Deux ingénieurs français créent une « tiny house » autonome et 100 % low-tech

« On est parti sur une tiny-house pour qu’elle soit mobile et puisse potentiellement rejoindre l’exposition et puisse bouger, mais il s’agit bien de pouvoir appliquer les low-techs dans n’importe quel habitat. Il n’y a pas besoin d’être soi-même ingénieur pour utiliser ces solutions-là. Les toilettes sèches, par exemple, s’intègrent très bien à son quotidien et sont même parfois moins odorantes qu’un toilette normal. » Romane Cadars, membre du Low-Tech Lab.
13 mai 2019 - Laurie Debove
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Après un an passé à l’expérimentation de solutions low-tech dans toute la France, l’équipe du Low-tech aménage tout un habitat écolo adapté à l’occidental.

En partenariat avec l’ADEME, le Low-Tech Lab a sélectionné une quinzaine de low-tech pour les mettre en pratique dans une tiny-house, véritable habitat pilote qui déterminera s’ils sont pertinents en terme écologique, économique et ergonomique sur différents secteurs de l’habitat : le chauffage, l’électricité, l’eau, l’alimentation, la gestion des déchets, les produits ménagers.

« On parle beaucoup du zero waste à l’échelle individuelle mais que peut-on faire pour aller plus loin ? Low-tech ne veut pas dire perdre en confort au quotidien. L’habitat est vraiment un enjeu essentiel : 42 % de la consommation d’énergie française au total, et il compte parmi les plus importants émetteurs de gaz à effet de serre. C’est pour cela que nous avons voulu y appliquer les low-tech. » Romane Cadars, membre du Low-Tech Lab.

Low Tech Lab Construction d’une Tiny House pour tester des solutions low-tech en situation réelle Crédit Photo : Benoit Stichelbaut

Deux ingénieurs du Low-Tech Lab, Pierre-Alain Lévêque et Clément Chabot vont vivre en semi-colocation/alternance dans l’habitat de 14m2 pour évaluer la pertinence et la performance des solutions choisies en utilisant et testant conjointement les 15 systèmes : du plus classique comme les panneaux solaires pour l’électricité (tout est branché en 12V) et les toilettes sèches, au système récup’ comme le chauffe-eau solaire, ou au plus abouti comme la phytoépuration des eaux usées, un chauffe-air solaire créé avec des ardoises, un poêle de masse à inertie semi-démontable, etc.

« On est parti sur une tiny-house pour qu’elle soit mobile et puisse potentiellement rejoindre l’exposition et puisse bouger, mais il s’agit bien de pouvoir appliquer les low-techs dans n’importe quel habitat. Il n’y a pas besoin d’être soi-même ingénieur pour utiliser ces solutions-là. Les toilettes sèches, par exemple, s’intègrent très bien à son quotidien et sont même parfois moins odorantes qu’un toilette normal. » Romane Cadars, membre du Low-Tech Lab.

Le système de phytoépuration permet de filtrer les eaux usées du lavabo et de la douche simplement grâce à des plantes, du sable et des bouchons de liège. L’eau est ensuite rendue propre à la nature. Le fait de devoir traiter soi-même ses eaux usées permet ainsi aux habitants d’une maison de se rendre compte que l’évier n’est pas une poubelle, pas question donc d’y verser de la peinture ou des déchets chimiques.

« Cet habitat pilote doit permettre au grand public de réaliser l’impact de son empreinte environnementale au quotidien : réfléchir sur la gestion des déchets avec le compost ou le bokashi, ne pas avoir de frigo ce qui implique de mieux gérer ses provisions. Le frigo est la plus grande part de gaspillage à la maison, et beaucoup d’aliments conservent mieux leurs nutriments lorsqu’ils sont conservés à température ambiante. Le système de récupération d’eau pour la douche permet de réduire de 7 fois sa consommation d’eau et le chauffe-air en ardoises permet de gagner 7°c à l’intérieur. » Romane Cadars, membre du Low-Tech Lab.

Crédit Photo : Low-tech Lab

Repenser sa façon de vivre est une démarche indispensable quand on sait que le mode de vie occidental consume les ressources de la planète beaucoup trop rapidement. Le 10 mai 2019 est ainsi le jour du dépassement pour les Européens. Les 512 millions d’habitants de l’Union ont consommé en moins de six mois la totalité de ce que peut générer la Terre en nourriture, fibres et matériaux. Les Européens usent 20 % de la production biologique de la planète alors qu’ils ne représentent que 7 % de la population mondiale. Les low-tech restent accessibles à tous grâce à leur faible coût et peuvent participer à la démocratisation de la résilience énergétique des logements.

« A terme, on aimerait faire tester en réel la maison à des personnes non-bricoleuses pour avoir un autre regard que celui des ingénieurs, et voir comment passer à plus grande échelle chez des particuliers ou professionnels en fédérant l’écosystème du low-tech. Ce serait formidable que les logements sociaux intègrent des systèmes de phyto-épuration par exemple. » Romane Cadars, membre du Low-Tech Lab.

10 épisodes d’une web-série, diffusé à raison d’un épisode par mois, vont permettre au grand public de suivre les progressions de Pierre-Alain Lévêque et Clément Chabot dans l’habitat low-tech, poser leurs questions, faire des retours sur les solutions qui leur paraissent le plus pertinentes. L’inauguration grand public de l’habitat pilote aura lieu le 25 mai à Concarneau.

Crédit photo à la une : Low-tech Lab

13 mai 2019 - Laurie Debove
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