Dans l’Oregon, l’un des plus grands centres américains de recherche sur les singes pourrait devenir un sanctuaire. Dans l’Oregon, le vent tourne pour l’expérimentation animale. À Beaverton, l’un des plus grands centres américains de recherche sur les primates pourrait abandonner les tests sur les singes et devenir un sanctuaire.
Le 9 février, le conseil d’administration de l’université de santé de l’Oregon a approuvé l’ouverture de négociations avec les autorités sanitaires fédérales. Une première dans le paysage scientifique américain.
Le site abrite près de 5 000 primates. Soit, plus de 5 % des singes utilisés dans la recherche biomédicale du pays. Parmi eux figurent notamment des macaques rhésus, des babouins et des saïmiris. Son budget annuel avoisine les 60 millions de dollars, financés à 84 % par l’État fédéral. Un modèle désormais fragilisé par les menaces de coupes budgétaires de l’administration Trump.
Pour autant, le rideau ne tombe pas encore. Six mois de négociations s’ouvrent entre l’université et le NIH, agence fédérale chargée du financement biomédical. En attendant, la plupart des programmes de reproduction seront gelés. « Il s’agit de l’initiation d’un processus. Pas d’une décision définitive », a souligné Shereef Elnahal, président de l’université cité par Science.
Vers la fin des tests sur les primates ?
Cette bascule accompagne une transformation plus large de la recherche. Organes sur puce, intelligence artificielle, modélisation informatique… Les alternatives gagnent du terrain et relèguent peu à peu l’expérimentation animale à l’arrière-plan.
Le centre porte aussi les cicatrices d’une longue série de scandales. En 2020, deux singes sont morts après avoir été placés par erreur dans une machine de lavage de cages. Trois ans plus tard, un bébé macaque a été tué par une porte défectueuse. Des accidents qui ont profondément terni la réputation du site. « Leur bilan est l’un des pires que j’aie vus », tranche Delcianna Winders, professeure et spécialiste du droit animal, interviewée par Vox.
Transformer ce géant de la recherche en sanctuaire coûterait toutefois une certaine somme. Entre 220 et 291 millions de dollars sur huit ans, selon un rapport commandé par l’université. Notamment pour aménager de vastes enclos extérieurs.
L’affaire dépasse largement les frontières de l’Oregon. Elle fracture la recherche biomédicale américaine. Les défenseurs des expérimentations sur les primates rappellent leur rôle dans les vaccins, les traitements contre le VIH ou les thérapies neurologiques.
Les opposants, eux, dénoncent des modèles biologiquement imparfaits. « Les humains ont 46 chromosomes, les macaques rhésus en ont 42. Ces différences ne sont pas abstraites », insiste la pathologiste Melissa Lee, citée par l’Oregon Public Broadcasting.
La France à contre-courant
Le précédent existe. En 2015, Harvard avait fermé son propre centre de recherche sur les primates après plusieurs controverses sur les conditions de détention des animaux. Dix ans plus tard, l’Oregon pourrait devenir le nouveau symbole d’un virage historique.
À rebours, la France suit une trajectoire inverse. En mai 2026, plusieurs chercheurs ont alerté sur le projet du CNRS visant à tripler les capacités de son élevage de primates à Rousset, près de Marseille, avec l’objectif d’atteindre 1 800 singes et de fournir jusqu’à 250 macaques par an aux laboratoires français d’ici 2032.
« C’est complètement l’inverse. C’est frappant », résume le médecin et chercheur en santé publique Roland Cash. « En Allemagne et au Royaume-Uni, ils utilisent une centaine de primates par an pour la recherche. En France, on est à 700 », poursuit-il auprès de La Relève et la Peste. Une fuite en avant, selon lui.
« On ne dit pas qu’on doit être à zéro. Mais la plupart des expériences consistent à leur implanter des électrodes dans le cerveau pour étudier l’apprentissage, la mémoire…. Est-ce que ça justifie de faire souffrir des primates pour ça ? ».
Et la facture s’annonce lourde. « Le CNRS devra assumer environ 5 millions d’euros par an pour faire fonctionner l’élevage », souligne Virginie Courtier-Orgogozo, directrice de recherche au CNRS. Les ventes d’animaux ne rapporteraient, elles, que 2 à 3 millions d’euros par an. « Le centre resterait donc structurellement déficitaire. », précise la biologiste à La Relève et la Peste. Pour Roland Cash, cette charge « va peser sur toutes les autres activités de recherche du CNRS ».