Alors qu’elle se rendait au festival BD Colomiers, la dessinatrice italienne Elena Mistrello a été arrêté à Toulouse en descendant d’avion. La police française l’a renvoyé en Italie au motif qu’elle représenterait « une menace grave pour l’ordre public français »
C’est un choc pour la dessinatrice italienne de BD, Elena Mistrello. Invitée au festival BD Colomiers, elle devait dédicacer les exemplaires de l’édition française de Syndrome Italie (Ed. Presque Lune), ouvrage primé en Italie, qui met en lumière les conséquences de l’immigration chez des femmes de l’Est.
Hélas, elle a été reçue par un dispositif policier auquel elle ne s’attendait pas. Trois agents de la police nationale lui ont donné l’ordre de quitter le territoire français sur le champ. En cas de refus, ils l’ont menacé de l’envoyer dans un centre de rétention administrative pour migrants.
Le pire, c’est que la raison précise de cette interdiction de territoire n’a pas été donnée à Elena Mistrello. Elle a simplement reçu « une sorte de procès-verbal » dans l’avion de retour, lui signifiant qu’elle représente « une menace grave pour l’ordre public français », sans d’autres explications.
La seule chose qui lui vienne à l’esprit, c’est sa participation en juin 2023 aux commémorations des dix ans du meurtre de Clément Méric, un jeune antifasciste assassiné à l’âge de 18 ans par trois extrémistes de droite. Malgré l’absence de tensions lors de l’hommage, plusieurs ressortissants italiens qui avaient honoré sa mémoire avaient ensuite eu des soucis aux frontières. A la connaissance d’Elena, elle est la première à subir une telle interdiction de territoire.
Elena Mistrello souligne « la gravité de ce qu’il s’est passé : si d’une part, je pense que la dérive autoritaire et répressive des États européens à l’encontre des militants et des activistes politiques est désormais évidente pour tous, d’autre part, je constate une dérive arbitraire croissante de la part des forces de police, qui peuvent décider sans explication de vous renvoyer chez vous simplement parce que vous êtes “indésirable”, créant ainsi un système de contrôle et de surveillance fondé non sur des faits, mais sur des opinions et des fréquentations ».
Face à la gravité de l’affaire, l’illustratrice va à présent tirer au clair les raisons précises de cette interdiction de territoire, avec des personnes compétentes en matière de jurisprudence française.
Le SNAC (Syndicat National des auteurs et des compositeurs) a interpellé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez : « de par les règles établies au sein de l’Union européenne et de l’espace Schengen dont nos deux pays (France et Italie) font partie des membres fondateurs, souhaitez-vous faire valoir qu’écrire ou dessiner des livres pourrait dorénavant motiver de tels actes d’autoritarisme, c’est-à-dire d’empêcher la liberté de déplacement des citoyen·nes européen·nes ? »
Une chose est sûre, cet événement représente un réel péril démocratique en France. Alors que les militants écolos sont déjà de plus en plus durement réprimés, l’antifascisme va-t-il être considéré comme un mouvement terroriste, à l’image de ce qu’il se trame aux États-Unis ? Triste pays que celui qui criminalise les personnes défendant les droits humains.