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« Sois sage et tais-toi » : quelle place pour l’enfant dans notre société ?

“La seule chose qui est valorisée dans notre société ce sont les enfants sages. Un enfant devrait être éduqué pour être intelligent, réfléchir, dialoguer avec les autres. Si on apprend à nos enfants à se taire dès tout-petit, il ne faut pas s’étonner qu’on ait du mal à avoir des dialogues apaisés et sereins.”

La polémique autour des wagons “no kids” annoncés par la SNCF fait grand bruit, et la question de la place des enfants - dans un train ou en-dehors - semble plus que jamais d’actualité. Quelle société proposons-nous à ces humains ? Alors qu’ils sont l’avenir, leur consacrons-nous suffisamment de temps et d’espace ? Un décryptage de Léonore Suied.

Une place à trouver

Si on parle de place, concrètement, il n’y en a pas assez. Avant de les tolérer ou non dans un wagon-bar il serait judicieux de pouvoir fournir à nos bambins l’accompagnement nécessaire à leur bon développement. Selon la Caisse Nationale des Affaires Familliales (CNAF), 50% des familles souhaitent trouver une place en crèche mais seules 19% y parviennent effectivement. La faute au manque de moyens et de personnel.

Dans un rapport de mai 2024, l’Assemblée nationale mettait en cause « le modèle économique et les règles de fonctionnement » des crèches françaises. Parallèlement, de nombreuses places ont été ouvertes depuis 2022 dans des structures privées : les micro-crèches. L’État se déresponsabilise donc du problème, quand bien même nos dirigeants nous parlent du devoir national de « réarmement démographique ».

Les assistantes maternelles qui palliaient le manque de places en crèche partent à la retraite ou se réorientent, faute de valorisation suffisante de leur travail, et les garderies privées ne suffisent pas à combler ce manque. Aujourd’hui pour les parents, la perspective de trouver une place en crèche est vue non plus comme une simple évidence, mais comme un combat à mener.

Et ce n’est pas les mamans qui peuvent gérer ce problème, faute de pouvoir rester longtemps auprès de leur nouveau-né. Le congé maternité ne dure en France que 16 semaines, soit 4 petits mois. Séparer les enfants de leur mère si tôt sous peine de sanction économique est-il vraiment viable si l’on souhaite une société “kids friendly” ?

À titre de comparaison, le congé maternité de l’Irlande est en moyenne de 26 semaines, celui du Royaume Uni de 39 semaines. La Suède, modèle de l’enfance européenne, bats les records avec quasiment un an et demi de congé maternité, les parents se partagent 480 jours à deux. Des jours rémunérés au moins 80% de leur salaire. S’ils n’ont leur place ni à la maison, à la crèche ou dans le train, où peuvent bien aller les enfants ?

Baisse du désir d’enfant chez les jeunes : la solastalgie

La solastalgie est un terme inventé par le philosophe australien Glenn Albrecht en 2003 qui désigne un sentiment de détresse et d’angoisse ressenti par les individus face aux transformations (négatives) subies par l’environnement.

Avant de leur trouver une place concrète, il faudrait déjà penser à proposer un monde qui puisse les accueillir décemment. C’est la vision de plus en plus de jeunes aujourd’hui.

« Au lieu de blâmer ceux qui sont trop inquiets pour procréer, on devrait travailler à construire une société qui nous donne un peu plus d’espoir et permette à ceux qui le souhaitent (et seulement ceux qui en ont envie, merci) d’avoir des enfants plus sereinement. »

Salomé Saqué, journaliste et autrice très engagée sur les causes sociétales et écologiques se défendait ainsi en janvier 2025 des torrents d’insultes qu’elle recevait face à son absence assumée d’intention de devenir mère dans le monde actuel. Et elle n’est pas seule.

