Dans son nouveau rapport, l’ONG Oxfam révèle comment les 100 plus grandes entreprises européennes alimentent les inégalités.
Des écarts de salaires hors-norme
Quatre domaines ont été étudiés : inégalités entre travailleurs et travailleuses, gouvernance d’entreprise, redistribution de la valeur créée et transition vers une économie à zéro émission nette.
Entre 2022 et 2024, les multinationales concernées ont en moyenne reversé plus de 70 % de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Certaines entreprises, comme Telefónica ou Zurich Insurance Group, ont même distribué davantage qu’elles n’avaient gagné.
Alors que l’Europe atteint des seuils de pauvreté alarmants et qu’un débat sur un SMIC européen est en cours, un PDG gagne en moyenne 78 fois plus qu’un salaire moyen, avec des écarts de rémunération inédits.
Entre 2022 et 2024, les PDG des plus grandes entreprises françaises gagnaient eux 68 fois plus que les salariés de leurs entreprises. Les écarts de rémunération les plus importants en 2024 ont été observés chez Carrefour, avec un ratio de 361 pour 1 ; chez Compass Group, de 352 pour 1 ; et chez Inditex, de 322 pour 1.
« Le PDG de Carrefour Alexandre Bompard remporte la palme avec un écart de 361 ! Est-ce qu’il est 361 fois plus performant que la caissière que vous croisez tous les jours quand vous faites vos courses ? Il est temps de retrouver la raison et de cesser de faire ruisseler les bénéfices des entreprises uniquement sur les actionnaires et les patrons de grands groupes », a réagi Alexandre Poidatz, porte-parole d’Oxfam.
Au titre de 2025, la rémunération du PDG était établie à 1,6 million d’euros, plus 3,04 millions d’euros selon des “critères de performance”. Soit jusqu’à 4,64 millions d’euros au total.
Les dividendes au détriment de l’écologie
L’Europe est loin de l’idéal pour les travailleurs qu’elle incarnait au tournant du XXᵉ siècle. Oxfam souligne qu’elle est aujourd’hui un terrain d’inégalités artificiellement entretenu par des décisions politiques.
« Nombre de leurs décisions contribuent à renforcer les inégalités. Lorsqu’une entreprise verse la majeure partie de ses bénéfices à ses actionnaires, accorde des rémunérations de plusieurs millions d’euros à ses PDG et relègue au second plan les salaires, l’égalité et la transition écologique, elle choisit un modèle qui profite à une poignée de privilégiés au détriment du plus grand nombre », a déclaré l’ONG Oxfam.
48 des 100 plus grandes entreprises européennes ont versé 42 fois plus en dividendes qu’en investissements pour la transition écologique. Alors même que les pays d’Europe ont pris des engagements climatiques à horizon 2050, les multinationales font cavalier seul.
Pour Alexandre Poidatz, porte-parole d’Oxfam sur les questions de régulation des multinationales : « Ce modèle économique marche sur la tête ! L’argent disponible existe. Les multinationales n’ont jamais enregistré autant de bénéfices, mais ceux-ci sont largement reversés aux actionnaires. »
Un patriarcat encore trop ancré
Bien que les droits des femmes semblent être une cause qui touche aujourd’hui une large partie de la population, le patriarcat reste bien présent dans l’univers des multinationales.
En 2024, les hommes gagnaient en moyenne 10,7 % de plus que les femmes en Europe, un chiffre qui monte à 12 % en France. Pour les postes à responsabilité, les écarts sont encore plus marqués.
Seulement 10 % de femmes occupaient des postes de direction, y compris les postes de directeurs exécutifs, présidents du conseil d’administration et PDG. Même lorsqu’elles atteignent le sommet d’une carrière, leur salaire reste 22,9 % inférieur à celui d’un homme.
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