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Solidarité : des paysans invitent des étudiants dans leur ferme pour un bol d’air frais

« Il y a quand même une sensation de « résistance » dans le sens où nous on ne veut pas que ça soit politique mais on a mis en place quelque chose qui devient de plus en plus intéressant du point de vue social, c’est une façon de résister à tout ce monde qui s’enferme avec des gens qui ne se parlent plus et qui ont peur de l’autre, et ça fait du bien de parler vrai, sans jugement. C’est indispensable de passer cette période difficile en étant soudés. Je pense qu’au lieu de s’éloigner il faut s’approcher humainement des autres, on est avant tout des humains, et on ne peut pas vivre comme ça isolés à perpète. » renchérit le fromager Loic Thirion pour La Relève et La Peste
29 avril 2021 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Emu par la précarité et la détresse des étudiants durant cette crise sanitaire, un agriculteur du Doubs a décidé d’ouvrir les portes de sa ferme pour en accueillir gratuitement trois quelques jours et leur offrir une bouffée d’oxygène en ces temps difficiles. Depuis février, son idée a fait des émules et ce sont maintenant des agriculteurs dans toute la France qui ouvrent leurs portes ! Plus d’une centaine d’étudiants ont déjà pu en profiter et une association a même été créée pour étendre au plus grand nombre cette initiative solidaire : découvrez le « Bol d’air étudiant ».

Agir face à la détresse

En ces temps de distanciation sociale imposée, la population aspire de plus en plus à recréer du lien. Alors quand Vincent Laubert, paysan dans le Haut-Doubs, a réalisé qu’au-delà de sa ferme, les étudiants français traversent une période de détresse immense, il a eu l’idée d’en accueillir spontanément quelques-uns chez lui.

« Nos 3 enfants sont partis donc forcément dans nos fermes, il y a de la place. Quand j’ai entendu le Président Emmanuel Macron dire que ce n’est pas facile d’avoir 20 ans en 2020, et que j’ai lu un article de l’Est Républicain qui expliquait que c’était la double peine pour les étudiants d’être confinés en plus d’avoir perdu leur petit boulot étudiant, j’ai eu envie de leur offrir un bol d’air frais. » raconte Vincent Laubert pour La Relève et La Peste

Cette invitation gracieuse n’est pas du woofing. Dans les fermes, pendant quelques jours, les étudiants peuvent venir se reposer pour s’aérer l’esprit, loin de leur routine quotidienne, et partager des tranches de vie avec leurs hôtes.

 » C’était plus qu’un bol d’air. Que dire ? C’était TOP ! Un bol d’air à 360°. C’était TOURISTIQUE comme sur la photo au ROC’H TREVEZEL, ENRICHISSANT au travers des échanges, des discussions et des découvertes (Lesneven, Plage du phare, Morlaix, Huelgoat, etc.). C’était aussi la découverte de la musique et de la cuisine bretonne. À TROIS, c’est mieux que SEUL dans son 9m carré. Merci à Anna Jlb et à sa maman. » a témoigné Anani

En février 2021, François, Jean et Mauricio ont passé quelques jours chez Vincent. Âgés entre 25 et 28 ans, ils sont étudiants en immobilier, en commerce et en ressources humaines. Ils ont pu faire de nombreuses activités pendant leur séjour : visite de l’atelier du voisin artisan ferronnier, musique avec un autre voisin, visite d’un atelier de fabrication de Comté et randonnée dans la Vallée du Doux le dimanche.

Leur séjour a été un tel succès que l’idée a tout de suite séduit d’autres paysans, dont le fromager Loïc Thirion et sa compagne Jacqueline Sarrazin, alias Jackott, qui ont décidé de contacter Vincent pour faire connaître et répliquer l’initiative partout en France.

Loïc et Jackott

Depuis le premier groupe facebook créé par Loïc et Jacqueline, il y a maintenant 500 propositions d’accueil dans toute la France avec 10 000 membres répartis dans des groupes régionaux. Une centaine d’accueils ont permis de se faire rencontrer près de 220 personnes. Une application et une association ont même été créées pour faciliter les échanges.

« On voulait aider avec Jackott. Alors quand on a entendu parler de l’initiative de Vincent, ça a fait tilt direct ! Mon fils Maël a fini ses études et là, il est en télé-travail à Strasbourg donc on connaissait bien la problématique. Il nous racontait que ses amis venaient chez lui dormir pendant le premier confinement parce que chez eux c’était invivable dans les cités universitaires, parqués dans de petites cellules, et en plus ils avaient peur du manque d’informations fiables sur la pandémie. On a accueilli plusieurs étudiants depuis. Je ne cache pas que les deux premières qui sont venues, on a eu les larmes aux yeux quand elles sont parties. Ça fait du bien d’échanger avec des jeunes. Je ne sais pas si c’est par rapport au choix de faire un bol d’air étudiant, mais je ne rencontre que des jeunes sensibles avec une analyse fine de la société, de ce qu’il se passe » explique le paysan Loïc Thirion pour La Relève et La Peste

Cinéma en plein air à la ferme

Une respiration pour reprendre ses idées

Dans les fermes, pour quelques jours, les étudiants peuvent enfin respirer et bénéficier d’une pause salvatrice d’un quotidien oppressant et trop souvent précaire : explosion du recours à l’aide alimentaire, fonte des aides au logement, et difficulté à trouver des petits boulots alimentaires alors que l’économie tourne au ralenti.