L’écoanxiété fait des ravages chez les jeunes générations qui voient aujourd’hui comme égoïste le fait d’avoir des enfants pour leur laisser une planète en ruines. Les guerres et la montée des extrêmes de tous bords ne sont pas là pour arranger les choses. Une étude – la plus importante jamais lancée sur les jeunes et le climat – publiée dans The Lancet Planetary Health en 2021 va dans ce sens.

Menée conjointement par des institutions universitaires au Royaume-Uni, en Europe et aux États-Unis, a sondé 10 000 jeunes afin de recueillir leurs avis et appréhensions quant au dérèglement climatique.

Conclusion : 40 % des jeunes hésitent fortement à avoir des enfants en raison de l’avenir incertain qui les attend. La détresse psychologique de la génération Z – “majoritairement imputable à l’insuffisance des actions mises en place par leur gouvernement” – ne leur permet pas d’envisager la parentalité dans une réalité qui leur semble pour eux-mêmes déjà inquiétante.

Éveiller les enfants d’aujourd’hui ?

Avant de s’occuper des enfants à venir, peut-être pourrions-nous veiller sur ceux qui sont déjà là. Quel modèle, quels exemples, quelle éducation leur proposer pour les préparer à demain ? Comment, en tenant compte d’une réalité en mouvement constant, les accompagner au mieux dans leur développement ? En somme : comment être un bon parent ?

Les parents d’aujourd’hui reçoivent des injonctions contradictoires, comme le souligne Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’Enfance, interviewée sur France Inter au micro de Sonia Devillers : “[…] d’un côté on leur dit qu’il faut être à l’écoute de vos enfants et de leurs besoins, d’un autre on leur dit qu’il faut plus d’autorité, ce n’est plus possible les enfants rois […] et la seule chose qui est valorisée dans notre société ce sont les enfants sages. […] Un enfant devrait être éduqué pour être intelligent, réfléchir, dialoguer avec les autres. Si on apprend à nos enfants à se taire dès tout petit, il ne faut pas s’étonner qu’on ait du mal à avoir des dialogues apaisés et sereins.”

Alors, comment leur parler ? Comment les éveiller au respect de l’autre et du vivant dans une société qui valorise l’individualisme ? Comment les préparer au mieux au monde qui les attend ? Un enfant né en 2020 fera face à sept fois plus d’événements climatiques extrêmes qu’un enfant né en 1960, d’après une enquête très sérieuse parue le 26 septembre 2021 dans la revue Science. Un enjeu confirmé par les scientifiques du GIEC en 2023.

Pour préparer les citoyens de demain, une étude publiée en décembre 2025 par WWF France et le laboratoire Eval-Lab suggère que l’un des leviers les plus efficaces – et les moins coûteux – est l’éducation au vivant, pratiquée dehors et au contact de la nature : le potager scolaire est en vogue.

« Il offre une expérience directe de la nature. Cette prise de conscience, vécue par l’expérience directe, a un impact beaucoup plus durable qu’un simple cours théorique. Les gestes appris au jardin – économiser l’eau, trier les déchets, respecter la biodiversité – deviennent des réflexes qui dépassent le cadre scolaire et s’ancrent dans la vie quotidienne », explique l’étude.

Si ces pratiques vertueuses se démocratisent à l’école (on estime à environ 4000 le nombre de potagers scolaires en France, un chiffre qui ne cesse de croître grâce aux politiques d’éducation au développement durable), il reste aux parents d’éveiller les consciences aux enjeux qui leurs semblent importants.

“Justice, climat, même combat”, scande avec joie la petite Joséphine, 7 ans, lors d’une manifestation parisienne pour la justice climatique. Ses parents ont décidé de l’emmener cette fois-ci : “On pense qu’elle est assez grande pour comprendre les enjeux principaux de cette manif, on l’a faite garder pour la marche contre les violences policières la dernière fois .”

De quoi donner l’espoir d’une société faite de futurs adultes toujours plus éveillés aux inégalités et aux nuances du monde dans lequel ils vivent, et qui créeront une société plus à l’écoute. Car vouloir exclure les enfants des espaces communs, c’est vouloir mettre de côté ceux qui dérangent.

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