Depuis trois ans, les habitants de la ville de Greystones, située au sud de Dublin en Irlande, ont décidé collectivement de préserver les enfants de moins de 13 ans des smartphones pour diminuer leur anxiété.
« Nous ne cherchons pas à priver les enfants », assure Rachel Harper, directrice de la St Patrick’s National School de Greystones, à l’origine du projet, décrit par la journaliste britannique Judith Woods dans The Sunday Telegraph et repris dans Courrier international.
« Il s’agit plutôt de repousser l’acquisition du premier smartphone jusqu’à ce qu’ils disposent des outils nécessaires pour évoluer dans le monde virtuel. »
Après les confinements successifs liés au Covid-19, l’enseignante dresse un constat sans appel : ses élèves sont plus stressés, plus angoissés et manquent d’énergie par rapport à la période d’avant Covid.
Avec l’aide de ses collègues de sept autres écoles primaires de la commune de 22 000 habitants, Rachel Harper envoie un questionnaire à toutes les familles : plus de la moitié des parents rapportent de l’anxiété chez leurs enfants.
L’initiative « It takes a village » – en référence au célèbre adage « Il faut tout un village pour élever un enfant » – voit alors le jour, avec l’objectif de préserver les enfants et préadolescents du stress des réseaux sociaux, mais aussi de les y préparer.
Une réunion publique organisée en 2023 fait salle comble, témoignant de l’intérêt de tous – parents, représentants des associations sportives locales, médecins généralistes et habitants – pour ce projet. Depuis, l’ensemble de la bourgade joue le jeu. Paddy Holohan, le gérant d’un supermarché local, a ainsi prévenu chaque école primaire qu’en cas de problème les enfants pouvaient se réfugier dans sa boutique.
Des ateliers de sensibilisation
L’« interdiction » des smartphones aux moins de 13 ans repose avant tout sur une démarche volontaire de la part des parents, qui s’engagent auprès des écoles à ne pas acheter à leurs enfants de téléphone permettant un accès à Internet avant leur entrée au collège.
Dès le début du projet, 70 % des familles ont accepté de jouer le jeu. Les parents n’ont pas été difficiles à convaincre alors qu’eux-mêmes ont constaté l’impact négatif des smartphones sur leurs enfants.
« Ils avaient du mal à dormir après être restés trop longtemps sur leur téléphone le soir, et arrivaient épuisés ou trop perturbés par les messages envoyés la veille pour se concentrer en classe », raconte Rachel Harper.
L’initiative « It takes a village » comprend également des ateliers de sensibilisation adressés aux enfants afin qu’ils comprennent l’intérêt d’attendre avant d’avoir un smartphone, leur adhésion étant essentielle pour que le projet soit un succès. Le fait que la plupart des enfants n’aient pas de smartphone facilite l’acceptation.
« Nous avons volontairement créé un modèle très simple, pouvant être reproduit n’importe où », estime Rachel Harper. « Vu comme les Européens sont investis, je vois bien des initiatives similaires à Barcelone ou à Paris. »
Et l’initiative est un succès. Désormais, les jeunes se retrouvent aux événements sans téléphones organisés par la mairie, comme des fêtes sur la plage, au Greystones Youth Café (sans écrans), ou dans les nombreux clubs de sport. Et bien entendu, ils jouent plus souvent dehors, un bonheur grâce aux forêts et aux plages alentours.
A la place d’un smartphone, certains enfants ont un téléphone à clapet qui leur permet de rester joignables pour leurs parents, sans tomber dans le piège des réseaux sociaux.
« On leur laisse un peu plus de temps pour être des enfants ! », précise Rachel Harper à FranceInfo. « Ils arrivent au collège plus matures avec une vraie capacité à résoudre les problèmes et un meilleur esprit critique. »

La ville de Greystones compte 26 323 habitants
En France, une proposition de loi
Si les réseaux sociaux ne peuvent expliquer à eux seuls le mal-être des jeunes, les habitants de Greystones sont convaincus qu’ils y contribuent. Les réseaux sociaux favorisent notamment le harcèlement et l’accès à des contenus pornographiques ou violents et sont conçus de manière à rendre addicts les utilisateurs.
Alors que l’Australie interdit les réseaux sociaux au moins de 16 ans depuis fin 2025, la France envisage de fixer un seuil à 15 ans. Une proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux doit faire l’objet d’une commission mixte paritaire afin de trouver un texte de compromis entre sénateurs et députés. Des discussions sont également en cours au niveau européen.
Dans un rapport publié en 2024, la Commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans préconise que les enfants de 13 ans et plus disposant d’un téléphone connecté ne puissent accéder aux réseaux sociaux, et qu’à partir de 15 ans, « l’accès aux réseaux sociaux soit limité à ceux pourvus d’une conception éthique », « garantissant notamment l’absence de mécanismes addictogènes ».
L’utilisation des écrans est néfaste pour la santé des enfants et adolescents, favorisant notamment les déficits de sommeil, la sédentarité, l’obésité et les pathologies chroniques associées, est-il indiqué dans ce rapport.
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