En Albanie, la tension est palpable. À Tirana comme sur les côtes sauvages de l’Adriatique, des milliers de citoyens manifestent leur opposition à un projet touristique massif qu’ils surnomment “l’île de Trump”. Le slogan « L’Albanie n’est pas à vendre ! » est devenu le mot d’ordre d’un mouvement qui refuse de voir son patrimoine naturel sacrifié.
Un poumon écologique menacé
Ce projet, porté par Affinity Partners, la société d’investissement de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, est estimé à environ 1,4 milliard d’euros. Jared Kushner veut bâtir un complexe hôtelier de luxe sur des sites naturels extrêmement fragiles qui abritent des écosystèmes rares et protégés.
L’île de Sazan, ancienne base militaire longtemps tenue à l’écart du monde, est un massif calcaire resté intact, abritant une végétation méditerranéenne luxuriante. Ses falaises tombent directement dans la mer turquoise, abritant une faune marine protégée. L’île est devenue un écrin de biodiversité.
De son côté, la lagune de Vjosa-Narta est un sanctuaire majeur. C’est un immense écosystème de zones humides, de marais salants et de dunes. Ces zones jouent un rôle crucial en filtrant l’eau et en protégeant les côtes contre l’érosion.
Ce delta, véritable poumon écologique, constitue une étape migratoire indispensable pour des milliers d’oiseaux, dont les emblématiques flamants roses, et un refuge essentiel pour les tortues marines et la faune aquatique.

La lagune de Narta
La connivence du gouvernement albanais
Loin de vouloir protéger ce patrimoine naturel, le gouvernement d’Edi Rama a modifié, en 2024, la législation sur les zones protégées, accordant à l’entreprise de Jared Kushner le statut d’« investisseur stratégique ».
Ce cadre juridique simplifié permet d’accélérer les permis de construire et de sécuriser des accès au foncier public, une décision vécue par une grande partie de la population comme une braderie du patrimoine naturel au profit d’intérêts privés.
Jared Kushner justifie son projet par la création d’environ 1 000 emplois, mais cet argument peine à convaincre les opposants. Le dossier est désormais si sensible qu’il complique les relations avec l’Union européenne, qui surveille de près le respect par l’Albanie des normes environnementales et de l’État de droit dans le cadre de son processus d’adhésion.

Illustration du projet de développement proposé à Zvernec, en Albanie, par Affinity Global Development.
La résistance s’organise
Les rassemblements eux, qui ont commencé par quelques dizaines d’activistes locaux, ont rapidement grossi pour atteindre plusieurs milliers de citoyens, signe d’une colère devenue virale. Les citoyens, soutenus par des organisations écologistes, dénoncent une collusion entre le pouvoir en place et les investisseurs étrangers.
La contestation a pris une tournure juridique en juin 2026. La pression est devenue telle que le SPAK, le parquet spécialisé albanais chargé de la lutte contre la corruption, a ouvert une enquête sur les conditions d’attribution des terrains et la transparence des titres de propriété dans la zone.
À Tirana les 1er et 2 juin derniers, ils étaient presque 5000 à défiler pour protester contre l’opacité du projet et les risques environnementaux. Les citoyens sont décidés à ne pas lâcher les politiques pour leur faire entendre raison.
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