Trente trois heures de garde à vue et trois nuits en prison : voilà ce que peut coûter la suspension d’une banderole sur un pont pour arrêter la circulation. Huit militants risquaient la prison pour s‘être suspendus du pont Mistral, à Valence. Ils ont été relaxés le lundi 6 juillet.
33h de garde-à-vue
Le 14 mai 2026, huit opposants à la déviation de Saint Peray (Ardèche) ont mis une banderole « On ne fait pas l’pont » sur le pont Mistral reliant Valence à Guilherand-Granges.
Vieux de quarante ans, ce projet routier est porté par la communauté de communes de Rhône Crussol (CCRC), présidée par Frédéric Gerland, le maire de Saint-Péray. Il prévoit d’artificialiser 50 hectares de terres agricoles. Coût estimé : 23,6 millions d’euros, assumé par la CCRC avec la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l’Ardèche.
L’action devait servir de diversion pour une deuxième visant à ralentir la pose d’un pont-rail. La banderole faisait référence à l’installation de cet ouvrage d’art qui devait commencer ce jour là.
Après l’intervention de la CNAMO, une unité de gendarmerie ayant pour mission de faire cesser les entravements et les accrochages complexes de manifestants, 6 des 8 personnes sur le pont se font arrêter, de « façon très floue » commente Camille*.
Ils ne savent alors pas si c’était pour une vérification d’identité ou une garde à vue (GAV). Lors de la première audition, Camille apprend qu’iel est en garde à vue pour « entrave à la circulation » et « mise en danger de la vie d’autrui » L’avocat des prévenus, Me Fourrey, les avertit donc que leur détention sera longue. Elle durera 33 heures dans des locaux en très mauvais état, par ailleurs visés par une enquête sur les conditions de GAV suite à la visite d’un juge.
Les militants n’ayant pas voulu déclarer leur véritable identité, l’audition a été filmée – « cela n’arrive jamais » précise Me Fourrey – et un logiciel de reconnaissance faciale utilisé pour les identifier à l’aide du fichier TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires.)
Répression croissante
Une fois la GAV finie, les militants se retrouvent devant le procureur qui demande leur mise en détention. La juge des libertés et de la détention ordonne rapidement le placement sous écrou de cinq des prévenus : deux hommes et trois femmes. Les hommes sont envoyés à la prison de Valence et les femmes à la prison de Lyon-Corbas : « changement d’ambiance : on ne s’y attendait pas du tout, c’est beaucoup plus dur qu’une GAV», confie Camille.
Les gardiens demandent leur identité réelle, devant leur refus, les matons disent « qu’ils vont les faire plier, les contraignent par la force à se laisser prendre en photo ». Les deux militant.e.s sont séparés et sont prévenus qu’ils n’auront pas droit aux deux heures de promenades quotidiennes mais seulement à une : l’un pourra faire sa promenade le matin, l’autre l’après-midi pour éviter qu’ils ne se rencontrent.
Camille est enfermé.e dans une petite cellule avec deux autres détenus. Un des gardiens lui dit qu’il ne tiendra pas une nuit avec ses deux détenus.
Stratégie de la tension
Après la troisième nuit, ils sont transférés vers le tribunal pour une comparution immédiate où leur avocat demande le report du procès et la remise en liberté. Non seulement le procès est reporté au 6 juillet mais les opposants sont remis en liberté avec levée de tout contrôle judiciaire. Camille reste choqué par la disproportion entre les faits et ce qu’ils ont subi.
Selon leur avocat, « la machine s’est clairement emballée. Ils ont voulu les intimider, les casser pour les dégoûter de l’action militante pour une action purement symbolique. »
Le but ne sera peut-être pas atteint mais Camille pense que, vu la répression physique et mentale, il faudra dorénavant militer avec soutien psychologique alors qu’ils défendent « les biens communs et notre survie. »
Les participants au rassemblement de l’Ascension – réunissant membres de partis politiques (La France Insoumise et Europe Écologie Les Verts) et de l’association « Les amis de la plaine de Saint-Péray », ont dénoncé « des moyens démesurés face à une mobilisation pacifique ».
Cette atteinte au droit de manifester a été réprimée par le président du tribunal correctionnel de Valence. Le 6 juillet, il a déclaré que l’enquête menée contre huit opposants à la déviation de Saint-Péray a été « déloyale », rapporte le Dauphiné Libéré.
Le 11 juillet, le tribunal administratif de Lyon a donné raison aux défenseurs de l’environnement, en estimant qu’une demande d’autorisation environnementale pour le projet est nécessaire. Il a toutefois jugé que le préfet pouvait, sans attendre que la communauté de communes régularise sa situation, réaliser une partie des travaux.
Les actions ne vont pas cesser car, autant la répression s’accroît, autant notre environnement nous rappelle à l’ordre de plus en plus durement : la dernière canicule en témoigne. En attendant la prochaine…
S’informer avec des médias indépendants et libres est une garantie nécessaire à une société démocratique. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.
*Prénom d’emprunt