Soupçonné d’avoir fait abattre plus de 500 hectares de forêt illégalement, Google est contraint de suspendre deux chantiers de data center en Finlande.
Début septembre, Google dévoilait un nouveau plan d’investissement de 13 milliards d’euros pour développer les infrastructures numériques liées à l’intelligence artificielle (IA) en Finlande. Pour ce faire, il compte agrandir un data center existant et en construire trois nouveaux d’ici 2028.
À peine un mois après l’annonce de « son plus important investissement » lié à l’IA sur le territoire européen, le géant américain fait déjà l’objet de plaintes de la part des autorités finlandaises.
Le 6 octobre, la Finnish Supervisory Agency (LVV) ordonnait au mandataire de Google, Tuike Finland, « de suspendre immédiatement, et au plus tard le 23 octobre, toutes les mesures préparatoires susceptibles de modifier de manière significative l’environnement » sur deux de ses chantiers, situés à Muhos et Kajaani.
Des travaux engagés sans autorisations environnementales
Une décision que la LVV justifie par le non-respect, par Google et son mandataire, des réglementations environnementales. Ces derniers ont ordonné l’abattage de 330 hectares de forêts à Muhos et d’environ 200 hectares à Kajaani, alors que l’étude d’impact environnemental – une étape pourtant obligatoire – n’était pas entièrement réalisée.
En plus de la déforestation, des travaux d’excavation de la couche arable du sol, de construction de routes et d’espaces de stockage ont également été observés. Le responsable du service environnement de la LVV, Tommi Muilu, a déclaré que les actions de Google « modifieront l’environnement et auront des répercussions sur ce dernier », ce que visait précisément à évaluer l’étude d’impact en amont de tous travaux.
Google sommé de s’expliquer
Les autorités finlandaises entendent bien demander des comptes à Google. Le géant du numérique a jusqu’au mercredi 14 octobre pour fournir des explications et détailler comment il compte procéder à la suite du projet en se pliant, cette fois-ci, aux réglementations environnementales en vigueur.
S’il n’est pas en mesure de le faire, ou pour Tuike Finland de mettre à l’arrêt ses deux chantiers d’ici le 23 octobre, la LVV « envisage d’engager une procédure coercitive ». Malgré le passage en force de la multinationale, les projets ne sont pas annulés pour autant. Ils pourront reprendre une fois l’étude d’impact environnemental terminée.
Face à la controverse, le porte-parole de Google, Sondre Ronander, a déclaré auprès de l’AFP : « Nous comprenons les préoccupations exprimées […] nous n’avons pas été à la hauteur de nos propres normes pourtant élevées », précisant également que l’entreprise américaine allait « étudier les conclusions de l’agence et suivre ses recommandations ».
Assurant agir de « bonne volonté », le géant de la tech n’a pas manqué de rappeler son ambition de replanter 130 hectares de forêt à Muhos. Une opération de greenwashing qui peine à convaincre.
« La bonne foi ne constitue pas ici un argument juridiquement pertinent », argumente la maîtresse de conférence en droit de l’environnement de l’Université d’Helsinki, Tiina Paloniitty, précisant que « les nouveaux arbres ne remplacent pas une forêt mature ».