasite de la Terre

Basée sur six principes, l’économie symbiotique est un nouveau paradigme économique qui assemble activités humaines, croissance des écosystèmes et liens sociaux pour remplir deux objectifs : restaurer les écosystèmes et diminuer les impacts négatifs de la production humaine. Cette économie régénérative renverse notre façon de voir notre place dans la Nature. Un modèle économique régénératif Economie […]
5 mai 2018 - Laurie Debove
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Basée sur six principes, l’économie symbiotique est un nouveau paradigme économique qui assemble activités humaines, croissance des écosystèmes et liens sociaux pour remplir deux objectifs : restaurer les écosystèmes et diminuer les impacts négatifs de la production humaine. Cette économie régénérative renverse notre façon de voir notre place dans la Nature.

Un modèle économique régénératif

Economie Symbiotique : Un modèle économique régénératif radicalement nouveau qui affirme la possibilité de développer une relation symbiotique (c.a.d de croissance mutuelle) entre des écosystèmes naturels prospères et une activité humaine intense, et ce dans tous les domaines de l’économie.

Dix ans de recherche et d’analyse ont permis à Isabelle Delannoy de porter cette nouvelle vision du monde en un concept : l’économie symbiotique. Ingénieure agronome de formation, cette spécialiste de l’environnement a eu envie d’explorer les pistes économiques possibles pour répondre aux enjeux écologiques après avoir co-écrit le film Home, réalisé par Yann Arthus-Bertrand.

En essayant de s’affranchir de toute idéologie, Isabelle Delannoy a voulu poser un regard le plus neutre possible par rapport à ces deux objectifs : comment générer les externalités positives dont nous avons besoin pour subsister, tout en évitant les externalités négatives que produit notre système actuel. Dans son livre paru fin 2017, elle détaille comment la symbiose entre l’intelligence humaine, la puissance des écosystèmes naturels et la technosphère (les outils) peut atteindre un juste équilibre pour produire tout en régénérant les ressources, plutôt que les épuiser. 

Une Ville Symbiotique / Crédit : Chaîne YouTube Economie Symbiotique

« Le mot symbiose signifie « vivre ensemble ». Il décrit l’association étroite et pérenne de deux organismes différents qui utilisent leurs différences pour se compléter. La croissance de l’un permet celle de l’autre, et vice versa. Il ne faut pas projeter sur ce phénomène un sentiment de générosité. La symbiose n’existe que dans une pure relation d’efficacité réciproque. » L’Economie Symbiotique, Isabelle Delannoy

Un modèle de pensée bien différent de l’esprit de compétition qui anime nos sociétés extractrices aujourd’hui. Pour autant, Isabelle Delannoy n’oppose pas le concept d’économie symbiotique aux notions de capitalisme et de croissance.

« Certains systèmes n’ont pas besoin de capital pour éclore, alors que d’autres si. Le problème de notre économie, c’est de chercher la croissance pour la croissance, notamment avec la création monétaire. Dans le vivant, quand un organisme vit dans le seul but de croître, c’est une cellule cancéreuse. Avec l’économie symbiotique, il peut y avoir une croissance locale, multiple et plurielle, mais ce n’est jamais le but final car les impacts sociaux et économiques deviennent monstrueux. L’économie symbiotique passe d’un système extractif et linéaire à un système régénératif et modulaire, en cherchant à atteindre ce point d’équilibre du vivant. » Isabelle Delannoy

L’économie symbiotique part au niveau local des ressources d’un territoire. Elle permet de déterminer quels écosystèmes il peut (re)mettre en place, et quels écosystèmes socio et économiques il peut dynamiser, tout en régénérant les ressources dont il dispose et qu’il utilise.

