Depuis janvier, des étudiants, au sein du collectif « Agro en lutte » s’insurgent de la « cogestion » de leur école par l’État et l’agro-industrie. En janvier et février, deux blocages ont eu lieu pour lutter contre la politique agricole du gouvernement et sa traduction dans l’orientation des formations agricoles.
En janvier, après plusieurs jours de blocage, des négociations avaient été engagées avec la direction de cette école spécialisée dans les sciences du vivant, de l’agriculture, et de l’alimentation, avant qu’une évacuation par les forces de l’ordre ne mette fin à l’occupation. La direction de l’établissement avait alors prononcé 15 jours d’exclusion à l’encontre de 36 étudiants, une sanction finalement levée.
« Le blocage avait impulsé une grosse dynamique, se félicite un membre d’Agro en lutte pour La Relève et La Peste. Il a engagé des discussions avec la direction d’AgroParisTech et la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche. Mais depuis, il n’y a eu aucun engagement, aucune décision de prise. On a eu des discussions très infantilisantes, des discours paternalistes. C’était un dialogue de sourds. »
Ainsi, le collectif qualifie de « lieux de domestication des critiques » les arènes de participation étudiantes convoquées jusqu’alors par l’administration.
Face à un manque de prise en compte de ses demandes, le collectif Agro en lutte à repris le blocage de l’école le mardi 17 février : une façon de « maintenir la pression ».
Ces étudiants ont finalement choisi de lever ce nouveau blocage le lendemain : pour éviter une nouvelle intervention policière, mais aussi pour soutenir leurs camarades de CentraleSupélec, mobilisés contre les partenariats entre leur école et l’industrie militaire.
Leur lutte s’inscrit dans le cadre de l’événement national « Stop Recherche Complice » , une coalition de militants, d’étudiants et de chercheurs, s’opposant à « la complicité de la recherche avec les entreprises impérialistes, fascistes, et soutenant des projets coloniaux. »
À la suite de ce nouveau et bref blocage d’AgroParisTech, une dizaine d’étudiants sont à nouveau concernés par des sanctions disciplinaires.

Blocage de février 2026 – Crédit : Agro en lutte
Une « cogestion » de l’école entre l’État et l’agro-industrie ?
Alors que les étudiants se mobilisent, à l’Assemblée nationale, les députés débattent suite à la pétition contre la loi Duplomb qui avait réuni plus de 2 millions de signatures. Au Sénat, Laurent Duplomb tente à nouveau de réintroduire certains néonicotinoïdes.
Comme le gouvernement et une large partie de la droite et du centre, il défend une vision alignée sur les intérêts des gagnants de la mondialisation agricole, souvent associés à la FNSEA. Laurent Duplomb est lui-même agriculteur, et touche des dizaines de milliers d’euros de subventions publiques chaque année.
Dans une course à la compétitivité des produits agricoles à l’échelle internationale, le syndicat agricole majoritaire prône une agriculture productiviste et industrielle et règne en maître sur la politique agricole française depuis des décennies. AgroParisTech n’échappe pas à cette hégémonie selon le collectif Agro en lutte.
« Le ressenti général, c’est que nos cours sont principalement portés sur l’agriculture productiviste telle qu’elle existe depuis 70 ans », témoigne notre interlocuteur qui préfère rester anonyme.
Placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, l’école compte par exemple Christiane Lambert, au sein de son conseil d’administration. Cette ancienne présidente de la FNSEA entre 2017 et 2023, y a été nommée par arrêté du ministre de l’Agriculture, comme la moitié de ce conseil.
« Cette présence est assez peu démocratique car ils sont nommés directement par le ministre. Tous ces membres ont la même vision de l’agriculture que lui : cela ne représente pas la diversité du monde agricole », estime le membre du collectif.
« A AgroParisTech comme à l’échelle de l’État, les cogestions tiennent encore la place centrale », dénoncent ces étudiants d’AgroParisTech. Ils critiquent le manque de place accordé à l’agroécologie au sein des formations et dénoncent « une marginalisation de la parole étudiante au sein des discussions qui orientent la vie et les évolutions » de l’école.
Déjà en 2022, huit étudiants d’AgroParisTech avaient dénoncé dans leur discours de remise de diplôme, une formation « qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques ».
Dans une pétition, les étudiants du collectif Agro en lutte demandent à ce que la ferme expérimentale de l’école soit convertie au modèle agro-écologique, en « rupture avec le modèle conventionnel productiviste » .
Ils réclament également « une restructuration de la composition du conseil d’administration », afin de représenter plus justement les différents modèles, pratiques et visions de l’agriculture.
Enfin, ils exigent « une transparence totale concernant les partenariats de l’école » et « la co-construction des programmes d’enseignements, entre les enseignants et les étudiants ».
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