Après avoir obtenu une victoire juridique cet été pour les populations vivant à proximité de parcelles traitées par des pesticides, Générations Futures lance une pétition avec La Relève et La Peste. L’ONG demande aux ministères de l’Agriculture et de la Santé de rendre obligatoire une information transparente et détaillée pour les citoyens, afin qu’ils puissent anticiper et se protéger au moment des pulvérisations de produits phytosanitaires.
Aujourd’hui, les riverains vivant à proximité de zones d’épandage de pesticides sont peu, voire pas informés sur les produits phytosanitaires auxquels ils sont exposés. Ils n’ont aucun moyen de savoir quand ont lieu les épandages et avec quels produits.
L’ONG Générations Futures entend faire pression sur le gouvernement, en particulier sur la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, et celle de la Santé, Stéphanie Rist, à travers une pétition publiée sur la platerforme de La Relève et La Peste, pour une meilleure information.
Pourtant, deux expertises collectives de l’Inserm montrent qu’une exposition aux pesticides est associée à un risque de certains cancers, de troubles cognitifs et de maladie de Parkinson. Une récente étude fait le lien entre exposition à un mélange de pesticides et clusters de cancers, avec un risque en moyenne 150 % plus élevé qu’ailleurs d’être malade dans près de 450 zones à haut risque identifiées.
Deux récents ouvrages documentent par ailleurs avec précision les risques d’une exposition in utero et les ravages sur la santé des enfants. Alors que de plus en plus de preuves s’accumulent sur les effets nocifs pour la santé humaine des pesticides, donner accès à une information fiable aux riverains concernant les substances auxquelles ils sont exposés est un minimum vital.
Des chartes de « bon voisinage » qui ne protègent pas
Cette information des riverains aurait dû être au cœur des chartes départementales dites de « bon voisinage », dont les premières ont été publiées en 2020 dans le cadre de la loi EGalim, portant sur l’agriculture et l’alimentation.
En pratique, ces chartes, élaborées par les chambres d’agriculture et calquées sur les préconisations de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), syndicat professionnel majoritaire dans la profession agricole, sont loin de protéger les populations. Celles-ci restent ainsi exposées dangereusement aux pesticides et n’ont pas les moyens de s’en protéger.
Grâce à la mobilisation de Génération Futures, de Que choisir ensemble et de l’Union syndicale Solidaires, une nouvelle victoire a été obtenue cet été pour ces populations vivant à proximité de zones d’épandage. Le 23 juillet, le Conseil d’État a reconnu l’illégalité des chartes de cinq départements (Loiret, Cher, Eure-et-Loir, Indre-et-Loire et Loir-et-Cher). Cette reconnaissance par la justice est l’aboutissement d’un combat juridique commencé en 2022.
Au total, 48 recours contre les chartes ont été déposés par les associations. « Nous espérons que la décision du Conseil d’État fasse effet boule de neige pour l’ensemble des chartes, qui sont quasi les mêmes », indique Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations Futures, auprès de La Relève et La Peste.
« Nous demandons à la ministre de l’Agriculture de tenir compte de cette décision de justice très claire et plaidons pour une réécriture des chartes. »
Alerter les riverains au moins 24 à 48 heures avant l’épandage
Pour l’instant, les mesures prônées par les chartes sont clairement insuffisantes.
« La principale mesure proposée est de demander aux agriculteurs d’allumer leur gyrophare lorsqu’ils arrivent sur site pour épandre des pesticides. Voilà comment ceux qui ont élaboré ces chartes conçoivent l’information du public, c’est quand même assez limité », tacle la directrice déléguée.
C’est pourquoi Générations Futures, spécialisée dans la santé environnementale et co-autrice de notre livre-journal EAU, exige de faire mieux pour limiter les impacts sanitaires sur les populations.
« Les riverains doivent être alertés en amont de l’épandage, au moins 24 à 48 heures avant, afin qu’ils puissent prendre des dispositions pour ne pas être sur place. Ils doivent aussi être informés sur la nature des produits épandus afin d’évaluer le niveau de dangerosité auquel ils sont exposés, notamment pour les personnes les plus vulnérables, comme les enfants, les femmes enceintes ou les personnes immunodéprimées. Aujourd’hui, nous avons des outils technologiques simples qui pourraient être mis en place, comme des alertes SMS. »
L’ONG recommande également un élargissement des zones de non-traitement, qui ne dépassent actuellement pas 20 mètres de distance des habitations pour les produits les plus dangereux, ainsi qu’une signalétique à mettre en place au moment de l’épandage, permettant aux riverains de savoir qu’une zone vient d’être pulvérisée.
Vers un modèle agricole non dépendant des pesticides
Un rapport réalisé à la demande du ministère de l’Agriculture portant sur l’obligation d’information des personnes vivant à proximité des parcelles traitées avec des pesticides est attendu en octobre.
Le gouvernement prévoit également un site internet d’informations à destination des riverains. Signe que les choses bougent un peu, selon Nadine Lauverjat, qui attend de voir jusqu’où ira le gouvernement avant de se réjouir. Et le temps presse avant la reprise des épandages ce printemps.
« Nous souhaitons que de vraies mesures d’information de la population soient prises avant la reprise des épandages en mars. C’est une question de santé publique et de protection des personnes », plaide Nadine Lauverjat.
« La santé environnementale doit être un sujet majeur des élections présidentielles. Nous souhaitons l’arrêt de l’épandage de produits qui menacent notre santé, nos milieux et la biodiversité. Notre système agricole doit évoluer vers un modèle non dépendant de ces produits. »
Pour montrer à nos gouvernants que nous sommes nombreux à vouloir vivre dans un monde plus sain, et enrayer l’épidémie de cancers en France, vous pouvez signer leur pétition.