Pour les industries, bien souvent polluantes et extractrices de matières premières et de ressources, Isabelle Delannoy cite dans son livre l’exemple du parc industriel de Kalundborg, au Danemark. Dans les années 1970, la municipalité a demandé aux industries lourdes de diminuer leurs prélèvements d’eau du lac Tisso. Elles ont alors créé 25 schémas de coopération pour mieux gérer la ressource « eau » du lac. Les industries ont réalisé que ce que certaines achetaient comme matière première, les autres le rejetaient comme déchet. En valorisant leurs ressources, elles ont réduit leur consommation de pétrole de 45 000 tonnes, celle de charbon de 15 000 tonnes et celle d’eau de 600 000 mètres cubes ! De la même façon, leurs émissions de gaz à effet de serre ont baissé (175 000 tonnes de gaz carbonique et 10 200 tonnes de dioxyde de souffre en moins), et elles ont pu réutiliser plus de 220 000 tonnes de matières (cendres, soufre, gypse, azote, phosphore). En quatre ans, tous les acteurs impliqués ont gagné de l’argent par rapport aux investissements réalisés pour mettre en place ces coopérations.

Une nouvelle gouvernance pour les humains et la planète

L’économie symbiotique est une approche pragmatique qui s’appuie sur six principes :

– Collaboration libre et directe entre entités
– Diversité d’acteurs et de ressources qui respectent l’intégrité de chaque entité
– Territoires de flux communs, accessibles à tous de façon égale, ce sont des territoires matériels où se croisent les intérêts et les valeurs
– Utilisation prioritaire des services rendus par les écosystèmes
– Recherche de l’efficience maximale dans l’utilisation des ressources, qu’elles soient de la matière, de l’énergie, ou de l’information
– Recherche de l’inscription des activités humaines dans les grands cycles de la planète préservant son équilibre écologique global

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« La vraie fracture de l’économique symbiotique, c’est l’accès à la gouvernance qu’elle engendre. On produit des communs, en commun. Chaque citoyen, chaque consommateur, chaque entrepreneur a son mot à dire dans la gestion des ressources. Ces nouveaux échanges socio-économiques, régénérateurs d’écosystèmes vivants, se fondent sur des communautés de valeurs et d’intérêts. C’est un challenge pour nos sociétés occidentales qui n’ont plus l’habitude de collaborer au jour le jour. Il faut que chacun puisse reconnaître sa dépendance et son appartenance à la Terre, au Vivant. C’est indispensable si l’on veut être résilients face aux grandes crises que nous allons affronter. » Isabelle Delannoy

Accéder à un bien ou un service sera donc privilégié par rapport au fait de le posséder, à l’image de ce que propose la coopérative Commown avec la location de téléphone et d’ordinateur, mais aussi les dispositifs d’autopartage, les fablabs, les innovations en open source, etc. De la même façon, les métaux rares devront être utilisés avec parcimonie et pour l’intérêt du plus grand nombre : il est plus juste de fournir Internet à tous dans le monde, que de créer des gadgets connectés pour un petit nombre de privilégiés. Pour Isabelle Delannoy, les hautes technologies doivent être réservées à la transmission de l’information alors que le low-tech doit être utilisé chaque fois que possible. Il n’y a donc pas une solution, mais tout un ensemble de solutions différentes, qui s’adapteront à des contextes sociaux, des territoires et les écosystèmes vivants qui y sont. En partant de la création d’un écosystème symbiotique au niveau local, les écosystèmes symbiotiques échangeront les uns avec les autres jusqu’à un impact positif global, à l’échelle de la planète. 

Crédit : Présages – Interview d’Isabelle Delannoy

Isabelle Delannoy en est convaincue : « tout ce que ces acteurs du changement ont inventé depuis 50 ans dans le monde entier de façon cohérente et non-concertée est la preuve qu’il faut s’autoriser à rêver et créer le monde qu’on veut. Dès que la créativité de l’homme est mise au service de valeurs écologiques et solidaires, les basculements sont fulgurants. » A l’image du supermarché inversé en Gironde, qui a mis plusieurs années à obtenir l’autorisation de s’ouvrir, mais seulement six mois pour être viable économiquement ! Ou de l’écosystème Darwin, à Bordeaux, mis en place en seulement deux ans.

L’agence d’Isabelle Delannoy va bientôt sortir les publications académiques de ses travaux. Tous les membres sont portés par un objectif : changer le paradigme économique mondial au tournant de la décennie pour faire face aux crises à venir, pour que l’humain vive enfin en symbiose avec la planète, et ne soit plus son parasite.

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