Nouveau rebondissement au Palais de Justice : Claude Guéant, ancien bras droit de Sarkozy, qui jusqu’alors alignait sa défense à celle de l’ancien président fait volte-face. Il affirme avoir été chargé par l’ancien chef d’Etat de se pencher sur le dossier d’Abdallah Senoussi, personnage charnière du scandale lybien et multi-condamné pour terrorisme, se trouvant au coeur des négociations pour le financement de la campagne présidentielle de 2007. La crédibilité de la défense de Sarkozy vole en éclats.
Nicolas Sarkozy est accusé de financement illicite de la campagne présidentielle de 2007, par le régime du dictateur lybien Mouammar Kadhafi. Sarkozy – alors ministre de l’Intérieur – et ses proches Claude Guéant et Brice Hortefeux auraient conclu un « pacte de corruption ».
Dès 2005, la Libye aurait fourni de 6 à 50 millions d’euros destinés au fonds de campagne de l’ancien président – via des intermédiaires comme Ziad Takieddine, homme d’affaires franco-libanais multi-condamné – en échange de la réhabilitation internationale de Kadhafi.
La défense de Sarkozy vole en éclat
Claude Guéant et Brice Hortefeux auraient à de nombreuses reprises rencontré Abdallah Senoussi, ce dont Sarkozy prétend ne rien savoir. Chef des terroristes libyens, Abdallah Al-Senoussi a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en France, en 1999, pour l’attentat, dix ans plus tôt, du DC-10 d’UTA, qui fit 170 morts. Sarkozy lui aurait promis, en contrepartie de sa collaboration, d’améliorer sa situation judiciaire.
La justice française a condamné Nicolas Sarkozy à 5 ans de prison en septembre 2025 pour association de malfaiteurs en vue de corruption. L’ancien président a fait appel de cette décision, clamant son innocence, et le procès se tient actuellement.
Sarkozy a toujours démenti avoir demandé quoi que ce soit à ses deux plus proches lieutenants, Hortefeux et Guéant, concernant le dossier judiciaire d’Abdallah Senoussi.
Claude Guéant, qui avait jusqu’alors aligné sa défense sur celle de Sarkozy, clamant leurs innocences, a fait parvenir ce 14 avril à la cour une attestation affirmant que Nicolas Sarkozy lui avait bien demandé de se pencher sur le dossier pénal du numéro deux du régime lybien Abdallah Senoussi. Un coup dur pour la défense de l’ancien président.
Les aveux de Claude Guéant
Claude Guéant a ainsi enfoncé, mardi 14 avril, un coin dans la défense de l’ancien chef de l’État :
« La demande d’examen de la situation de Senoussi vient de Kadhafi lui-même. Lors du dîner officiel à Tripoli en juillet 2007, Nicolas Sarkozy m’a fait appeler pour que Kadhafi répète devant moi la préoccupation qu’il venait de lui exprimer concernant Senoussi. Comme il le faisait souvent, Nicolas Sarkozy conclut en me disant : “Claude, voyez cela.” »
Nicolas Sarkozy, aurait ensuite déclaré à la barre : « J’oppose le démenti le plus formel. […]. Je n’ai absolument pas le souvenir de cette scène en plein banquet. […] »
L’avocat de Claude Guéant relance : « Cela veut dire que Mr Guéant ment ? » « Ça veut dire qu’on n’a pas le même souvenir. Voilà, c’est mon souvenir, il est formel », s’agace l’ancien président.
Au cours du procès en appel, Nicolas Sarkozy a certifié n’avoir aucun lien avec les quatre voyages de Claude Guéant en Libye entre 2008 et 2010. Là encore, Claude Guéant contredit aujourd’hui son ancien chef dans son attestation : « Nicolas Sarkozy était forcément au courant puisque pendant ces courts déplacements, j’étais absent du bureau […]. Bien sûr, ces déplacements se sont faits à la demande du président. »
Nicolas Sarkozy, excédé, finit par répondre à l’avocat de Claude Guéant, démentant ses propres paroles d’il y a quelques jours : “ […] Si vous voulez me faire dire que j’étais d’accord, j’étais parfaitement d’accord. »
Cette affaire de corruption au plus haut sommet de l’État français prend chaque jour une nouvelle tournure à mesure que le procès en appel se tient au Palais de Justice, et la défense de l’ancien président semble de plus en plus faible.
La France s’enfonce depuis plusieurs années dans une corruption d’élite structurelle, avec un score dégradé à 66/100 au CPI 2025 de Transparency International la plaçant au 27e rang mondial, son plus bas niveau historique.
Signe d’impunité des puissants, d’affaiblissement des contre-pouvoirs et de clientélisme, la corruption est un danger sérieux pour la démocratie. Une condamnation confirmée en appel de Nicolas Sarkozy serait un coup salutaire historique pour la justice, affirmant que nul n’est au-dessus des lois.
Les débats sont prévus jusqu’au 3 juin et le verdict sera connu plus tard dans l’année.
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