Face au déclin dramatique du hamster d'Europe en Alsace, scientifiques et agriculteurs misent sur la diversification des cultures pour sauver l'espèce.
Le hamster d’Europe a quasiment disparu de France. Seules quelques centaines d’individus subsistent encore en Alsace, victimes de l’intensification agricole et des monocultures. Une étude de l’institut Hubert Curien, publiée dans la revue Royal Society Open Science, montre que les régimes dominés par le blé et le maïs privent l’espèce de nutriments essentiels. Notamment de protéines et de vitamine B3, indispensables à sa reproduction.
Les conséquences sont lourdes : femelles affaiblies, condition corporelle dégradée et natalité en chute libre. « Là où il n’y a que du maïs, tout se détruit. Le manque de vitamine B3 pousse les femelles à manger leurs petits », résume Jean-Paul Burget, président de l’association Faune Sauvage à La Relève et la Peste.
« Aujourd’hui, c’est entré dans les mœurs »
Sur le terrain, certains agriculteurs ont déjà changé leurs pratiques. À Griesheim-près-Molsheim (Bas-Rhin), Michael Eber fait figure de pionnier. Au milieu de ses 70 chèvres, cet éleveur-fromager s’engage dès 1998 en faveur du hamster d’Europe. « Nous avons été parmi les premiers à essayer de sauvegarder le grand hamster, en réintroduisant de la luzerne dans notre assolement », raconte-t-il à La Relève et la Peste.
Aujourd’hui, 240 agriculteurs alsaciens sont engagés dans le programme de protection du hamster d’Europe, piloté par l’AFSA (Agriculteurs et Faune Sauvage Alsace). Financé par l’État, les collectivités et, sur certains secteurs, par les mesures compensatoires de Vinci liées à la construction de l’autoroute A355 (Strasbourg), le dispositif prévoit une indemnité d’environ 520 euros par hectare de luzerne, majorée pour les exploitants qui appliquent des pratiques contraignantes, comme la fauche alternée ou le maintien de zones non fauchées.

Michael Eber
Sans aides, « il n’y aura plus grand monde »
Dans les années 1990, la plaine d’Alsace est largement dominée par le maïs, très rentable sur ces terres fertiles. « On était pratiquement en monoculture, pas seulement moi, tout le monde. Le hamster était déjà en déclin, mais cette généralisation du maïs lui a fait perdre une grande partie de son habitat », explique Michael Eber.
Le déclic intervient lors de la sécheresse de 2003. « J’achetais encore mon foin, et son prix a quasiment doublé. À ce moment-là, je me suis dit : “Stop. Je veux devenir autonome” », raconte-t-il.
Il intensifie alors ses cultures de luzerne, bénéfique à la fois pour son élevage et pour le hamster. Aujourd’hui, Michael Eber produit presque toute l’alimentation de son troupeau grâce à la luzerne, au sainfoin, au blé et à un peu de maïs.
« La seule chose que j’achète encore, ce sont les blocs de sel et les minéraux. Tout le reste est produit sur place », souligne-t-il. Cette autonomie a toutefois un coût. « Au départ, c’était une grosse contrainte. Il faut alterner les fauches, respecter davantage de règles… C’est plus de travail », reconnaît-il.
Les aides restent donc indispensables. « J’ai des collègues qui ne le feraient plus s’il n’y avait plus d’aides. Si demain les incitations disparaissent, il n’y aura probablement plus grand monde pour continuer ».
Mais l’agriculteur insiste aussi sur les bénéfices qui dépassent le seul sauvetage du rongeur. « Au-delà du hamster, toute la faune en profite. On voit revenir des faisans, des lièvres, une nature qui revit un peu », observe-t-il.
Le hamster au bord du gouffre
À Pfettisheim (Bas-Rhin), Denis Fix, éleveur de porcs et céréalier, accueillera bientôt deux lâchers de 60 hamsters sur son exploitation. Pour favoriser leur installation, il diversifie ses cultures. « Le maïs et le hamster ne font pas très bon ménage », résume-t-il. Cette année, il a semé « un mélange avec de l’orge, du blé et de la luzerne ».
Une transition qui repose aussi sur un équilibre économique. « Aujourd’hui, le prix du blé est quasiment le même qu’il y a quarante ans. Produire pour ne pas récolter derrière, ce n’est évidemment pas le modèle idéal, mais avec les compensations, au prix actuel des céréales, ça reste rentable ».
Classé en danger critique d’extinction, le rongeur a perdu plus de 90 % de ses effectifs en France en un siècle. « Dans le Haut-Rhin, il y avait 4 000 hamsters en 1979. Il n’en reste que neuf », alerte Jean-Paul Burget. « Tout disparaît à l’heure actuelle, comme un jeu de cartes. Si on veut garder la vie dans nos champs, il faut remettre de la diversité », résume-t-il.
Au-delà de la sauvegarde du hamster, c’est l’avenir des paysages agricoles qui est en jeu.
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