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De plus en plus loin de l’autonomie alimentaire, l’Ile-de-France va finir étouffée sous le béton

Quatrième et dernier point de départ des Marches des Terres : le plateau de Saclay, au sud de Paris. Ici, plus de 2 500 hectares de terres « parmi les plus fertiles d’Europe » sont en sursis.
13 octobre 2021 - Augustin Langlade
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Pendant deux jours, des centaines de manifestants ont participé aux « Marches des Terres » : partis le samedi 9 octobre de quatre points de l’Île-de-France, activistes, agriculteurs, élus et citoyens se sont rassemblés, le dimanche 10, sur la place de l’Hôtel de Ville, à Paris, pour protester contre les grands projets d’urbanisation qui dévorent peu à peu les terres fertiles de leur région.  

L’Ile-de-France bétonnée

À lui seul, le territoire francilien illustre tous les maux écologiques dont souffre la France actuelle : en un demi-siècle, 100 000 hectares de terres fertiles y ont été sacrifiés à l’expansion parisienne, c’est-à-dire au béton, la chose du monde la mieux partagée.

Entre 2000 et 2016, indique la chambre d’agriculture, le nombre d’exploitations agricoles de la région est passé de 6 506 à 4 838, soit une centaine de moins chaque année. Quatre cinquième des agriculteurs ont plus de 40 ans et près de la moitié d’entre eux doivent gérer des exploitations allant de 100 à 200 hectares.  

Pour en finir avec les chiffres, soulignons que l’Île-de-France, plus grand bassin alimentaire du pays avec ses 12 millions d’habitants, consomme de la nourriture à 90 % importée, bien que 49 % de son territoire soit voué à l’agriculture.

Lois du marché ou ineptie, l’autonomie alimentaire de Paris ne s’élève ainsi qu’à trois petits jours. 

Ce bref constat prouve l’urgence de relocaliser la production, d’établir des circuits courts et de freiner l’étalement urbain. C’est pourtant le contraire qui se produit. Centres d’activités, entrepôts logistiques, stades et piscines, routes et gares : en Île-de-France, les projets d’infrastructures battent leur plein, sous la poussée de vastes opérations comme les Jeux olympiques ou le Grand Paris.   

C’est pour protester contre le bétonnage des terres agricoles à coups de dizaines ou de centaines d’hectares que s’est tenue, le week-end des 9 et 10 octobre, la mobilisation des Marches des Terres.

« Des légumes, pas du bitume »

En deux jours, des centaines de manifestants ont convergé vers la capitale depuis les quatre cardinaux d’Île-de-France : venant du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise) au nord, du plateau de Saclay (Essonne) au sud, de Châtres (Seine-et-Marne) à l’est et de Thoiry (Yvelines) à l’ouest, la verte procession a terminé sa course sur la place de l’Hôtel de Ville, à Paris.

À l’origine de cette convergence : les Soulèvements de la Terre. Apparu comme spontanément cette année (voir ici leur appel), ce mouvement national en plusieurs « saisons » s’est déjà distingué par ses actions coups de poing fortement mobilisatrices.

Lors de la saison 1, en juin dernier, plus de 400 activistes ont par exemple bloqué quatre sites industriels du port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), l’un des centres névralgiques du BTP francilien par lequel transitent, tous les ans, des millions de tonnes de matériaux lourds : sables, graviers, ciments.

Lire aussi : « 400 activistes bloquent des sites de Lafarge pour dénoncer l’impact de la bétonisation du Grand Paris Express »

Deuxième acte de la saison 2 des soulèvements, les Marches des Terres étaient censées s’achever devant les portes de l’hôtel de Matignon (7e arrondissement), qui héberge le premier ministre, duquel les manifestants exigent « un moratoire immédiat sur l’artificialisation des terres en Île-de-France ».

Parvenus sans trop d’encombre jusqu’à l’Hôtel de Ville, les promeneurs étaient cependant attendus par des grappes de policiers en surnombre, qui bloquaient la plupart des issues. Interdite par la préfecture, la manifestation n’a donc pas pu porter ses doléances au chef du gouvernement.

Les quatre lieux d’où provenait la manifestation n’ont pas été choisis au hasard : il s’agit de points représentatifs des combats qui se jouent pour la terre en Île-de-France.

