Le tribunal de Bordeaux a condamné, lundi 4 mai, 17 trafiquants à des peines de prison pour leur participation à un vaste trafic international de civelles. Alors que ces alevins d’anguille sont lourdement menacés de disparition, ce réseau avait réussi à en exporter près d'une tonne vers l'Asie entre mars et mai 2019. L’ensemble des prévenus a été déclaré coupable.
Entre mars et mai 2019, ce réseau de trafiquants a illégalement transporté près d’une tonne de civelles pour un butin estimé entre 800 000 et plus d’un million d’euros. Lors de l’audience, les prévenus avaient tenté de minimiser leurs crimes, prétextant “qu’il ne s’agissait pas d’un trafic de stupéfiants”.
“Ce trafic est l’une des causes qui menace tout simplement la survie de l’espèce, avec la pêche légale, les obstacles dans les cours d’eau, et les polluants”, a rétorqué Anne Roques, juriste de France Nature environnement.
Leur trafic s’étendait du Portugal à la Chine, en passant par le Vietnam et la France, notamment depuis les ports de Nantes et Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique. A Culin, en Isère, les enquêteurs ont découvert des bassins destinés à accueillir temporairement les anguilles juvéniles. C’est l’arrestation par la douane d’un taxi portugais, avec à son bord un client venu d’Asie et se dirigeant vers l’Auvergne, qui a révélé l’affaire. La mule avait dans ses valises 68 kg de civelles qu’il souhaitait revendre au Vietnam et en Malaisie.
Face à l’ampleur du trafic, 14 mules et 3 têtes de réseau ont été lourdement condamnées. Les organisateurs ont écopé à des peines de prison allant de deux à cinq ans de prison. Les mules, quant à elles, de 18 mois de prison avec sursis.
En plus des peines de prison, des dommages et intérêts évalués à 552 000 euros “dont 450 000 au titre du préjudice écologique”, se félicite FNE, ont été imposées. Les accusés doivent également payer une amende d’un million d’euros.
Contre 1 000 euros par voyage, les « mules avaient » pour mission de transporter les civelles de la France vers l’Asie.En Asie, chaque kilo s’achète de 1500 euros à 4000 euros. Alors que l’anguille est en danger critique d’extinction selon l’UICN.
La quantité d’anguilles présentes dans les eaux françaises a chuté de 75% en 30 ans. Cette condamnation exemplaire veut servir d’avertissement.
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