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Les municipales vont définir la moitié des futurs sénatrices et sénateurs

Avec le bulletin secret et la désignation arbitraire de délégués, les élections sénatoriales sont souvent jugées opaques, voire contre-démocratiques. Elles participent à la création d’alliances entre élus municipaux et partis politiques traditionnels, favorisant les tractations politiques au détriment de l’intérêt général.

Fait trop méconnu, en France, les élections municipales décident à 95% des sénatrices et sénateurs, élus au suffrage universel indirect à bulletin secret. Et cette année, les enjeux sont forts : les futurs élus municipaux vont renouveler la moitié des sénateurs en septembre 2026.

Le renouvellement des Sénateurs

En France, la chambre haute du Parlement n’est pas choisie directement par les citoyens, mais par les grands électeurs. Ils sont près de 162 000, votent à bulletin secret et n’ont pas le droit de s’abstenir, sous peine d’une amende de 100 euros.

Ces grands électeurs sont composés de députés, sénateurs sortants, conseillers régionaux et départementaux. Mais l’écrasante majorité de ce corps électoral est formée, à près de 95 %, d’élus municipaux ou de délégués désignés par les conseils municipaux. C’est pourquoi les observateurs politiques ont l’habitude de dire que « les municipales font les sénatoriales ».

« Dans les communes de moins de 9 000 habitants, seuls quelques membres des conseils municipaux votent. Dans les villes moyennes, tous les conseillers municipaux deviennent grands électeurs. Dans les grandes agglomérations de plus de 30 000 habitants, des délégués supplémentaires sont désignés par tranche de 800 habitants. Ces délégués sont des personnes de confiance, choisies généralement pour leur proximité politique avec les conseillers municipaux qui les désignent », explique Public Sénat.

Depuis 2011, les 348 sénateurs sont élus pour un mandat de 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans, en alternance entre deux séries : la série 1 (170 sièges) et la série 2 (178). La date exacte des élections est fixée par décret, habituellement le troisième dimanche de septembre.

Parmi les sénateurs polémiques, cette année, Bruno Retailleau le président de LR, se représentera en Vendée. Il a été élu pour la première fois sénateur en 2004. Une longévité permise par le système particulier du Sénat, conçu pour être « la chambre des territoires », là où l’Assemblée nationale est censée représenter les intérêts des citoyens.

Un Sénat éloigné de la population

Avec le bulletin secret et la désignation arbitraire de délégués, les élections sénatoriales sont souvent jugées opaques, voire contre-démocratiques. Elles participent à la création d’alliances entre élus municipaux et partis politiques traditionnels, favorisant les tractations politiques au détriment de l’intérêt général.

« L’absence totale de la représentativité des sénateurs sur la diversité de la population est également l’une des choses qui génère de la distance avec les citoyen.ne.s », pointe Floraine de Victoires Populaires pour La Relève et La Peste.

Face à l’enjeu démocratique, le mouvement citoyen Victoires Populaires a fait des sénatoriales un message fort de plaidoyer politique, pour inciter les français à voter. Il veut insuffler des mesures d’écologie et de justice sociale à tous les échelons décisionnels en France, et faire barrage à l’extrême droite. Les Victoires Populaires ont ciblé une centaine de communes dites « pivots », c’est à dire à quelques voix de basculer à gauche ou à droite.

« Par nos actions sur le terrain, on a réalisé que très peu de personnes se rendent compte du double-enjeu des municipales 2026 », explique Floraine. « Or, les élus municipaux pour qui nous allons voter vont choisir ensuite la moitié des membres du Sénat. »

Le lien fort entre municipales et sénatoriales a été démontré plusieurs fois dans l’histoire politique récente. En 2011, le Sénat a basculé à gauche pour la première fois sous la Ve République, trois ans après de bons scores aux municipales. Puis en 2014, la droite a reconquis la majorité suite à ses victoires aux élections municipales.

La cartographie des Victoires Populaires sur les communes pivots

Les enjeux des sénatoriales

En septembre 2026, ce sont les 178 sénateurs de la série numéro 2 qui vont être renouvelés, ceux élus en 2020. Cela comprend 63 circonscriptions (départements) : de l’Ain (n°1) à l’Indre (n° 36), ainsi que du Bas-Rhin (n°67) au Territoire de Belfort (n°90). En Outre-mer, la Guyane, les îles Wallis et Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et la Polynésie française sont concernés.