Sur le Triangle de Gonesse, au nord, une gare de la ligne 17 nord du Grand Paris Express devrait engloutir 110 hectares de terres où sont cultivés du blé et du maïs. Fortifiée par l’abandon du célèbre projet Europacity, la lutte dure depuis des années, mais a connu un revers de taille le 7 octobre, lorsque la cour d’appel administrative de Paris a rejeté tous les recours des opposants.

Crédit : Kader Chibane
Lire aussi : « Gonesse : une gare du Grand Paris menace toujours 110 hectares de terres agricoles »

À Thoiry, à l’ouest, cinq hectares de terres très fertiles sont menacés par un dépôt de déchets issus des travaux du Grand Paris Express, dont les 200 kilomètres de tunnels et les gares produiront, d’ici 2030, environ 43 millions de tonnes de déblais.

Plus généralement, la Marche des Terres « Ouest » s’oppose, dans les Yvelines, au mitage des surfaces agricoles, à la prolifération des axes routiers et à la vente, par l’État, de l’institut agronomique de Grignon, domaine exceptionnel ayant accueilli, depuis 1826, des générations d’ingénieurs.

Lire aussi : « La mobilisation prend de l’ampleur contre la vente de Grignon, site historique pédagogique et agricole »

Dans la ville de Châtres, à l’est, l’intercommunalité du Val-Briard a acquis 150 hectares de champs en 2018 et prévoit d’en consacrer la moitié à l’extension de la plus importante zone d’aménagement privée d’Île-de-France, le Val Bréon. Jugé anachronique, nuisible et spéculatif, ce grand projet d’entrepôts logistiques est rejeté depuis trois ans par la population. 

Manifestation de ce weekend – Crédit : les Soulèvements de Terre

Saclay, un cas d’école

Quatrième et dernier point de départ des Marches des Terres : le plateau de Saclay, au sud de Paris. Ici, plus de 2 500 hectares de terres « parmi les plus fertiles d’Europe » sont en sursis.

En quelques années, 400 à 500 hectares de celles-ci ont déjà été avalées par des opérations relatives au campus géant de Paris-Saclay. Présenté comme une « Silicon Valley à la française », ce pôle de grandes écoles scientifiques et d’industries technologiques ne cesse de s’étendre et augmente considérablement la pression urbaine pesant sur le plateau.

Cependant, à long terme, c’est la construction de la ligne 18 du Grand Paris Express qui risque de porter un coup fatal à l’agriculture saclaysienne. D’une longueur de 35 kilomètres, ce nouveau métro reliera, d’ici 2030, la ville de Versailles à l’aéroport d’Orly, via le plateau de Saclay, en circulant parfois au beau milieu des champs.

Or, pour s’avérer rentable et utile, cette ligne de plusieurs milliards d’euros devra être associée à un processus d’urbanisation massive tout au long du trajet, la population se déplaçant pour l’instant en majorité de nord en sud et non d’ouest en est. C’est ce qui fait dire à ses opposants que le Grand Paris Express anticipe en réalité l’artificialisation du plateau entier.

Sous une bannière commune, l’escargot, symbole de l’urgence de ralentir, les marches du nord et de l’est se sont retrouvées, samedi, aux jardins d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), eux-mêmes menacés par une excroissance d’un projet de piscine olympique.

Lire aussi : Les jardins potagers d’Aubervilliers sont rasés pour le spa des JO

Dans les cortèges qui convergeaient le jour suivant vers la place de l’Hôtel de Ville, l’observateur pouvait apercevoir des militants de Greenpeace, d’Attac et d’Extinction Rebellion, des membres de la Confédération paysanne, de France Nature Environnement et de divers collectifs, des Gilets Jaunes, des élus d’Europe Écologie les Verts, des paysans ou encore de simples citoyens. 

Au-delà des désaccords stratégiques et idéologiques, ces promeneurs de tous bords étaient animés d’un même mot d’ordre : sauvons les terres nourricières, abandonnons les grands projets inutiles.

L’acte 2 de la deuxième saison des Soulèvements sera clos par un blocage des chantiers du plateau de Saclay. L’action a débuté ce lundi et durera une semaine.

Crédit photo couv : Delphine Lefebvre / Hans Lucas via AFP

13 octobre 2021 - Augustin Langlade
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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