Dans cette lettre ouverte à Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat, sept organisations appellent à réduire les coupes d’arbres pour mieux protéger les sols et la biodiversité.
Madame la Ministre,
Alors que la crise climatique s’intensifie, il est urgent de s’interroger sur la stratégie mise en œuvre pour la gestion de nos forêts, tout particulièrement en Île-de-France.
À quelques kilomètres de Paris, la forêt domaniale de la Malmaison-St Cucufa (200 ha) illustre les tensions actuelles. Depuis la mi-août, des abattages et coupes rases présentées comme sanitaires ou sécuritaires y sont réalisés, notamment sur des châtaigniers dont certains sans signes de dépérissement, ou anticipant la mort future de hêtres en pleine santé. Des engins de 24 tonnes interviennent sur des terrains en forte pente.
Après les sécheresses successives, est-il réellement pertinent de faire circuler de telles machines dans un écosystème déjà fragilisé ?
Sans refuser toute intervention forestière, il convient de remettre en cause des méthodes et des volumes de prélèvement devenus inadaptés aux conditions climatiques actuelles.
Les données de l’IGN sont inquiétantes : la mortalité des arbres a augmenté de 125 % en dix ans, tandis que le puits de carbone forestier a chuté, passant de 63 à environ 39 millions de tonnes de CO2 par an.
En Île-de-France, ces fragilités sont aggravées par la fragmentation des habitats, le réchauffement climatique ainsi qu’une fréquentation record atteignant 100 millions de visites annuelles. A cela s’ajoute désormais le risque croissant d’incendie : 2 000 hectares de la forêt de Fontainebleau (environ 10 % de sa surface) ont été détruits par le feu cet été.
Dans ce contexte difficile, la forêt publique ne peut être considérée principalement comme une ressource en bois. Pour les 12 millions de Franciliens, elle offre îlots de fraîcheur, biodiversité, respiration et lien avec la nature. Or, sous couvert de renouvellement forestier ou d’adaptation, nous assistons à une industrialisation progressive de nos forêts.
Les forêts publiques franciliennes supportent très majoritairement la pression exercée sur la ressource. Les 74 000 hectares de forêts domaniales (27 % de la surface forestière régionale) fournissent en moyenne 200 000 m3 de bois commercialisé par an1, soit 72 % de la récolte. Dans le même temps, les missions d’intérêt général confiées à l’ONF ne cessent de s’accroître, alors que ses effectifs ont diminué de 40 % en vingt ans.
Le développement du bois-énergie, qui représente 60% du bois commercialisé, en Ile-de-France accentue cette pression. Présentée comme renouvelable, la combustion du bois libère immédiatement le carbone stocké, tandis que sa reconstitution s’inscrit dans un temps long et devient plus incertaine avec le changement climatique. Dans des forêts déjà fragilisées, augmenter les prélèvements pour l’énergie compromet le puits de carbone, la qualité de l’air et la biodiversité.
Le Gouvernement rappelle dans sa réponse du 11 août 2026, la préparation du contrat État-ONF 2026-2030 et le cadre du Code forestier. L’article L. 212-2 prévoit notamment que, dans les forêts très fréquentées, « la préservation et l’amélioration du cadre de vie des populations constituent une priorité ». Cela doit désormais se traduire concrètement.
A Verrières, Montmorency, Fausses-Reposes ou Sénart, les interrogations demeurent sur l’intensité des prélèvements, leurs conséquences sur les sols, les paysages et la biodiversité. Le dialogue Forêt-Société ne peut se limiter à la communication. Les citoyens et les associations doivent disposer des données environnementales nécessaires et être pleinement associés aux décisions qui engagent l’avenir des forêts publiques.
Nous refusons que la nécessité d’adaptation climatique serve de justification à une intensification des prélèvements. Au contraire elle doit conduire à réexaminer les objectifs de gestion et à renforcer la protection des écosystèmes. Nos forêts sont jeunes, laissons-les vieillir.
Qui arbitre aujourd’hui entre production de bois, adaptation, biodiversité, protection des sols et accueil du public ? C’est tout l’enjeu du futur contrat État-ONF. La Région Île-de-France et plusieurs parlementaires demandent d’ores et déjà une meilleure prise en compte des spécificités urbaines et périurbaines, ainsi qu’une révision à la baisse des objectifs de prélèvement.
Nous vous demandons, Madame la Ministre, de fixer un cadre de gestion adapté à ces territoires, et de donner les moyens humains et financiers nécessaires.
Quelle garantie avons-nous que nos forêts seront encore là, dans cinquante ans, si nous continuons à accroître les pressions qui s’exercent sur elles ?
Nos forêts publiques ne sont pas des usines à bois. Ce sont des écosystèmes vivants et un patrimoine commun à protéger pour les générations futures.
Protéger les forêts et leur biodiversité plutôt que les épuiser. Renforcer la résilience plutôt que multiplier les pressions. C’est désormais un choix de société.
Signataires : ARBRES, Georges FETERMAN, président (dont vous retrouverez l’entretien dans notre livre-journal Forêts) ; Collectif Sauvegarde Forêts IDF, Sophie DURIN co-fondatrice ; France Nature Environnement 92, Irène NENNER présidente ; France Nature Environnement IDF, Luc BLANCHARD représentant légal ; GNSA, Thomas BRAIL fondateur ; Les Amis du Bois de Verrières, Sophie DURIN présidente ; SOS Forêt de Montmorency, Géraldine CHIVET représentante du collectif