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Après 40 ans, un papillon qu’on croyait éteint est réapparu sur la Côte d’Azur

« Les suivis ont apporté une confirmation majeure : l’observation d’une femelle prête à pondre ainsi que d’œufs et de chenilles attestent du caractère autochtone de l’espèce sur le territoire français. »

Dans un climat délétère où les actualités nous vrillent les tripes, certaines nouvelles passent inaperçues et pourtant elles existent. Porteuses d’espoir, elles nous rappellent que préserver le Vivant est vital : non seulement pour que toute forme de vie perdure sur Terre mais aussi pour que la beauté du monde continue à réchauffer nos cœurs. Après avoir été porté disparu durant 40 années, le papillon l’Hespérie du barbon (Gegenes pumilio) a été aperçu en avril 2026 dans la région PACA.

Un papillon qui n’avait pas été vu depuis 1984

Ce petit papillon de jour au camouflage marron/gris est connu de l’Afrique du Sud et du littoral méditerranéen : Italie, Grèce et, en France, exclusivement dans le Var et les Alpes-Maritimes. Il n’avait plus été observé en métropole depuis 1984, ce qui en avait fait une espèce classée éteinte (RE) dans la liste rouge régionale réévaluée en 2024.

Ladite espèce fait également partie de celles ciblées par la déclinaison régionale du Plan national d’actions papillons de jour et zygènes. Il réside dans des milieux rocheux, chauds et secs. En France, il n’était historiquement connu que dans le littoral varois (83) et les Alpes-Maritimes (06).

« C’est une espèce plurivoltine. Contrairement à celles qui se reproduisent sur une seule génération, ce papillon le fait sur 3 ou 4 générations par an », explique le naturaliste Melvyn Guillot Jonard pour La Relève et La Peste.

Dans le cocon de la chenille a lieu la nymphose, c’est-à-dire la transformation en nymphe, appelée chrysalide, d’où elle ne ressortira que l’année d’après. C’est ainsi que naît la première génération de papillons. Ces derniers vont prendre leur envol et pondre des œufs. Les chenilles vont de nouveau éclore, manger, se nymphoser et redevenir papillons : un magnifique cycle vertueux.

Cependant, pour que ce processus puisse se faire correctement, deux plantes hôtes sont essentielles à ce papillon car elles nourrissent la chenille : l’Hyparrhenia hirta et l’Hyparrhenia sinaica, deux grandes graminées méditerranéennes.

« Le petit souci, c’est que les plantes vont sécher en plein cœur de l’été. Sur les falaises littorales des Alpes-Maritimes et du Var, en plein cagnard, tout va complètement sécher et il n’y a plus de feuilles vertes pour que la chenille puisse se nourrir », explique Melvyn, animateur régional du PNA en faveur des papillons de jour et des zygènes, pour La Relève et La Peste.

Autrefois, lorsque ce petit papillon n’était pas menacé, il se trouvait en général près des zones de résurgence, dans des falaises ou des endroits avec un peu plus de sol, de petits suintements permettant à certaines plantes de rester vertes pour la génération intermédiaire. Aujourd’hui, ces zones n’existent plus.

Les raisons ? La bétonisation et l’artificialisation intensive de la Côte d’Azur, ainsi que les incendies à répétition qui ont complètement modifié et abîmé le paysage. Ce sont les deux premières qui ont massivement contribué à sa disparition. Une autre cause, un peu moins connue, est celle des collectionneurs de papillons.

« Ces naturalistes capturent les papillons pour les épingler et en faire des tableaux. C’était une pratique très répandue. Forcément, quand il reste quelques stations et qu’il y a des gens qui viennent tout prélever, cela condamne les populations restantes », rapporte Melvyn.

Une redécouverte porteuse d’espoir

Lors d’une étude d’impact menée par les naturalistes Gaëtan Jouvenez et Samuel Guiraudou du bureau d’études Naturalia Environnement, des prospections ont permis de caractériser la station et d’en préciser les enjeux.

Selon le Conservatoire d’Espaces naturels de Provence Côte d’Azur : « les suivis ont apporté une confirmation majeure : l’observation d’une femelle prête à pondre ainsi que d’œufs et de chenilles attestent du caractère autochtone de l’espèce sur le territoire français. »

La population identifiée se situe sur un replat de falaise littorale ne couvrant que quelques mètres carrés. Il s’agit du seul secteur environnant présentant suffisamment de sol et d’humidité pour permettre aux plantes hôtes de conserver des feuilles vertes consommables par les chenilles, même en plein cœur de l’été.

Suite à cette découverte, il a été conclu qu’il y aurait de grandes chances pour que cette espèce n’ait jamais disparu. Le site où elle a été redécouverte est une falaise inaccessible au public, nécessitant un équipement professionnel pour l’atteindre.

Des programmes de conservation

Des prospections participatives vont être lancées en 2026 dans le cadre de la déclinaison régionale du Plan national d’actions papillons de jour et zygènes. Elles seront animées par le CEN PACA afin de localiser d’éventuelles nouvelles populations, et d’améliorer les connaissances sur l’espèce.

Le but : mettre en place un programme de conservation à la hauteur des enjeux. Le CEN étudiera les abords de mer des Alpes-Maritimes, tandis que la LPO prospectera en fin de saison sur la côte varoise.

« Cela nous a réappris à regarder le milieu, l’habitat et où aller le chercher. Nous sommes en train de cartographier les dernières zones potentielles de l’espèce qu’il faut absolument visiter », témoigne Melvyn.

Une fois les programmes de conservation mis en place, d’autres actions autour de la protection des dernières stations et du renforcement des populations sont à envisager. À ce stade, les équipes cherchent avant tout à mieux connaître l’espèce et ce qui se passe sur le territoire.

Une histoire qui démontre comment laisser des habitats propices aux espèces est indispensable pour les protéger. Il est grand temps de faire un pas en arrière pour laisser de la place au Vivant.

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Liza Tourman

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