La proposition de loi du député Benoît Biteau visant à protéger la population des effets néfastes sur la santé du cadmium, métal lourd auquel nous sommes exposés principalement via l’alimentation, a recueilli l’adhésion des députés ce 3 juin, avec 144 voix pour et 22 voix contre. Une première victoire en première lecture à l’Assemblée nationale avant l’examen au Sénat de ce texte, qui prévoit d’abaisser la teneur en cadmium dans les engrais.
« Le cadmium est un métal lourd que l’on retrouve dans les fertilisants organo‑minéraux phosphatés. Il s’accumule dans les sols, migre dans les plantes, avant d’imprégner directement notre alimentation de base : le pain, les céréales du petit‑déjeuner, les pâtes, les pommes de terre… », est-il rappelé dans la proposition de loi visant à protéger les Français de l’exposition au cadmium par l’alimentation, portée par Benoît Biteau et Clémentine Autain du groupe Écologiste et Social et adoptée par la commission des affaires économiques le 27 mai.
La droite et les macronistes s’étaient montrés hostiles à ce texte, mais les députés ont finalement majoritairement voté pour et les amendements qui auraient affaibli sa portée n’ont pas été adoptés.
Sans surprise, le Rassemblement national a voté contre, tout comme deux députés du groupe Union des droites pour la République (UDR) et un du groupe La Droite républicaine. Un fort taux d’absence est à souligner dans l’hémicycle au moment du vote.
À la veille de l’examen du texte à l’Assemblée nationale, un rassemblement s’est tenu aux Invalides à Paris à l’initiative de l’activiste Camille Étienne afin d’exiger une réglementation à la hauteur des enjeux sanitaires.
En présence notamment d’Alexandre Roussel qui a perdu sa mère d’un cancer du pancréas en décembre et qui est à l’origine d’une pétition contre le cadmium. Selon Santé publique France, ce métal lourd – considéré comme cancérogène certain depuis 1993 – est en effet suspecté de jouer un rôle dans l’explosion des cas de cancer du pancréas en France.
Abaisser les seuils de cadmium dans les engrais au plus vite
La proposition de loi prévoit d’abaisser dès 2027 les seuils de la teneur en cadmium dans les engrais phosphatés, avec une réduction progressive : un seuil à ne pas dépasser de 40 mg/kg d’anhydride phosphorique (P₂O₅) dès le 1er janvier 2027 et un seuil de 20 mg/kg dès le 1er janvier 2030.
Le seuil de 20 mg/kg est recommandé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) depuis 2019. Pourtant, la France autorise encore aujourd’hui un taux de 90 mg/kg, alors qu’au niveau européen, le seuil maximal est de 60 mg/kg pour les produits ayant le marquage CE.
Mais au lieu de se conformer au plus vite aux recommandations de l’Anses, le gouvernement avait mis en consultation publique fin mai un projet d’arrêté prévoyant d’abaisser le seuil à 60 mg en 2027 puis à 40 mg/kg en 2030 et enfin à 20 mg/kg en 2038.
La population française surexposée
Au-delà du son effet cancérogène, l’exposition au cadmium est aussi associée au risque d’insuffisance rénale, d’ostéoporose, de maladies vasculaires, d’infertilité… Les médecins libéraux de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) n’hésitent pas à parler de « bombe sanitaire ».
Comme l’a rappelé l’Anses en mars, la population française est surexposée à ce métal lourd par le biais de l’alimentation. Les enfants sont les premiers concernés par cette contamination.
En 2024, La Relève et La Peste alertait déjà sur le fait que les Français sont particulièrement contaminés au cadmium par rapport à leurs voisins européens, du fait du recours important à des minéraux importés, notamment du Maroc, où les teneurs en cadmium sont très élevés.
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