Tous les ans, 70 milliards d’animaux sont tués. Nous devons radicalement changer

« Les Noirs ou les Indiens ont été réduits en esclavage à cause de leur couleur de peau, les femmes ont été privées des mêmes droits que les hommes à cause de leur sexe, et aujourd’hui certains animaux sont maltraités et tués en raison de leur appartenance à une catégorie, celles des animaux d’élevage. »
6 décembre 2018 - Melanie Zak
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En ce moment, une nouvelle revendication fait le tour des réseaux sociaux et s’affiche en gros sur nos petits écrans : l’heure est grave, il faut à tout prix réduire notre consommation de viande ! Il est vrai, la production de viande est responsable de dégâts environnementaux sans précédent. On parle de déforestation et de multiples pollutions liées aux conditions de l’élevage intensif. Ce constat est alarmant et cette annonce a marqué les esprits. Cependant, nous passons sous silence une autre raison, d’ordre moral cette fois, qui devrait nous inviter à dire adieu à la « barbaque » : tous les ans, nous décimons 70 milliards d’animaux pour en faire notre nourriture. Ces chiffres donnent le tournis ? Difficile de se représenter l’ampleur du génocide.

À ce propos, n’ayons pas peur des mots et demandons-nous : est ce qu’un génocide définit seulement le massacre d’êtres humains, ou concerne-t-il tout simplement le massacre d’êtres innocents ? « Les animaux sont les victimes les plus oubliées du monde » d’après Gary Yourofsky, militant américain pour le droit des animaux.

« Je n’aime pas les animaux. Je les respecte, tout simplement. L’amour est un sentiment parfois irrationnel, une inclination subjective, une expression trop passionnelle pour être tout à fait sensée. Mais si je ne mange pas d’animaux, si je refuse de consommer des produits issus de leur souffrance, si je m’oppose à leur détention et si je milite pour la fin de la chasse et de la corrida, ce n’est pas en raison d’une sensibilité exacerbée à leur égard. Seule une exigence de cohérence et de justice motive mon refus de tuer et de faire souffrir un animal. »

Cette tirade d’Aymeric Caron dépeint un positionnement idéologique, celui de « l’antispécisme ». Ce mouvement philosophique et politique revendique qu’il n’y a aucune justification à discriminer un être en raison de l’espèce à laquelle il appartient. L’antispécisme milite pour l’intégration de tous les êtres vivants sensibles dans une même famille de considération morale. Vu sous un autre angle, cela signifie l’appartenance de l’espèce humaine à une communauté beaucoup plus large qu’elle-même, celle des animaux.

Crédit Photo : Sam Carter

« Il s’agit de notre communauté initiale, dont nous ne sommes jamais sortis, malgré nos tentatives désespérées pour le faire croire et l’obstination à renier nos origines ».

En revanche, le « spécisme » a été nommé ainsi par analogie avec le racisme et le sexisme. Dans les trois cas, le principe est le même : on maltraite certains individus en s’appuyant sur des catégorisations qui ne soutiennent pas l’examen de la raison.

« Les Noirs ou les Indiens ont été réduits en esclavage à cause de leur couleur de peau, les femmes ont été privées des mêmes droits que les hommes à cause de leur sexe, et aujourd’hui certains animaux sont maltraités et tués en raison de leur appartenance à une catégorie, celles des animaux d’élevage. »

Le spécisme désigne toute attitude de discrimination envers un animal en raison de son appartenance à une espèce donnée. Carl Saucier-Bouffard, professeur en éthique animale et environnementale au collège Dawson, explique combien il est difficile pour les oppresseurs de réaliser à quel point leurs actions sont injustes et immorales :

« Ceux qui profitent économiquement d’un système d’oppression ont tendance à se convaincre que ce système est « naturel » et/ou nécessaire. De nos jours, dans la plupart des pays industrialisés, on se vante d’avoir combattu efficacement les attitudes discriminatoires comme le racisme ou le sexisme. Malheureusement, l’histoire se répète. Les coupables de discrimination n’en sont pas conscients car une idéologie discriminatoire dominante est essentiellement invisible. »

Crédit Photo : Sophie Dale

Contrairement aux dogmes politiques et religieux, les animaux ne nous appartiennent pas. Ils ne sont pas des commodités, ils ne sont pas des propriétés, ils ne sont pas des objets inanimés et stupides. Comment l’espèce humaine s’est-elle accordée le droit d’exploiter, d’asservir et de tuer d’autres espèces ? L’être humain se sent si « spécial », tellement supérieur aux autres espèces qu’il s’est accordé le droit de vie ou de mort sur le reste du règne animal. Cette manière de penser est à la base de toutes formes de discrimination. L’article 515-14 du Code civil ne dénoue pas le problème : « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens ». Quelle imposture ! Dans le même article de loi, la sensibilité animale est reconnue et aussitôt contredite par la condition d’objet.

« En dehors de toute approche abolitionniste, le droit échouera toujours à protéger les animaux, et ce pour une raison simple : le droit est censé fixer les règles de la justice ; or, toute forme d’exploitation est injuste. »

Pourtant, il n’est plus à démontrer que les animaux non humains sont mus par le même « vouloir vivre » que nous. Rien ne nous autorise à les priver sans raison de leur existence et à leur infliger des souffrances parfaitement évitables. « La révolution qui nous ouvre aujourd’hui les bras consiste à élargir encore notre cercle de compassion afin d’accorder aux animaux non humains notre considération morale, et ainsi, en finir avec un anthropocentrisme démodé. »

Crédit Photo : Christopher Carson

D’après le philosophe Jérémy Bentham, la question n’est pas : peuvent-ils raisonner ou peuvent-ils parler, mais peuvent-ils souffrir ? La réponse est oui, bien évidemment, et nous le savons depuis longtemps. Comment expliquer sinon que sur les paquets de jambon ne figure jamais la photo d’un cochon ? Parce qu’il faut oublier que les animaux, dits « d’élevage », sont considérés comme des marchandises dont on fait le commerce sans état d’âme.

« Être citoyen, être un humain conscient, consiste à s’interroger toujours sur les conséquences de ses actes. Cela concerne évidemment notre rapport avec les animaux. Comment ont été élevés et tués ceux que l’on mange ? D’où provient le cuir que l’on porte ? Quelle implication sur la pollution des sols, de l’eau et de l’air ? Quelle quantité de souffrance a été nécessaire pour me permettre de manger ce steak, ce foie gras, cette tranche de jambon ? Ces questions ne sont pas automatiques car nous nous contentons d’acheter des produits finis dont l’industrie tente de nous faire oublier la provenance réelle : « c’est de la viande, mais ce n’est pas vraiment un animal… »

Et cela nous arrange bien d’ailleurs. Un steak surgelé dans son emballage carton, c’est bien propre. Le sang a été nettoyé, et les cris se sont évaporés dans le secret d’un abattoir où vous ne mettrez jamais les pieds. » Aymeric Caron

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