Les partis politiques, à travers les municipales, briguent donc des sièges pour les sénatoriales. Les éternelles divisions de la gauche ont fait rater le coche à La France insoumise en 2023, et fait perdre une dizaine de sénateurs potentiels pour la gauche. Or, le Sénat étant une étape incontournable de la navette parlementaire, il est essentiel d’y avoir des forces pour valider des projets de loi ambitieux et structurants.

De son côté, en 2026, le RN espère atteindre les dix sénateurs, ce seuil permettant de créer un nouveau groupe parlementaire au Sénat, et d’en recomposer les forces. Actuellement, il y a seulement 3 sénateurs RN. Preuve de l’importance de ce scrutin, un directeur de campagne spécifique aux sénatoriales, Ludovic Pajot, a été nommé. Cet ancien député est maire de Bruay-la-Buissière, conseiller départemental du Pas-de-Calais et préside le conseil des élus locaux du RN.

Parmi les départements visés par le RN, ainsi que le dévoile le sénateur RN Aymeric Durox : le Var, le Vaucluse, les Alpes-Maritimes, le Tarn-et-Garonne, la Gironde ou encore les Bouches-du-Rhône. Les Bouches-du-Rhône est un département particulièrement épineux, puisque le sénateur Stéphane Ravier sortant a quitté le RN pour partir chez Reconquête.

Pour obtenir des sièges de sénateurs, le RN espère remporter « plusieurs dizaines de mairies » en mars, dont quelques grandes villes comme Toulon, Marseille, Nîmes ou Nice avec leur allié (UDR) Éric Ciotti. Surtout, le RN n’a pas besoin d’avoir des maires, car des conseillers municipaux suffisent, même dans l’opposition.

Aymeric Durox a ainsi été élu sénateur RN en 2023 dans le département de Seine-et-Marne, où il n’y aucun maire officiellement RN. Il est impossible pour les habitants de savoir pour quel sénateur chaque élu municipal a voté, puisque le vote est tenu secret. « Autrement dit, il y a un vote caché pour le RN chez les élus locaux », résume Public Sénat.

Les pouvoirs des sénateurs

Pour atteindre son objectif, le parti à la flamme a promis son soutien aux futurs élus « sans étiquette » qui s’engagent, via une charte qui n’a pas de succès pour l’instant, à lui donner leurs suffrages aux élections sénatoriales de septembre 2026, ainsi que leurs parrainages pour la présidentielle 2027.

En effet, le Sénat est une chambre d’enregistrement de l’exécutif quand les familles politiques sont alignées. Actuellement, il est devenu un rouage central du macronisme. En témoignent le nombre de sénateurs présents dans les derniers gouvernements au pouvoir : neuf sénateurs sous Michel Barnier – un record sous la Ve République – et huit sénateurs (ou anciens sénateurs) sous François Bayrou.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir Bardella au pouvoir en 2027 avec le Sénat entre les mains », assène Floraine des Victoires Populaires. « Le Sénat a un véritable poids sur la répartition du budget national ou sur les droits humains comme la constitutionnalisation de l’IVG. Le niveau de méconnaissance de ces enjeux chez les citoyens est disproportionné par rapport au pouvoir du Sénat. »

Ainsi, la très controversée loi Duplomb a été propulsée au centre du jeu législatif par le Sénat, malgré une opposition massive de la société civile. Après y avoir été voté aisément, son passage à l’Assemblée Nationale a fait l’objet d’une stratégie de contournement du débat, afin d’être envoyé en Commission Mixte Paritaire (CMP), où la prédominance de la droite a assuré son adoption.

« Si nous voulons éviter que des élu·es, allié·es des pesticides (Duplomb, RN…) siègent au Sénat, il nous faut absolument aller voter et faire voter les 15 et 22 mars et ce dès le premier tour partout en France », partage Finette, impliquée dans les Victoires Populaires, pour La Relève et La Peste.

Pas de chance, le sénateur Laurent Duplomb fait partie de la série 1, il est encore là pour trois ans, tout comme Franck Menonville avec qui il a créé cette loi. En revanche, Dominique Estrosi Sassone (sénatrice des Alpes-Maritimes, LR), en faveur des néonicotinoïdes, va devoir remettre son poste de sénatrice en jeu.

 « Pour moins de Duplomb (au Sénat) et plus de pognon (pour le bio !), votons les 15 et 22 mars! », conclut Finette.

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Laurie Debove

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