A la recherche de recettes, le projet de loi de finances 2026 proposait de revenir sur certains avantages fiscaux accordés aux biocarburants. Le principal bénéficiaire de la niche fiscale, le groupe Avril, dirigé par Arnaud Rousseau, également président de la FNSAE, a mené une offensive auprès de l’Assemblée nationale, aboutissant au maintien de la niche.
Une loi sur-mesure pour le groupe Avril
Sous l’impulsion du syndicat de l’agro-industrie, une vingtaine d’amendements ont été déposés par des députés allant du centre jusqu’à l’extrême droite pour conserver la niche fiscale.
« Les filières françaises des biocarburants agricoles sonnent l’alarme », déclarait la FNSEA avant le vote.
Le 3 novembre 2025, l’Assemblée nationale a accepté de conserver cet avantage fiscal. Les députés, y compris de la majorité, ont invoqué l’impact sur le prix à la pompe, le transport routier, les exploitations agricoles et l’emploi dans les territoires.
La France est le quatrième producteur mondial de biocarburants (5 % de la production mondiale) après les États Unis, le Brésil et l’Allemagne. Un secteur considéré comme stratégique par l’État français.
L’un des principaux acteur de la filière des oléagineux et biocarburants en France est le groupe Avril, qui produit, via sa filiale Saipol, le biocarburant B100 sous la marque Oleo100 : « 100 % colza français, 100 % renouvelable ».
« Cette niche, que j’appellerai la niche Rousseau (…), coûte environ 130 millions d’euros, dont 85 millions vont dans la poche du groupe Avril. Étrange ! », assène la députée écologiste Lisa Belluco.
Lutte Ouvrière parle d’« un avantage fiscal sur-mesure » pour le groupe, qui a investi massivement dans ses usines de transformation et dans l’industrialisation du biocarburant : plus de 500 millions d’euros investis en 2024.
Deux biocarburants visés
Deux dispositifs phares étaient concernés : la suppression du tarif particulier du B100, carburant 100 % biodiesel à base de colza français, utilisé principalement par les transports lourds ; la réduction progressive de l’avantage fiscal lié au E85, carburant à forte teneur d’éthanol, produit notamment à partir de betterave, maïs ou blé en France.
Selon une estimation de Lutte Ouvrière, la fin du tarif particulier du B100 représenterait un manque à gagner budgétaire d’environ 130 millions d’euros. Outre cet avantage, la filière bénéficie de certificats environnementaux, ce qui renforce la rentabilité du dispositif pour certains producteurs.
Le biodiesel, qui représente 73 % de la consommation de biocarburants, est composé en majorité d’esters méthyliques d’acides gras (EMAG) d’origine végétale, animale ou issus d’huiles usagées. Ces derniers peuvent être incorporés au gazole fossile ou directement utilisés sous forme de B100 dans des flottes captives de poids lourds avec des moteurs adaptés.
Les bioessences représentent 25 % de la consommation de biocarburants, principalement sous forme d’éthanol pur. Les incorporations de biokérosène dans les carburants d’aviation, qui ont débuté en 2022, représentent 2 % de la consommation de biocarburants en 2024.
Des bombes écologiques
Ces avantages coûteux sont critiqués pour leurs impacts environnementaux. La combustion des biocarburants émet 16% d’émissions de CO2 de plus que celle des énergies fossiles, selon la Fédération européenne pour le transport et l’environnement.
Les carburants de « première générations » sont produits à partir de cultures destinées traditionnellement à l’alimentation, alors que les carburants de « deuxième génération » sont élaborés à partir de matières premières non alimentaires, comme les huiles de fritures usagées, les graisses animales, les marcs de raisin, ou les lies de vin.
Des chiffres à mettre en relation avec l’étendue des terrains agricoles qu’il faut pour produire les biocarburants. Cette dernière pourrait atteindre 52 millions d’hectares à l’échelle mondiale en 2030, soit la superficie de la France.
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