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Yvelines : 105 hectares de terres agricoles sauvées après 25 ans de lutte

« Nous ne sommes pas contre un projet, nous sommes POUR la défense des terres, de l’eau, des emplois, des biens collectifs extrêmement importants comme les nappes phréatiques. Notre lutte est emblématique car les industriels se croient souvent tout permis et n’hésitent pas à en profiter. Tout a changé quand petits et grands élus locaux ont enfin vu le dossier à travers la contre-expertise citoyenne que nous avons mené. Tout le monde est d’accord pour dire que ça n’allait pas. » détaille Dominique Pelegrin, Présidente de l’association Vexin Zone 109
19 novembre 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Grande nouvelle pour les citoyens engagés dans le collectif Vexin Zone 109 : le cimentier Calcia vient d’annoncer l’abandon de son projet de carrière qui devait détruire 105 hectares de terres agricoles. A l’origine de cette décision : la multiplication des recours en justice lancés par des associations de protection de l’environnement. Les membres de l’association restent vigilants sur le devenir des terres et préparent déjà la suite : l’autonomie alimentaire du territoire.

Un combat depuis 25 ans

Il y a un an, nous vous racontions comment l’industriel Ciments Calcia souhaitait forer une carrière de calcaire, au cœur du parc naturel régional du Vexin, avec l’aval du gouvernement français. 105 hectares de terres agricoles devaient être transformés en une carrière de 40 mètres de profondeur afin d’extraire 700 000 tonnes de calcaire chaque année pendant dix ans.

« Pollution des nappes phréatiques, de l’eau, de l’air, perte des terres agricoles, destruction d’emplois et d’habitations installées sur la veine de calcaire qu’ils souhaitaient forer » : la liste des griefs était longue pour les habitants quasiment unanimement opposés au projet, regroupés sous l’association Vexin Zone 109, en référence à l’endroit où devait se faire la carrière.

Dernier opposant en date : Pierre Bédier, le président (LR) du conseil départemental, s’était finalement joint à l’opposition après l’annonce du déménagement du siège social du cimentier des Yvelines vers les Hauts-de-Seine. « Le dernier qu’on devait convaincre. » confie la Présidente de l’association dans un sourire.

Avec 12 recours en justice contre le projet de carrière, Ciments Calcia a donc annoncé hier matin, lors d’une réunion avec les instances représentatives de son personnel, sa décision d’abandonner la carrière au Vexin pour convertir l’usine de Gargenville (Yvelines) en centre de broyage, dans le cadre d’un projet d’investissement et de réorganisation visant à « sauvegarder la compétitivité du groupe en France. »

« Cette adaptation permettrait de pérenniser ce site stratégique pour Ciments Calcia, notamment par sa capacité d’approvisionnement du bassin parisien par voie fluviale. », affirme l’entreprise dans un communiqué.

La direction de Ciments Calcia va entamer une procédure de consultation avec les représentants du personnel début décembre pour négocier les conditions de départ et reconversion de 162 postes sur le site de Gargenville.

Les membres de l’Association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières (AVL3C) se battent depuis plus de vingt-cinq ans contre cette extension. Pourtant, ils restent prudents face à cette annonce et accueillent la nouvelle en demi-teinte en attendant d’en savoir plus sur le sort réservé aux employés :

« Depuis le début, Ciments Calcia est une entreprise opaque et je pèse mes mots. On est donc obligés d’être très prudents face à cette annonce inattendue. Surtout, on ne va pas se réjouir que des gens perdent leurs emplois. On souhaite un reclassement des salariés. Heidelberg Cement Group est une multinationale qui a largement les moyens financiers d’assurer leur reconversion, nous espérons donc qu’il n’y aura pas de simples licenciements. » s’inquiète Dominique Pelegrin, Présidente de l’association Vexin Zone 109, auprès de La Relève et La Peste

De plus, les 105 hectares s’inscrivent dans un projet foncier bien plus large, de 550 hectares, qui est aujourd’hui possédé pour grande partie par l’industriel. Les membres de Vexin Zone 109 restent donc vigilants au devenir des zones concernées, notamment celles abritant des nappes phréatiques.

Crédit : Vexin Zone 109

L’importance de préserver les communs à long terme

Depuis le début de leur combat, les membres de Vexin Zone 109 ont peu à peu vu la population changer d’avis par rapport à leur lutte. D’abord considérés comme des idéalistes ne comprenant pas les enjeux liés à l’approvisionnement des industriels, l’opinion publique a évolué en leur faveur en réalisant que ces enjeux environnementaux sont également sociétaux.

« Nous ne sommes pas contre un projet, nous sommes POUR la défense des terres, de l’eau, des emplois, des biens collectifs extrêmement importants comme les nappes phréatiques. Notre lutte est emblématique car les industriels se croient souvent tout permis et n’hésitent pas à en profiter. Tout a changé quand petits et grands élus locaux ont enfin vu le dossier à travers la contre-expertise citoyenne que nous avons mené. Tout le monde est d’accord pour dire que ça n’allait pas. » détaille Dominique Pelegrin, Présidente de l’association Vexin Zone 109, auprès de La Relève et La Peste

Cela fait plus de 20 ans que le cimentier va ainsi de dérogation en dérogation pour continuer l’exploitation d’une cimenterie qui n’est plus aux normes sanitaires et environnementales depuis longtemps, sa construction datant de 1921.

Ciments Calcia attendait de lancer sa carrière pour la rénover, mais le coronavirus a reporté de nombreux dossiers de justice ce qui pourrait expliquer le découragement de l’industriel dans cette zone. Contacté par notre rédaction, il n’a pas répondu au devenir du reste des terres lui appartenant.

L’association Vexin Zone 109 reste donc vigilante sur le futur de ces terres, et espère qu’elles ne seront ni exploitées dans un plus long terme, ni vendues à un autre industriel.

« On va continuer de se battre pour faire abolir définitivement cette zone 109. Il faut deux ministres pour prendre le décret. François de Rugy et Bruno le Maire ont su le faire en 2019 pour l’industriel, c’est donc une question de volonté politique. » explique Dominique Pelegrin, Présidente de l’association Vexin Zone 109, pour La Relève et La Peste

Et l’association prépare déjà à la suite. Sur le territoire, de nombreux projets sont à mettre en place pour l’autonomie alimentaire. « On veut convaincre les maires de récupérer des terres pour faire des potagers collectifs. » La protection de l’eau est un sujet très fort aussi, suite aux sécheresses qui s’aggravent d’année en année. Dans les Yvelines, demain s’écrit aujourd’hui.

19 novembre 2020 - Laurie Debove
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