C’est pour cela que l’association BoldAirEtudiant est intransigeante sur un principe : la gratuité de la démarche. Aucune participation financière ne doit être demandée aux étudiants en échange de leur venue, il s’agit d’une initiative solidaire et désintéressée. Les gîtes peuvent aussi rejoindre l’aventure.

Jolie ferme accueillante en Normandie
Joli gîte en Occitanie
Les logements sont parfois atypiques, comme ces yourtes

« Je fais partie des compagnons du devoir et j’ai découvert cette initiative grâce à l’agent d’entretien qui m’en a parlé. J’ai direct envoyé un message et deux semaines après je débarquais chez Loïc et Jackott. J’avais vraiment besoin de décompresser, ça me manquait de ne pas voir d’autres gens et d’être sans cesse les uns sur les autres avec les compagnons. On a beau avoir la chance de vivre en communauté, je ressentais le manque de temps sociaux en-dehors de mon quotidien. J’y suis restée du vendredi soir au dimanche aprèm, cela a été hyper libérateur. J’ai pu passer un moment enrichissant en partant à la conquête d’un endroit que je ne connaissais pas, rencontrer de nouvelles personnes et échanger avec eux. Même si cela n’a duré que trois jours, on revient avec une vraie énergie derrière dans le quotidien. Je prévois même de revenir les voir ! On a eu un petit coup de cœur amical, on a la même vision du monde même si on a des manières différentes de l’exprimer. » explique Clémence, étudiante de 22 ans, pour La Relève et La Peste

Clémence, Loïc et Jackott

Les bols d’air à la ferme permettent aussi à certain.e.s de faire le point sur leurs envies et leur parcours professionnel. Certains étudiants ont décidé de changer de direction, avec des vocations originales comme cette jeune fille dont le rêve était de faire du doublage pour les dessins animés.

Le paysan Vincent Laubert a même décidé de garder le lien avec le premier groupe pour les accueillir de nouveau en septembre et connaître l’évolution de leur situation et de leur cheminement de pensée.

Un étudiant et un accueillant

« Je trouve que c’est super bien que ça se soit développé au niveau national parce que ça fait du bien autant aux accueillants qu’aux étudiants, on crée des liens entre les générations. L’association c’est aussi le monde rural qui accueille les étudiants citadins. Cette pandémie a remis les choses au plat, on voit que les citadins ont besoin du monde rural pour respirer, ici c’est bien plus vivable. Pour moi, c’est aussi une façon de rapprocher deux mondes qui s’ignorent : en tant qu’agriculteurs on est souvent victimes d’agribashing. On voit le naufrage de la loi Egalim qui avait été faite pour les agriculteurs et qui a été récupéré par la grande distribution. Et moi je le vis mal car je fais une agriculture familiale et respectueuse du coup je voulais aussi montrer les aspects positifs de notre métier : on ne subit pas, on propose des choses. » explique Vincent Laubert pour La Relève et La Peste

En PACA, ces deux étudiantes ont quand même voulu donner un coup de main

« Il y a quand même une sensation de « résistance » dans le sens où nous on ne veut pas que ça soit politique mais on a mis en place quelque chose qui devient de plus en plus intéressant du point de vue social, c’est une façon de résister à tout ce monde qui s’enferme avec des gens qui ne se parlent plus et qui ont peur de l’autre, et ça fait du bien de parler vrai, sans jugement. C’est indispensable de passer cette période difficile en étant soudés. Je pense qu’au lieu de s’éloigner il faut s’approcher humainement des autres, on est avant tout des humains, et on ne peut pas vivre comme ça isolés à perpète. » renchérit le fromager Loïc Thirion pour La Relève et La Peste

Balade aux cascades

Aujourd’hui, l’association Bol d’Air comprend plus d’une trentaine de membres dont les nombreux modérateurs, mais surtout modératrices puisque ce sont en grande majorité des femmes, des groupes facebook et des annonces qui s’assurent que les immersions à la ferme proposées respectent bien l’éthique de la démarche et soient sécurisées pour les étudiants.

« J’incite les étudiants à ne pas hésiter et se lancer ! On vit une pression de malade, on est surveillés en permanence, les étudiants sont dans la panade puissance mille. J’ai la chance d’être en alternance et d’avoir un salaire mais j’ai plein de potes qui ont dû s’inscrire au Secours Populaire pour pouvoir manger ! C’est limite un temps de guerre qu’ils traversent : tout est rationné. A la ferme, tout est gratuit, y a que le transport à payer et c’est totalement faisable. Se prendre deux jours avec un bol d’air peut permettre de trouver de meilleures ressources pour mieux vivre cette période. » conclut Clémence

Pour participer/trouver un Bol d’Air :
Bretagne : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiant
Hauts de France : https://www.facebook.com/groups/boldairetudianthautsdefrance
Pays de la Loire : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantpaysdelaloire
Auvergne Rhône Alpes : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantauvergnerhonealpes
Normandie : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantnormandie
Grand Est : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantgrandest
Franche Comté : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantbourgognefranchecomte
PACA : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantpaca
Occitanie : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantoccitanie
Nouvelle Aquitaine : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantnouvelleaquitaine
Centre Val de Loire : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantcentrevaldeloire
Ile de France : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantiledefrance
Corse : https://www.facebook.com/groups/boldairetudiantcorse

29 avril 2021 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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