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Face à Bouygues, les basques ont déployé 50 brebis et une bergerie pirate pour sauver 3,7 ha de terres agricoles

« Ce qui me révolte, c'est qu'il y a des paysans qui travaillent au péril de leur vie dans des tracteurs sur des pentes abruptes du Pays basque, et qui rêveraient d’avoir des terres plates et fertiles comme celles-ci », dénonce Dominique Amestoy, président de Lurzaindia.

A l’entrée de Cambo-les-Bains, c’est bientôt gagné pour préserver 3,7 ha de « terres agricoles rarissimes » sur le territoire. Depuis 12 ans, les basques luttent de toutes les façons possibles face à un projet de logements porté par Bouygues immobilier. Dernière trouvaille en date : une bergerie « pirate » et 50 brebis ont été placées sur le terrain.

La défense des terres nourricières

Suite à l’expulsion du paysan qui gérait le terrain sur les terres de Marienia, les basques ont riposté. Ce dimanche 14 juin, 250 personnes se sont réunies pour bâtir une bergerie pirate, sous le regard placide du troupeau de 50 brebis installé dans la semaine.

Les brebis proviennent de différents troupeaux, ce qui montre l’adhésion forte de la communauté paysanne pour garder ces terres à vocation agricole. Anciens élus d’oppositions (Nahi Dugun Herria), paysans (Lurzaindia) et habitants (Ostia) ont uni leurs forces pour faire barrage aux bulldozers dans les tribunaux, et sur le terrain.

« Le collectif Ostia a rejoint la lutte depuis cinq ans parce que ce projet immobilier est une aberration terrible », explique Xam Coscarat pour La Relève et La Peste. « Ces trois hectares 800 sont devenus constructibles pour des intérêts d’argent. Or, le même champ, côté Itxassou, la commune attenante, est resté agricole ! 

Pose du toit de la bergerie – Crédit : Laurie Debove

La défense de Marienia est fondamentale pour nous, nos enfants et pour l’avenir. Alors que les rapports successifs du GIEC nous alertent sur les futures périodes d’insécurité alimentaire dues aux conséquences du changement climatique, détruire les terres agricoles est une folie. »

Dans les tribunaux, les porteurs de projet ont prétendu que ces terres n’avaient aucun intérêt agricole, ce qui leur a permis de gagner plusieurs manches, provoquant le courroux des paysans.

« Ce qui me révolte, c’est qu’il y a des paysans qui travaillent au péril de leur vie dans des tracteurs sur des pentes abruptes du Pays basque, et qui rêveraient d’avoir des terres plates et fertiles comme celles-ci », dénonce Dominique Amestoy, président de Lurzaindia, pour La Relève et La Peste.

L’association Lurzaindia a pour mission de lutter contre la spéculation pour préserver les terres agricoles, en les achetant pour installer ensuite de jeunes paysans, comme le fait Terre de Liens.

« Depuis plusieurs années, il y a ce qu’on appelle des hors-cadres familiaux qui arrivent et qui n’ont absolument rien, pas d’argent et aucune ferme familiale pour démarrer leur activité. Notre but est de les aider à se lancer », précise Dominique.

Dominique Amestoy à gauche, et Maryse Cachaut à droite – Crédit : Laurie Debove

La lutte contre la spéculation immobilière

Au Pays Basque Nord, entre 2011 et 2021, 1 827 hectares des terres agricoles ont disparu au profit du béton ou de la terre d’agrément.  La vigilance de Lurzaindia permet de lutter contre la spéculation immobilière et l’accaparement des terres agricoles par les promoteurs immobiliers.

« Historiquement, les paysans de l’arrière-pays, où il y a beaucoup de pentes, achetaient de la pâture sur la côte pour l’hiver. Maintenant, c’est devenu hors-de-prix et ils ne peuvent plus venir ici. On les a poussés, forcés à se retrancher au fond de leurs montagnes. Qu’est-ce qu’on veut comme Pays basque ? Notre travail, il touche aussi l’aménagement du territoire », raconte Dominique.

La révolte contre le projet immobilier a même empêché le maire sortant, Christian Devèze (en faveur du projet) d’être réelu. Peio Etxeleku, le nouvel édile, s’est publiquement opposé au projet ; tout comme Alain Iriart, le nouveau président de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque. La nouvelle municipalité a accueilli les paysans et habitants pour commencer des négociations avec Bouygues Immobilier.

Les brebis pâturent sur les terres de Marienia, dans le fond, la construction de la bergerie se poursuit – Crédit : Laurie Debove

« Notre objectif final, c’est d’obtenir que le classement des terres soit à nouveau agricole. Cela prendra du temps parce qu’il faudra que ce soit discuté au niveau des PLUI intercommunaux », détaille Maryse Cachenaut, agricultrice et membre de Lurzaindia.

Pour les défenseurs des terres nourricières, l’argument du besoin en logements est bidon. Il existe à Cambo des terres déjà urbanisées sur lesquelles des projets immobiliers peuvent être menés. Une étude récente réalisée par SOLIHA montre que Cambo compte 107 logements structurellement vacants.

Alors qu’une dernière action en justice doit être menée devant la cour de cassation, brebis rebelles, paysans et habitants sont bien déterminés à ne rien lâcher. Pour eux, « sacrifier la terre nourricière, c’est condamner les générations futures ».

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Laurie Debove

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