Alors que l’inflation continue de peser sur le budget des ménages, l’industrie agroalimentaire redouble d’imagination quand il s’agit de tromper les consommateurs. Après la shrinkflation, qui réduit les quantités et la cheapflation, qui baisse la qualité des ingrédients, le tout sans modification apparente des prix, une nouvelle pratique s’installe dans les rayons. Le principe de la stretchflation est simple en apparence : un format légèrement plus grand, mais dans les faits, le prix au kilo augmente bien davantage que la quantité ajoutée.
Des formats « plus généreux », surtout pour les marges
Shrinkflation, cheapfashion et maintenant stretchflation. Derrière ces termes, l’association Foodwatch, qui milite pour le droit des consommateurs, décrit une logique récurrente : ajuster discrètement quantités ou compositions afin de préserver, voire d’augmenter les marges, tout en donnant l’illusion d’une stabilité des prix.
Dans une enquête publiée le 22 janvier 2026, l’ONG met en lumière ce nouveau mécanisme. Alertée par des consommateurs, l’organisation a analysé plusieurs produits présentés comme des « nouveaux formats ».
Les hausses du prix au kilo relevées, présentées comme des « formats plus généreux » ou vantant « plus de biscuits », varient de 17 % à près de 28 %, pour des hausses de poids comprises entre 2,7 % et 15 %.
Des gnocchis Lustucru aux biscuits Mikado, en passant par la flammekueche Stoeffler, les produits végétariens Garden Gourmet ou encore les cornichons Kühne, une même stratégie se répète : de légères augmentations de quantité servent d’écran à des hausses bien plus marquées du prix au kilo. Une inflation déguisée, d’autant plus opaque que les marques assurent, pour certaines, ne pas avoir modifié leurs prix de vente aux distributeurs.
Pour foodwatch, la stretchflation est « l’art de vendre quelques grammes de plus à des prix disproportionnés ».
Une opacité croissante sur les prix alimentaires
Pour Foodwatch, la stretchflation participe à une érosion durable de la confiance des consommateurs.
« Avec la stretchflation, Foodwatch le montre une fois de plus : impossible de savoir qui, des distributeurs ou des industriels, s’en met plein les poches. Une certitude : les consommateurs se sentent floués », dénonce Audrey Morice, chargée de campagnes au sein de l’association.
La stretchflation ne constitue pas un cas isolé, mais s’ajoute à une série de procédés déjà pointés du doigt par l’association, où les évolutions de formats, de recettes ou de prix deviennent de plus en plus difficiles à décrypter pour le public.
L’association observe que la multiplication de ces mécanismes brouille la lecture des prix au kilo, pourtant présentés comme l’outil de référence pour comparer les produits. En s’appuyant sur les données de l’INSEE relatives à l’inflation alimentaire, Foodwatch souligne que ces hausses déguisées s’ajoutent à une pression déjà forte sur le budget des ménages, renforçant le sentiment de défiance à l’égard des marques et de la grande distribution.
Une pratique encadrée, mais peu sanctionnée
Foodwatch rappelle que le droit de la consommation interdit toute pratique commerciale susceptible d’induire les consommateurs en erreur, que ce soit par le prix affiché, la présentation du produit ou les arguments marketing.
Cette exigence de transparence est régulièrement réaffirmée par l’association dans ses communications sur la shrinkflation, la cheapflation et la stretchflation, ainsi que dans l’arrêté gouvernemental entré en vigueur en 2024 suite à la campagne de l’ONG, qui impose un affichage spécifique lorsque la quantité d’un produit diminue sans baisse de prix.
Pour autant, si le cadre légal existe, la pratique commerciale elle-même n’est pas interdite. Les obligations d’information restent limitées dans le temps et ne concernent qu’une partie des points de vente, laissant subsister des zones grises. Foodwatch dénonce ainsi un décalage entre encadrement réglementaire et efficacité des sanctions.
« Combien de magouilles les industriels inventeront-ils encore ? », interroge l’association dans ses campagnes de mobilisation, qui ont recueilli des milliers de signatures.
L’association appelle à un renforcement des contrôles, à une meilleure lisibilité des prix au kilo et à une transparence accrue sur les évolutions de produits.
S’informer avec des médias indépendants et libres est une garantie nécessaire à une société démocratique. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.