Vague de suicides en Guyane : « L’or, on ne le mangera pas. Le pétrole, on ne le boira pas »

Face à ces décès tragiques, certains guyanais ont décidé de se battre pour empêcher que d’autres morts adviennent, et préserver leur territoire, leur culture et leur environnement. Les peuples autochtones luttent aujourd’hui activement contre l’implantation du projet Montagne d’Or et se sentent menacés par le projet de forage de Total.
5 décembre 2018 - Laurie Debove
FacebookTwitter
Livre-Jounal numéro 3
Pour Noël, offrons des cadeaux engagés qui ont du sens ! Notre nouveau livre réunit de grands acteurs du changement et vous donne les clés d'un monde meilleur.
Acheter votre Livre-Journal

Une nouvelle vague de suicides a eu lieu en Guyane. Ce phénomène dramatique a lieu depuis bientôt 20 ans. Les populations amérindiennes ont un taux de suicide, notamment parmi les jeunes, 25 fois plus grand que dans l’Hexagone. La raison de leur mal-être : l’empoisonnement et la dégradation de leur environnement, et le mépris du gouvernement à leur égard. Ils luttent aujourd’hui pour leur survie, contre le projet Montagne d’Or.

Des suicides depuis 20 ans

En un mois, trois amérindiens se sont suicidés à Maripasoula, commune isolée de l’ouest guyanais. Un jeune homme de 20 ans, une lycéenne de 16 ans et la fille du chef suprême des Wayana, âgée de 43 ans, se sont pendus, selon les informations recueillies auprès de proches des victimes. Cela fait bientôt 20 ans que les populations autochtones guyanaises souffrent d’un mal-être profond, victimes des excès de la mondialisation. 2011 et 2015 avaient été des années marquées par des vagues de suicide si importantes que la Préfecture de Guyane avait mis en place des cellules de crise.

En 2012, Brigitte Wyngaard du village Arawak dénonçait la violence subie par le peuple autochtone guyanais :

« Les amérindiens de la Guyane ont été oubliés dans leurs forêts. On a méprisé leur culture. On les a tenus à l’écart des échanges et du progrès. On les a subordonnés, précarisés, infantilisés. On a livré leurs espaces de vie aux orpailleurs du Brésil ou du Surinam. On les a empoisonnés. Il n’y a pas lieu de s’étonner que ceux qui doivent mendier à la République l’eau potable, l’électricité et le téléphone, comme tant d’autres services publics soient accablés et désemparés. »

En décembre 2016, un rapport parlementaire avait ainsi proposé 37 mesures pour « enrayer ces drames et créer les conditions d’un mieux-être ». Deux ans plus tard, les conditions de vie des peuples autochtones guyanais se sont encore plus dégradées, notamment à cause de l’exploitation aurifère qui pollue énormément l’environnement et les cours d’eau dont dépendent les populations.

Crédit Photo : Jody Amiet / AFP

« On ne fait pas le centième de ce qui est à faire » pour prévenir les suicides chez les Amérindiens de Guyane, a regretté Marianne Pradem, coordinatrice de la cellule régionale contre les suicides.

« Les gens parlent beaucoup de sacrifices. Ces jeunes qui meurent ne peuvent pas faire la guerre contre quelque chose de trop puissant qui est en train de manger (…) leur territoire, leur spiritualité, leurs modes de vie », a ajouté Marianne Pradem, également docteure en anthropologie.

Une lutte pour leur territoire et leur vie

Face à ces décès tragiques, certains guyanais ont décidé de se battre pour empêcher que d’autres morts adviennent, et préserver leur territoire, leur culture et leur environnement. Les peuples autochtones luttent aujourd’hui activement contre l’implantation du projet Montagne d’Or et se sentent menacés par le projet de forage de Total. Ils appellent à favoriser l’emploi local et créer une banque de graines d’espèces locales et endémiques pour re-végétaliser les sites victimes d’orpaillages illégaux.

Vue aérienne d’une mine d’or près de Cayenne.  Photo : Jack Guez /AFP

Lors des auditions finales du débat public sur le projet Montage d’Or, Amandine Mawalum Galima, porte parole de Jeunesse Autochtone de Guyane avait déclaré :

« En ce jour nous osons mettre au défi, à travers la Montagne d’Or, ce monde dirigé et animé par l’avidité de richesses et de pouvoir, ce monde déserté de respect et d’honneur.. Dans la lignée de nos ancêtres, nous nous battrons contre ceux qui traversent les océans pour ne mener que désespoir et destruction. »

Fabio, jeune guyanais, et tous les Améridiens de Guyane sont prêts à se battre jusqu’au bout contre le projet de la Montagne d’Or. Comme ils l’ont déclaré dans un communiqué : « Nous, Peuples Autochtones de Guyane, vous transmettons ce message : si la Montagne d’or ne recule pas nous allons droit vers l’affrontement, et c’est vous qui l’aurez décidé. Les Peuples Premiers de Guyane ne se laisseront plus jamais faire. »

Image à la une : Jody Amiet / AFP

5 décembre 2018 - Laurie Debove
FacebookTwitter
Vague de suicides en Guyane : « L’or, on ne le mangera pas. Le pétrole, on ne le boira pas »
FacebookTwitter
L'Éveil - Numéro 3 Tous les auteurs de « L'Éveil » cassent les codes de l'information. De Idriss Aberkane à Sébastien Arsac ou encore David Koubbi et Valérie Cabanes, nos auteurs nous alertent sur les plus grands enjeux de notre décennie. Si nous voulons changer notre société, nous devons passer par l'éveil. Vous serez séduits par la qualité de rédaction de chacun, qui reste accessible à tous.
Commander
Envie de s’informer ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour vous informer différemment
Derniers articles
^